«*»w*n,M**(TiU«tfi «•*»W^ **4v^rt i Wwwi ARCHIVES ZOOLOGIE EXPÉRIMENTALE ET GÉNÉRALE PARIS. — TYPOGRAPHIE A. HENNUYKR, RUE D ARCET, *. ARCHIVES liK ZOOLOGIE EXPÉRIMENTALE ET GÉNÉRALE HISTOIRE NATURELLE — MORPHOLOGIE — HISTOLOGIE ÉVOLUTION DES ANIMAUX PUBI.lKliS SOLS I.A UlKKcriDN DE HENRI riE LAGAZK-DUTHIERS MEMBRE DE l'iNSTITLT DE KKANCE (Académie des sciences) PROKESSELK d'aNATOMIE COiMPARÉE ET DE ZOOLOtilE A LA SORBONiVK (Faculté des sciences) FONDATEUR ET DIRECTEUR HES LABORATOIRES DE ZOOLOGIE EXPÉRIMEN lALh: UE ROSCOf-F TOME SEPTIEME 1878 PARIS LIBRAIRIE DE C. REINWALD ET C^ 15, RU£ DES SAINTS-PÈRES, 15 f^l.-7^(^) NOTES ET REYUE. I CONTRIBUTIONS A L'HISTOIRE DE LA FORMATION, DE LA FÉCONDATION ET DE LA SEGMENTATION DE L'ŒUF ANIMAL, Par M. Oscar Hertwig. {Morph. Jahrbuch., 4 ter. Band, p. 157, 1878.) Le présent mémoire est consacré à retracer la série des changements suc- cessifs dont rœuf de V Asteracanihion est le siège avant, pendant et après la fécondation, et cette étude une fois faite, prise pour type, à reciiercher jus- qu'à quel point subsistent ou se modifient, dans le reste du rèyne animal, les processus reconnus dans ce cas particulier. Le choix du type est stipulé par ce fait que, nulle part ailleurs, l'auteur n'a obtenu une série aussi complète d'états, et dont chacun fut susceptible d'être observé aussi minutieusement avec ou sans le secours de réactifs. Le sujet a déjà fixé l'attention de van Beneden et Greeff, dont nous suppo- serons les résultats connus, de M. Oscar Hertwig lui-même, dans une com- munication provisoire, de M. Fol, dans une note à l'Académie des sciences. Phénomènes qui ont lieu durant la maturation de Vœuf. — L'œuf de VÂslera- canthion, comme celui des Holothuries et Ecliinides, est entouré dans l'ovaire d'une couche gélatineuse transparente de 7,5 |^. d'épaisseur que l'auteur compare, avec van Beneden, à la zona pellucidie de l'œuf du Mammifère, Cette couche est traversée de fins filaments en direction rayonnante avec granules brillants inclus, qui lui donnent un aspect strié. A sa surface, elle est recouverte d'une espèce de cellules lisses, dont les noyaux se voient bien en coupe optique. Sur Tœuf complètement mûr, cette zone transparente dis- paraît après avoir perdu antérieurement déjà son revêtement superficiel de cellules. Le vitellus n'est plus alors recouvert que d'une délicate membrane homogène, apparemment la couche la plus interne de la zone striée. La vésicule germinative placée au centre et de 50 ;j. de diamètre, offre, outre la tache germinative, un fin réseau protoplasmatique dans son contenu. Avant la maturité, cette vésicule se dirige jusqu'au voisinage de la surface de l'œuf, en demeurant encore recouverte, toutefois, d'une couche plus ou moins épaisse de vitellus. Elle perd, en ce point, son réseau intérieur et l'aspect primitivement lisse de sa surface, son enveloppe se plissant çà et là. La tache germinative de 45 [j- de diamètre, renferme le plus souvent un certain nombre de petites vacuoles et est constituée, ainsi que l'auteur a déjà ARCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — T. VU. 1878. A / 7 1 S^^ II NOTES ET REVUE. insisté sur ce point, par deux substances dilîérentcs que leur inégal pouvoir réfringent permet déjà de reconnaître à l'état frais, et que les réactifs dé- cèlent mieux encore. L'une de ces substances, que l'acide osmique colore plus fortement, de beaucoup la partie la moins considérable quant au volume, ou bien figure une sorte de croissant appliqué contre la substance plus claire et plus étendue qui forme la seconde partie de la taclie germiuative, ou bien, centralement placée, est enlourée circulairement par cette dernière. L'em- ploi du carmin ammoniacal de Ileale et celui des acides conforment la diffé- rence dans la manière d'être des deux substances. Suivons maintenant les cbangements dont la vésicule germinative est le siège à l'époque de la maturité. Les premiers sont offerts par le protoplasma qui l'entoure. Celui-ci pé- nètre comme un coin dans l'intérieur de la vésicule, et cela par celui des pôles qui. regarde la surface vitelline, et que, pour éviter toute périplirase, nous nommerons le pôle supérieur. Le sommet de ce coin contient un cliamp clair, sans granules, et de ce sommet divergent, en rayonnant, des traînées de protoplasma granuleux qui se répandent de tous côtés dans la paroi supé- rieure de la vésicule germinative (fig. 3], ce qui apparaît surtout nettement quand ou regarde les cboses du pôle supérieur. Après que le coin a pris naissance et qu'il a pénétré plus profondément, c'est-à-dire après un intervalle de quinze à vingt minutes (comptées à partir du moment où l'œuf a été chassé de l'ovaire dans l'eau de mer), le nucléole commence aussi à se modifier. La disposition des nombreuses et petites va- cuoles qu'il contenait, lui donne une homogénéité presque complète, bientôt détruite par l'apparition, en son milieu, d'une unique et grosse vacuole con- tenant en elle un corps solide arrondi, qui en comble la cavité presque en- tièrement (fig. 2). Mais c'est là aussi un aspect de courte durée. Une demi-heure environ après la ponte de l'œuf, la tache germinative change à la fois de situation dans la vésicule et de forme extérieure, et devient ainsi de moins en moins facile à apercevoir distinctement. Sa vacuole centrale et le corps. y contenu se soustraient «oudainement à l'œil de l'observateur • son volume se trouve, par suite, notablement diminué ; sa" surface flétrie présente encore quel- quefois un enfoncement infundibuliforme à l'endroit où se trouvait antérieu- rement la vacuole (fig. i). Au cours de ces changements, on voit paraître dans le coin précédemment indiqué une petite figure étoilée à côté de laquelle s'en place bientôt une se- conde (pi. IV, fig. 4). D'où l'aspect d'une étoile double, dans lequel nous avons appris déjà à reconnaître l'indice d'une division cellulaire. A partir de ce moment, les modifications ultérieures s'accomplissent simultanément dans la vésicule germinative, dans ce qui reste de la tache germinative et dans l'étoile double (pi. IV, fig. S). La vésicule germinative se flétrit et se ratatine davantage et plus promptement, sans doute en laissant diffuser son contenu dans le pbotoplasme ambiant qui, de son côté, fait effort de tous côtés pour pénétrer dans l'intérieur, et plisse en maint endroit la membrane d'enveloppe de la vésicule. En même temps, la tache germinative diminue de plus en plus, ainsi que le prouvent les mesures micrométriquos. Qu[int à l'étoile f V \ NOTES ET REVUE. m double, elle grossit ; les deux champs clairs qui en forment les centres, s'é- tendent et se mettent en relation par un pont intermédiaire étendu de l'une à l'autre. Leurs rayons se dessinent mieux et acquièrent plus d'extension. En même temps, la figure ainsi constituée quitte sa position et remonte en haut vers la surface du vitellus, où elle se (ixe de façon que son grand axe coïncide avec la direction d'un rayon de Fœuf (pi. VI, fig. 7). Une heure environ après la ponte, on a donc le plus souvent l'aspect sui- vant (pi. VIII, fig. 6) : Près de la surface, une étoile double placée comme il vient d'être dit, et, à une certaine distance au-dessous, un petit champ à contours irréguliers, la vésicule flétrie, dont la paroi n'est maintenant plus reconnaissable, mais qui garde encore quelquefois un résidu de la tache ger- minative. Une demi-heure plus tard, ces derniers vestiges de la vésicule et de la tige ont disparu, et le vitellus est devenu homogène avec une étoile double à sa périphérie (pi. VI, fig. 7, et pi. VIII, fig. 7). Ces résultats, obtenus par l'observation directe, doivent être contrôlés et complétés par l'action des réactifs (acide osmique et acétique). Ainsi, quand on tue un œuf et qu'on le traite convenablement à la phase oîi la tache germinative acquiert une. grande vacuole unique (pi. VI, fig. 2), rien n'est plus facile à voir que la façon dont un corps solide remplit la cavité de cette vacuole. Le carmin de Reale le colore bien plus intensément que la substance qui l'entoure circulairement (pi. VIII, fig. S), et il apparaît ainsi comme correspondant à la plus petite des deux parties que nous avions pu déjà distinguer dans la constitution de la tache germinative de l'œuf ovarien, A partir de ce moment, les réactifs font surgir une série d'aspects impos- sibles à observer sur l'œuf frais. Ils se rapportent aux stades déjà plus avan- cés, dans lesquels la vacuole centrale commence à disparaître, la tache ger- minative à devenir indistincte et à diminuer de volume. Voici la série régulière de ces aspects et leur interprétation. Le corps contenu dans la vacuole s'allonge en une pointe et devient pyri- formefpl. VIII, fig. 18, a). Lapoini,es'alIongeant davantage, il devient claviforme et, de cet état, il passe à celui d'un long et mince bâtonnet, renflé de dis- tance en distance (pi, VIII, fig, 43, b), dont la position est abooluraent fixe dans la vésicule germinative. L'une des extrémités de ce bâtonnet, en effet, tra- verse la zone corticale de la tache germinative qui délimite la vacuole et, sortant de la tuche, vient plonger dans 1h corps précédemment décrit, pour y devenir le centre de la figure étoilée observée'sur le vivant (pi. VIII, fig. \ et fig. rA). Mais le reste de la substance du nucléole, la couche craticale délimitant la vacuole, subit elle-même aussi des changements dans sa forme. Sa surface, auparavant régulièrement sphérique, devient irrégulière. Quelquefois, elle se relève jusqu'à une certaine hauteur autour du bâtonnet dont le sommet plonge dans le coin, et lui forme comme un étui à la base. Dans des cas plus rares, la surface de la tache germinative semble toute bosselée et comme désagrégée en un amas de granules distincts et séparés (pi. VIII, fig. 18, a, b). Reprenons maintenant la série des phénomènes. A l'extrémité libre du bâtonnet, celle qui plonge dans le coin et forme le centre d'une image étoi- IV NOTES ET REVUE. lée, on voit paraître quelques granulations qui se disposent en cercle (pi. Vllf, fig. 13). Il faut les considérer comme des parties détachées du bâtonnet et, par conséquent, comme dérivant de la tache germinative. Le bâtonnet, en effet, ne tarde pas à disparaître en tant que tel, c'est-à-dire qu'à ce moment les deux substances du nucléole ont été disjointes, et se sont séparées pour occuper des emplacements distincts. La moins considérable, quant au volume et la moins soluble, a émigré dans le protoplasme et y a pris la forme d'une couronne de granules (pi. Vill, fig. 18, c) ; l'autre substance, au contraire, qui laisse encore souvent reconnaître la cavité d'où la première est issue en bâtonnet (pl.VIll, fig. 19, ?>, c) est demeurée, il est difficile de dire si c'est en totalité ou partiellement, dans la vésicule germinative. Nous disons, en effet, qu'il est possible qu'à ce moment quelques parcelles de cette substance nu- cléolaire, la plus soluble, se soient liquifiées et aient pénétré dans le champ clair du coin. Nous arrivons maintenant au stade auquel, sur le vivant, à la première étoile venait s'en adjoindre une autre. Les réactifs nous fournissent sur cet état les éclaircissements suivants. Grâce à eux, il est facile de démontrer qu'entre les deux étoiles est étendu un corps strié, dont les libres, peu distinctes d'abord, se révèlent bientôt nettement quand le reste de la tache germinative est davantage sur le déclin. Ce corps fusiforme strié n'est autre que celui de direction, ainsi que Bûtschli l'a fait voirie premier. Les figures 3, 4 et 6 de la planche VllI, sont destinées à faire connaître ce stade. L'action de l'acide acétique a déterminé un précipité noirâtre de granules dans le fluide de la vésicule germinative. La membrane de celle-ci s'est plissée sur elle-même, et apparaît plus distinctement que sur le vivant. Elle n'est détruite qu'au point correspondant à celui où reposent l'éininence protoplasmatiqueetle corps fusiforme. La figure 6 offre un état plus avancé. La paroi de la vésicule a disparu entièrement; du nucléole il n'y a plus qu'un petit reste, et de la substance fondamentale de la vésicule on ne trouve plus qu'une masse quelque peu granuleuse et foncée, qui ne s'est pas encore mêlée au protoplasme ambiant. Dans la figure 7 enfin, le corps fusiforme situé près de la périphérie est seul encore discernable, avec fibres plus larges. Sur les exemplaires traités par l'acide acétique, l'auteur n'a pu voir, dans ce corps, de plaque ou plutôt d'an- neau équatorial, mais sur les préparations à l'acide osmique. il en a trouvé un manifeste (pi. VlII, fig. 15). En même temps, la figure 7 montre encore un fait intéressant constaté occasionnellement sur plusieurs pièces. Des œufs ayant été portés dans la glycérine très-étendue pour les éclaircir, leur membrane s'était détachée et soulevée circulairement du vitellus; mais, au point où le corps fusiforme affleure la périphérie, la membrane se trouvait retenue par- tiellement par un faisceau de filaments protoplasmiques qui, issus du sommet du corps fusiforme, allaient, par leur autre extrémité, se fixer en divergeant sur la lace interne de l'enveloppe de l'œuf, et ces filaments que l'enveloppe avait légèrement soulevés avec elle, se voyaient en toute netteté, disséqués en quelque sorte par la petite quantité d'eau que l'endosmose avait fait péné- trer entre eux et tout autour. Après la formation du corps fusiforme de direction, survient une courte NOTES ET REVUE. v pause. Puis, deux heures h deux heures et demie après la ponte, commence l'émission des f^lohules de direction, phénomène que nous devons suivre d'ahord sur le vivant. La double étoile se grossit par accumulation de substance homogène. Puis s'élève sur la surface du vitellus un mamelon de protaplasma recouvrant la moitié périphérique de la figure étoilée (fig. 6). Bientôt ce mamelon devient plus cylindrique pour s'étrangler ensuite à la base. A ce moment naissent, à la surface de l'œuf, aussi bien que sur celle du globule de direction qui vient de se dessiner, des sillons qm, de part et d'autre, convergent vers l'étran- glement qui sépare le globule du vitellus (fig. 8;. Enfin, ce globule se dé- tache tout à fait et s'aplatit en un petit disque reposant à la surface du vitel- lus (fig. 9). Immédiatement au-dessous de lui. est demeurée la seconde moitié de la figure étoilée. qui se convertit elle-même, en un quart d'heure, en une nouvelle étoile double (fig. 11), qui se comporte comme la première, donnant un second globule de direction par l'une de ses extrémités, et de- meurant enfouie par son extrémité centrale dans la couche superficielle du vitellus (fig. 12, 13). En traitant les œufs, aux phases qui viennent de nous occuper, par le- réactifs, on peut ici encore prouver que, dans les phénomènes de gemmation des globules d'excrétion, les mêmes particularités caractéristiques ont lieu que celles qui ont été décrites par l'auteur dans l'œuf de Nephelis (pi. Vllf, fig. 7, H). 11 n'y a de différence qu'en ce que, avant que commence le bourgeon- nement, le corps fusiforme a diminué de longueur pour s'élargir et est devenu dolialoïde. Gomme dans la Nephelis, pendant que le protoplasina s'élève à la surface en mamelon, deux zones d'épaississement ou anneaux sont apparus qui, s'écartant, se portent chacun dans une des parties de la division future. Après la seconde division, par la répétition du même phénomène, la moitié du corps de direction qui est restée dans le vitellus, comme il a été dit, a donc conservé son anneau polaire, et c'est celui-ci qui devient le point de départ de la formation du noyau de l'œuf, de la façon suivante. Un quart d'heure après que le second globule d'excrétion s'est détachée trois heures après la ponte, la portion subsistante de la deuxième étoile double grossit et s'éloigne de la surface du vitellus. Sur le vivant déjà, il est facile de voir naître, dans la substance homogène, un certain nombre de petites va- cuoles (pl. Vlil, fig. 12, pi. VI, fig. 14), autour de l'amas desquelles le proto- plasma ambiant s'ordonne en stries rayonnantes. Les vacuoles grossissent ; l'aspect rayonnant du protoplasma s'accuse mieux dans leur voisinage et s'é- tend plus loin. Le centre de chaque vacuole est formé, ainsi que les réactifs l'apprennent, par un des grains de l'anneau polaire précité. Ces vacuoles ne demeurent distinctes et séparées les unes des autres que peu de temps et, par leur coalescence graduelle, font place après trois heures et demie aune seule grosse vacuole, dont la surface lobée trahit la multiple origine (pi. VI, fig. 15). Elle contient à son centre un certain nombre de petits corps nucléoli- formes. Le noyau de Uœuf, dénomination sous laquelle il convient de dési- gner <à partir de ce moment le corps qui nous occupe, s'est, au fur et à me- sure de sa constitution, rapproché davantage du centre du vitellus, en même temps que l'aspect rayonnant du protoplasma ambiant précédemment décrit, VI NOTES ET REVUE. s'effaçait graduellement. Les grains contenus à rintérieur de ce noyau de l'œuf se fusionnent aussi, à leur tour, en un seul nucléole, dont la présence est constante dans tous les œufs (pi. VIII, fig. 20, a, d, pi. XVI, fig. 10). A ce moment, l'œuf est mûr et susceptible de fécondation. Dans les faits tels qu'ils viennent d'être rapportés, M. Hertwig s'éloigne sous maints rapports des données de van Beneden. 11 n'a pas vu la segmen- tation de la tache germinative en parties isolées, la dispersion et la disso- lution de ces segments dans le suc nucléaire, l'expulsion d'une portion du contenu de la vésicule germinative sous forme d'une gouttelette, tous faits rapportés par van Beneden.  leur tour, van Beneden et Greeff n'ont pas re- connu les deux substances qui forment la tache germinative, ni les transfor- mations qu'elles éprouvent durant la métamorphose de la vésicule germina- tive, ni la formation du coin de pénétration, ni l'apparition des deux étoiles, ni le corps fusiformc de direction, ni le mode d'origine des deux globules de direction, non plus que celui du noyau de l'œuf. Il a rapproché davantage des données deFol,qui a vu l'étoile double, Yam- phiaster comme il la nomme, et distingué à quelque distance un reste de la tache germinative. Mais Fol n'a rien dit de plus précis sur les changements qu'éprouve la tache germinative, et sur le mode d'origine de Vamphiaster. L'auteur doit encore se séparer de lui quand il dit que Vamphiaster se partage et qu'une seule moitié produit les globules de direction. Enfin, Fol est arrivé à un résultat absolument opposé à l'un des plus essentiels de ceux constatés par Hertwig, quand il admet qu'il n'existe aucun lien génétique entre le noyau de l'œuf et la tache germinative. Or, ce lien existe, comme le prouve la série des phénomènes suivie pas à pas. La fécondation. — Immédiatement après l'addition de sperme, le vitellus se rétracte sous son enveloppe. C'est là le premier signe et le plus perceptible de l'accomplissement de la fécondation. Bientôt après apparaît, dans la zona externe du vitellus, à l'opposite du point occupé par le corps fusiforme, un petit champ clair qui échappe aisément à l'observation. Autour de lui, le vi- tellus montre vaguement une structure rayonnante (pi. Vil, fig. 13). Souvent l'auteur a vu, dans le prolongement d'un de ces rayons, le protoplasma étendu en manière d'un mince pont entre le vitellus et sa membrane écartée. Ce pont répond apparemment à l'endroit par lequel le spermotozoïde fécondant a pénétré. Le petit champ clair s'avance lentement vers le centre de l'œuf sans devenir beaucoup plus distinct, et demeure tel jusqu'au moment de ré- mission du deuxième globule d'excrétion. A partir de cet instant, l'image change (pi. VII, fig. 4). L'aspect rayonnant du protoplasma s'accuse davantage autour du petit champ clair et s'étend bientôt à tout l'œuf. Enfin, dans le champ clair paraît une vacuole, en même temps qu'une autre se produit au-dessous du point de sortie des globules de direction. Les deux vacuoles nucléaires grossissent, se rapprochent jusqu'au contact et se fusionnent i)our former le noyau quelque peu ovalaire de la première sphère de segmentation, situé au centre de l'œuf. Les deux pôles de ce noyau deviennent centres de rayons divergents, et on a bientôt la figure de deux soleils, telle qu'elle a été décrite dans l'œuf du Toxopneiistes . Le sillon de segmentation paraît deux heures et demie après le commencement NOTES ET REVUE. vu de la fécondation, et prend son point de départ au-dessous des globules de direction. Dans d'autres cas,les œufs ont été fécondés quatre heures après laponte, par conséquent à une époque à laquelle le noyau de l'œuf s'était déjà formé par coalescence de vacuoles séparées (pi. VII, fig. 5). Dans ces cas encore, on voit le vitellus se rétracter et une petite figure étoilée apparaître en un point do la surface. Mais tandis que, tout à l'heure, celle-ci demeurait longtemps indis- tincte, elle grossit ici rapidement et gagne le centre de l'œuf. Le noyau de l'œuf s'est mis en marche en même temps, et se dirige vers le même endroit par des mouvements amœboïdes. Arrivé là, il pénètre dans l'étoile qui s'y trouve déjà (pi. Vil, lig. 7). Pendant ce temps, dans cette figure étoilée, on voit une toute petita vacuole s'accuser nettement, s'appliquer contre le noyau de l'œuf et se fusionner avec lui (pi. VII, fig. 8). La division en deux a lieu trois heures après la fécondation. Ces phénomènes de la fécondation sont interprétés ici par l'auteur comme ceux décrits par lui, à la date de deux ans, dans le Tovopneiistes lividus. Dans l'accomplissement normal de la fécondation, un seul spermatozoïde pé- nètre dans l'œuf. Son effet immédiat est la rétraction de l'œuf sous son enve- loppe, qui ne demeure rattachée au vitellus qu'en un point par un pont de protoplasma, et ce point est celui par lequel le spermatozoïde est entré. La portion de noyau issue de la cellule mâle qui est contenue dans la tête du spermatozoïde prend la forme d'un petit noyau arrondi qui, exerçant une attraction sur le protoplasma ambiant, s'entoure d'une auréole homogène et d'une couronne de rayons. C'est l'étoile vecluée ou spermatozoïde destinée à se conjuger avec le noyau de l'œuf. Un fait digne d'intérêt, c'est que chez ÏAsleracanlhion, cette étoile vectuée se comporte différemment, suivant le moment auquel survient la fécondation. Si le spermatozoïde pénètre avant la constitution du noyau de l'œuf, celui-ci, aussi bien que le noyau raàle, s'imbibe, avant que la fusion de l'un ou de l'autre ait lieu, du liquide nucléaire épars dans le plasma, et ils deviennent ainsi deux Vacuoles d'égal volume (pi. VII, fig. 3, i, I, 2). Au contraire, le noyau raàle reste à l'état d'un très-petit corpuscule quand, à son arrivée, il trouve déjà constitué le noyau de l'œuf qui a usurpé pour lui tout le suc nucléaire épars dans l'œuf (pi. VII, fig. 5 et 7). Ces deux cas correspondent aux différences qui ont été décrites comme normales dans l'accomplissement de la fécondation chez différents animaux, tandis qu'il n'y a là qu'une question de relation entre le moment oii survient la fécondation et le degré de consti- tution du noyau de l'œuf au même instant. Notons enfin que !e mécanisme par lequel la membrane de l'œuf se dé- tache du vitellus peut expliquer comment normalement un seul spermato- zoïde pénètre, à moins qu'on ne veuille dire que, puisque le premier a la bonté de laisser derrière lui un pont, d'autres pourraient en profiter. A. S. ¥111 NOTES ET REVUE. Il TRAITÉ DE ZOOLOGIE CONFORME A L'ÉTAT PRÉSENT DE LA ZOOLOGIE. La direction des Archivex a reçu le Traité de zoologie, de M. Claus^ qui a été traduit de l'aileinand parmi de nos jeunes professeurs des facultés des scien- ces dont le nom seul appellerait l'attention des lecteurs, si celui de l'auteur lui-même n'était déjà connu de tous les zoologistes. M. G. Moquin-Tandon, professeur à la Faculté des sciences de Besançon, a eu une très-heureuse idée en donnant aux zoologistes français la traduction de l'excellent ouvrage de zoologie générale de M. Claus. Il a ajouté de nom- breuses notes à l'ouvrage en ayant le soin de les signer, et par cela même il a augmenté le nombre des faits déjà si nombreux que renferme le livre. Nous ne saurions trop applaudir les efforts qu'a fait M. Moquin-Tandon pour nous rendre aussi fidèlement l'esprit de l'ouvrage important qu'il a mis à la disposition des zoologistes français. M. Savy, l'éditeur, a lui-même pris à tâche de transporter dans notre langue beaucoup d'excellents ouvrages, et nous nous empressons de citer cette nouvelle. production^ dont l'ulilité est absolument incontestable. Le Trailé de zoologie de M. Claus a surtout le grand avantage de présenter un résumé, un aperçu général de l'ensemble du règne animal en rapport avec les progrès que l'histoire des animaux a faits depuis ces dernières années. Un passage d'un avant-propos mis en tête de l'ouvrage par M. Moquin-Tandon, fera connaître l'ouvrage et l'esprit de son auteur. « Depuis quelques années, dit le traducteur, d'innombrables matériaux se sont accumulés, véritables entassements de richesses, au milieu desquels l'es- prit courrait grand risque de s'égarer, s'il ne prenait pour guide un ouvrage méthodique qui lui permît d'embrasser l'ensemble du règne animal, tout en lui faisant connaître avec les détails nécessaires les types principaux autour desquels se groupent les diverses formes et leurs rapports de parenté. A ce point de vue l'utilité d'un traité de zoologie assez vaste pour réaliser ce pro- gramme, sans [cesser pourtant d'être élémentaire, ne saurait être contestée. L'Angleterre et l'Allemagne, où les sciences naturelles sont plus cultivées que chez nous, offrent de nombreux ouvrages qui répondent parfaitement à ce but. En France, la patrie de deLamarck, de Cuvier, de Geoffroy Saint-Hilaire, nos étudiants ne sont pas aussi favorisés, sous ce rapport, que leurs voisins d'outrc-Rliin et d'outre-Manclie. Nous ne possédons en effet, en ce genre, que deux ouvrages de mérite, datant de 1833 et de 1843 ; c'est ce qui nous a décidé à entreprendre la traduction que nous offrons aujourd'hui au public. Nous avions à choisir entre plusieurs traités également estimables; notre pré- férence s'est portée sur celui du professeur Claus. Outre le même soin dans !a partie purement systématique, il offre en tête de chaque groupe principal, type, classe, ordre, un exposé succinct, mais complet, de l'organisation des ôtres compris dans chacun de ces groupes et un aperçu de leur développe- NOTES ET REVUE. ix ment. Aujourd'hui où, sous l'influence des doctrines transformistes, les ques- tions embryologiques ont acquis une si grande valeur, on comprend les ser- vices que peuvent rendre des résumés de ce genre, où se trouvent réunis tous les faits de quelque importance, et si Ton considère qu'il n'existe en France aucun livre où toutes ces notions soient groupées d'une manière sys- tématique, au point de vue de l'ensemble du règne animal, et qu'il faut re- courir pour leur étude aux nombreux mémoires épars dans les recueils scien- tifiques, on ne sera pas surpris que nous ayons été attiré par le travail du célèbre professeur. » On peut assurer que la traduction de la zoologie du professeur Claus sera très-utile à tous les zoologistes désireux de se tenir au courant des modifica- tions apportées aux classilications des animaux par les auteurs modernes. III SPONGICOLA FISTULARIS. HYDRAIRE HABITANT UNE ÉPONGE, Par FïlANZ ElLHARD SCHULZE. En 1872, deux mémoires d'Eimer, dans lesquels il affirmait avoir rencontré des nématocystes dans les éponges, semblaient devoir donner raison aux zoologistes qui voulaient placer les spongiaires dans le groupe des Cœlen- térés. Eimer avait observé dans deux éponges siliceuses, des genres Esperia et Myxilla, ainsi que dans une éponge cornée, de nombreux canaux de nature chitineuse, dont l'extrémité ouverte s'élevait de quelques millimètres au- dessus de la surface de l'éponge, mais qui à l'intérieur s'amincissaien- gra- duellement et finissaient par passer à une substance molle sarcodique. Ils renfermaient un corps blanchâtre, susceptible de se contracter quand on l'irritait. Il avait cru voir que ces tubes faisaient partie intégrante de l'éponge. Le corps interne pourvu de tentacules et qu'il nommait animal préhenseur (fangs- thier), présentait un ectoderme, une couche musculaire et un entoderme composé de cellules, de granulés et de nématocystes, tout comme le corps des hydraires. On aurait pu par suite le considérer comme un hydraire ; mais Eimer écarta résolument cette idée. Peu de temps après le premier mémoire d'Eimer sur les nématocystes des éponges, Carter publia la découverte, par lui faite, de polypes parasites à l'intérieur d'une Reniera branchue de la baie de Boue, et il supposa qu'Eimer avait été induit en erreur, et que les nématocystes qu'il avait rencontrés n'ap- partenaient pas à l'éponge, mais à l'hydraire parasite. La dernière communication sur ce sujet est de G. Allman, qui rencontra X . NOTES ET REVUE. dans des éponges cornées de nombreux hydraires auxquels il donna le nom de Stephanoscyphus mirabilis. M. Schulze, dans ses études sur les éponges, a cherché à voir si les néma- tocystes faisaient partie intégrante ou non du corps de l'éponge. « Je suis arrivé, dit-il, à ce résultat, que chez aucune des éponges dont j'ai fait jusqu'ici l'histologie, les nématocystes ne font partie intégrante de leur corps, et ne peuvent être considérés comme leur appartenant en propre. A la vérité, j'ai rencontré assez souvent des nématocystes de diverses formes dans telle ou telle partie du corps, mais surtout dans la couche de tissu la plus externe, ou dans les parois des canaux qui parcourent le corps de l'éponge. Dans tous les cas, il était facile de prouver que ces nématocystes étaient des corps étrangers introduits de l'extérieur dans les éponges, mais ne faisant nullement partie de leur organisme. Je ne puis d'autant moins partager les idées d'Eimer, qui regarde les né- matocystes de beaucoup d'épongés comme partie intégrante de leur corps, que j'ai justement eu occasion d'observer les mêmes formes d'épongés que celles dans lesquelles Eimera décrit, sous le nom de fangslhier, ces animaux porteurs de tentacules et riches en nématocystes. Je les ai trouvés dans les quatre éponges adriatiques suivantes : 1" Reniera fibulata, 0. Sm. 2° Siiberiles flavus, Liberk. 3° Esperia Bauriana, 0. S. 4.° Myxilla fascicularis, Lib. Et je les nomme Spongicola fistularis. » Si on abandonne des éponges habitées par la Spongicola fistularis dans de l'eau de mer fraîche, on aperçoit bientôt au sommet des sortes de bosses qui hérissent la surface des éponges, des faisceaux de tentacules délicats tout semblables à ceux d'une campanule. Au plus léger contact, à la plus légère se- cousse, on les voit rentrer et paraître à quelque distance au-dessous de l'ori- fice des canaux dans lesquels ils se retirent. La Spongicola fistularis forme des colonies, consistant en un cœnosarque tubuleux, contenu dans des conduits chitineux (périsarque), qui parcourent les canaux de l'éponge, et en hydranthes qui s'épanouissent à la surface. Le périsarque forme un réseau de tubes anastomosés entre eux, transpa- rents, incolores, ou légèrement colorés en brun dans les parties épaissies. Ces tubes augmentent graduellement de diamètre jusqu'à la surface. On ne parvient à les bien séparer du parenchyme de l'éponge que par la macé- ration. Dans le cœnosarque, comme dans celui des autres polypes hydraires, on trouve les couches concentriques suivantes : l'ectoderme, avec une couche de fibres musculaires tout autour, la lamelle hyaline de soutien et l'ento- derme. L'ectoderme est formé d'une couche continue de cellules polygonales, remplies de petits corpuscules réfringents. Dans cette couche, on rencontre des nématocystes de différentes formes libres ou contenus encore dans leur cellule mère. Entre l'ectoderme et la lamelle de soutien, se trouve une couche de fibres NOTES ET REVUE. xi musculaires longitudinales et terminées en pointe aux deux extrémités. Cette couche, de même que la lamelle de soutien, est souvent si délicate et si mince, qu'il est difficile d'en constater la présence. L'entoderme se compose, comme celui des hydraires, de larges cellules prismatiques, de la surface interne desquelles part un long flagellum. Mais outre ces caractères communs' avec les hydraires, la Spongicola en présente un tout particulier. En effet,: en examinant l'animal à travers le périsarque, on voit quatre côtes longitudinales, symétriques, faisant saillie à l'intérieur du cœnosarque. Elles sont produites par un plissement de la couche entodermique. L'hydranthe, en forme de tube court, est en continuation immédiate avec le cœnosarque, sans modification sensible dans son aspect et sa largeur. Il s'en distingue cependant très nettement par certains points. C'est surtout l'ectoderme qui montre cette différence. Il est bourré de nématocystes, et outre des cnidocils il présente encore de nombreux cils vibratiles produisant un fort courant d'eau. Sous l'ectoderme se trouve un système de fibres musculaires longitudi- nales très longues et pointues aux deux extrémités. La couche cellulaire entodermique, située sous la lamelle hyaline de soutien, ne se différencie pas sensiblement de celle décrite dans le cœnosarque. Elle présente aussi ces quatre bourrelets longitudinaux en continuation di- recte avec ceux du cœnosarque. L'extrémité antérieure du corps de l'hydranthe se sépare du reste de l'animal, par un fort pli circulaire portant les tentacules, se relève ensuite sous forme d'entonnoir et présente une ouverture tentrale dilatée. Les quatre bourrelets longitudinaux du cœnosarque et du corps de l'hy- dranthe se prolongent sur le pli circulaire et sur l'hypostome jusqu'au bord libre de la bouche. Le nombre des tentacules n'est pas régulier,, mais paraît être un mul- tiple de 4, et peut varier de 16 à 40. Ce dernier nombre est le plus fréquent. Les tentacules sont pleins. On y rencontre les couches typiques du corps de l'hydranthe : un ectoderme cellulaire, une couche de fibres musculaires longitudinales, la lamelle hyaline de soutien, qui paraît entourer une couche de fibres musculaires circulaires, et enfin dans l'axe la rangée, de grosses cellules entodermiques. Les cnidocils, que l'on trouve à la surface des tentacules, dépassent en longueur les plus longs cnidocils trouvés jusqu'ici chez les autres cœlentérés. Ainsi, tandis que chez fhydre ils atteignent au plus 0""°,0I, ceux des bras de la Spongicola atteignent 0^^,02. Les macrocnidies sont en petit nombre à la surface des tentacules et en- tourées en général par un groupe de dix à vingt microcnidies. Les macrocnidies, de forme presque sphérique, peuvent émettre un long filament, formant à la base un tube cylindrique à la surface duquel se trou- vent de nombreuses pointes dirigées obliquement et disposées en spirale ; le reste du filament, très transparent, est couvert aussi de petites pointes en spirale. Les microcnidies, plus petites, de forme ovale, émettent un filament xu NOTES ET REVUE. dont la partie basale n'est pas aussi nettement marquée que ohez les macro- ciiidies. Entre les cnidocils, se trouvent de longs flagellums très mobiles, et qu'on ne rencontre pas sur les tentacules des autres liydraires. Ces flagellums très délicats ne peuvent être aperçus que très difficilement. Ils sont peu nombreux à l'extrémité des tentacules, augmentent en nombre vers la base et sont très abondants sur le corps de l'animal. Quant à la reproduction et au développement de la Spongicola, U. Scbuize ne peut encore faire de communications. On peut se demander maintenant, dit-il, si l'animal que j'ai décrit est identique avec les formations observées par Eimer dans plusieurs éponges et qu'il a considérées comme des animaux nourriciers et prébenseurs (nàlir-und fangthiere) de l'éponge et comme en faisant partie intégrante. Je crois pouvoir affirmer cette identité, parce que d'un côté les décla- rations d'Eimer sur la structure de ces formations s'adaptent entièrement bien à ma Spongicola, à l'exception de la continuité, qu'il affirme exister entre elles et le corps de l'éponge, et d'un autre côté Eimer a observé ces formations dans les mômes éponges ou dans des espèces voisines de celles oîi je les ai rencontrées. Pour les animaux trouvés par Carter et AUman, M. Schulze ne peut dé- cider, leurs descriptions étant trop courtes, ou ne concordant pas entière- ment avec la sienne. Quant à la place qu'il faut assigner à la Spongicola, ne connaissant pas son mode de reproduction et de développement, il ne peut affirmer qu'une cbose, c'est qu'elle se trouve dans la classe des hydraires ou des bydromé- dusaires. Cependant, il croit avoir affaire à une forme de scyphistome, c'est- à-dire à un stade de développement asexué d'une méduse acraspédote. Il déduit cela de cette circonstance, qu'abstraction faite du cœnosarque d4ve- loppé, la structure de l'bydrantbe de la Spongicola ressemble beaucoup à celle d'un scypbistome, à' Aurélia axirila par exemple. En effet, cbez les deux formes animales, on trouve les quatre bourrelets longitudinaux symétriques faisant saillie à l'intérieur, et qui du cœnosarque comme de la tige du scy- pbistome s'étendent jusqu'à l'hypostome, au milieu duquel ils s'arrêtent ce- pendant cbez le scypbistome ; l'hypostome aussi dans la Sponpico/a comme dans le scypbistome s'élève presque à angle droit des parois du corps ; l'ana- logie existe aussi dans la structure histologique des parties correspondantes : les macrocnidies et les microcnidies sont distribuées de la môme façon, les cnidocils ont aussi chez le scyphistome une grande longueur, et enfin on re- marque chez le scyphistome comme chez la Spongicola, de longs flagellums répandus sur la surface des bras, surtout à la base et sur les parois du corps. NOTES ET REVUE. xm IV SUR LES SIPHONOPHORES DES PROFONDEURS DE LA MER. Par M. le professeur Th. Studer. {Zeitschr. fur iviss. Zoologie, t. XXXI, 1878, p. 1-24, pi. I-III.) II semblait jusqu'ici que le monde animal des Océans se distribuait en deux groupes distincts bien séparés : d'une part, les animaux de surface avec leur richesse infinie de formes et de types, d'autre part, ceux qui vivent sur le sol même des mers et dont les dernières explorations ont constaté l'existence jusqu'aux profondeurs énormes de 2 000 et 3 000 brasses. Les animaux du premier groupe ne s'enfoncent jamais beaucoup au-delà de 100 brasses au- dessous de la surface. Entre ces deux zones, on pouvait croire qu'il n'existe plus d'êtres animés et que les couches énormes d'eau qui les séparent sont des solitudes absolument dépeuplées. Le travail de M. Studer prouve qu'il n'en est point ainsi et, qu'entre le monde pélagique et le monde des abîmes, existe une faune encore inconnue; mais que les recherches de l'avenir révéleront peut-être aussi variée que les deux autres. Durant le voyage autour du monde de la corvette la Gazelle, il arriva fré- quemment, dans les nombreux sondages qui furent exécutés, que la corde de sonde revînt enveloppée et comme engluée de fragments de Siphonophores et quelquefois même de Siphonophores entiers. Ces animaux ne se trouvèrent jamais dans le lilet pélagique qui était traîné nuit et jour et descendu quel- quefois jusqu'à 200 brasses; en outre, le point d'attache sur la corde répondait toujours à une profondeur constante en rapport avec uue température déter- minée de l'eau. Ces deux faits prouvent sans réplique que ces Siphonophores habitent uniquement les couches profondes. Ces couches constituent une zone placée entre 500 et 2 000 brasses avec une température variant entre 2 et 6 degrés au-dessus de zéro. Les Siphonophores et fragments ainsi ramenés se rapportent à trois espèces, dont deux ont pu être étudiées complètement. M. Studer les a rangées dans le genre Rhizophysa. Les fragments de la troi- sième étaient trop incomplets pour les déterminer avec sûreté. Des deux Rhizophyses, l'une, le R. conifera, a été trouvée dans l'océan Atlantique et l'océan Indien ; la seconde, le E. inermis, dans l'océan Indien seulement. Les fragments incomplets de l'espèce iddéterminée furent péchés en grand nombre dans toutes les mers. Rhizophysa conifera, nov. sp. — La tige, qui peut atteindre une longueur de plus d'un mètre, se renfle à son extrémité supérieure en ui)e grande chambre pyriforme longue de 15 centimètres, dans laquelle est logée la vessie aérienne. Au-dessous de cette chambre, la tige, encore d'un fort diamètre, porte de nombreux bourgeons de polypes placés sur un seul côté ; plus bas, elle va en s'amincissant beaucoup. C'est sur cette dernière partie que sont fixés les polypes, assez écartés les uns des autres. Ces polypes sont munis d'un seul ten- tacule fixé à leur base et sont dépourvus de tout filament secondaire. Ce ten- XIV NOTES ET REVUE. taculo unique et cette absence de filaments urticants distinguent cette Rhi- zophyse des deux autres espèces connues jusqu'ici. Sur un exemplaire bien conservé existait entre les polypes et attaché à la tige un porte-gonophore ayant la forme d'une pomme de pin. D'après la disposition et la structure histologique de la vessie aérienne, M. Studer considère cet organe comme une simple invagination de l'extrémité supérieure de la tige. Les parois de cette dernière au-dessous de l'ectoderme sont constituées par un mésoderme d'une structure toute particulière et qui forme un véritable squelette interne sur lequel viennent s'attacher les fibres musculaires. Glaus a déjà décrit une structure semblable chez YApolemia uvaria. Les polypes ont la forme de tubes allongés d'une longueur de 3 à 4 centimètres avec une bouche élargie en entonnoir. M. Studer décrit la struc- ture histologique de leurs diverses parties avec beaucoup de soin , Le porte- gonophore a lalforme d'an corps épais sur lequel s'élèvent des excroissances lamelleuses creuses, disposées en verticille et se recouvrant les unes les autres comme les écailles d'une pomme de pin. A la base et sur les côtés de chacune de ces écailles naissent de nombreux gonophores sphériques. M. Studer a trouvé très fréquemment un distome parasite qui vit à l'exté- rieur ou à l'intérieur du Rhizophysa conifera. Ce distome est une espèce dif- férente de celui que M. Vogtadéjà décrit comme vivant sur une espèce d'Hip-, popodius. M. Studer le nomme Distomum rhizopliysœ et signale l'existence de divers parasites qu'il a rencontrés dans d'autres circonstances chez des Sipho- nophorcs. Rhizophysa inermis, nov. sp. -r L'unique exemplaire de cette espèce que M. Studer ait péché mesurait dS centimètres de longueur. La chambre 'Supé- rieure, relativement plus grande que dans l'espèce précédente, était fortement renflée à sa base. La vessie aérienne était librement suspendue dans la partie supérieure de sa cavité. Du fond de la vessie partaient un grand nombre de prolongements en culs- de-sac. La tige au-dessous de la chambre avait une épaisseur de 4 millimètres et portait de nombreux bourgeons de polypes. Plus bas elle allait en s'amin- cissantpromptement, pour|devenir bientôt presque filiforme. Cette partie effi- lée portait des polypes en forme de tubes allongés et dépourvus de tentacule. A la base d'un des polypes était fixé une grappe de gonophores groupés en rosette autour d'un pédoncule épais. Chaque gonophore portait à sa base un tentacule court muni de filaments secondaires cylindriques terminés par un bouton urtical renflé en massue et composé d'un amas de nématocystes ana- logues à ceux du Rhizophysa flUformis. Balhyphysa abyssorum, nov. gén. et sp, — Les fragments de la troisième espèce se composaient seulement de tentacules et de filaments préhensiles. M. Studer croit pouvoir les rapporter à une autre espèce de Siphonophore dont les échantillons conservés dans l'alcool sont déposés au musée de Berlin. Ils proviennent de l'océan Atlantique et d'une profondeur de 1880 brasses. L'examen de ces échantillons assez complets a permis d'y reconnaître un genre nouveau. L'extrémité supérieure de la tige est munie de la chambre et de la vessie aérienne; au-dessous elle se prolonge en un long filament mince qui parait NOTES ET REVUE. xv dépourvu (1(3 toute espèce d'appendice. Ce filament peut avoir fiO centimètres de longueur; puis la tige se renfle beaucoup en un cylindre musculeux qui porte de nombreux zoïdes disposés en deux séries alternantes. Au-dessous elle s'amincit promptement et se termine en une pointe effilée. Les polypes ont la forme de tubes simples à parois minces et d'une lon- gueur de oO à SS millimètres. Ils sont fixés à la tige par un pédoncule effilé qui peut atteindre une longueur de 20 centimètres et qui offre des renflements composés d'amas de nématocystes. — Les gonopliores sont disposés en grap- pes peu serrées qui pendent de la tige à l'extrémité d'un long pédoncule. — Les nématocystes sont de deux sortes ; les uns étroits et arqués, les autres ovales et droits. M. Studer a examiné avec soin la structure histologique des diverses parties de ce Siphonophore. L'auteur, en terminant, se demande comment la vessie aérienne de ces Siphonophores peut fonctionner à ces grandes profondeurs où le gaz qu'elle renferme se trouve soumis à des pressions qui peuvent dépasseriSOO atmos- phères. Quelques petits calculs prouvent que son jeu est et doit être e même que chez les Siplionoi)liores qui vivent à la surface. E. M. L'INDICATEUR ZOOLOGIQUE ( ZOOLOGISCHER ANZEIGER), Publié par Victor Carus, professeur à Leipsig. Nous croyons devoir signaler aux zoologistes français l'Indicateur dont le professeur Victor Carus a commencé la publication à la date du 1*^"^ juillet 1878. Cette feuille paraîtra régulièrement tous les mois, et même à de moindres intervalles, quand l'abondance des matières l'exigera. Il est inutile de dire à quel besoin urgent répond ce recueil ; il y aurait plutôt lieu de s'étonner que nul n'ait encore songé à prendre l'initiative d'une entreprise dont le succès est si certain, et qui sera saluée par une commune reconnaissance. L'Indicateur contiendra : i" Le titre des ouvrages édités par leurs auteurs, et relatifs à la zoologie, à l'anatomie, à l'ontogénie, à la paléozoologie; 2° Celui des mémoires publiés dans les journaux périodiques, avec un som- maire du contenu, mais sans analyse critique; 3° De courtes notes, telles que communications provisoires, remarques zoologiques, anatomiques, faunistiques, biologiques, procédés et nouvelles méthodes de recherches, etc., de façon à condenser en un même endroit une foule de renseignements précieux, perdus jusqu'ici dans des recueils locaux ou dans des collections que leur cherté ou leurs tendances éloignent du public zoologique ; XVI NOTES ET REVUE. 4" Des notes sur les Musées et Instituts zoologiques, sur les. collections privées, en même temps que le journal enregistrera les demandes que tel zoologiste pourrait faire de tel ou tel objet utile ù ses études, les offres d'é- change, etc., et qu'il donnera des renseignements sur les procédés de con- servation et les essais auxquels ils auront été soumis ; S» Des notices sur le personnel zoologique des Universités, Musées et autres établissements scientifiques de l'Allemagne et de l'étranger, et sur les chan- gements ou modifications qui y seront apportés; 6" Enfin, l'Indicateur sera à la disposition des opticiens, constructeurs ou marchands, pour toutes annonces concernant les instruments et ustensiles nécessaires aux études zoologiqucs. Comme on le voit, ce programme est complet, et nul n'est mieux à même de l'appliquer que le savant éditeur de la liibliolheca zoologica, dont l'Indica- teur sera en quelque sorte le continuateur dans sa partie bibliographique. Un regret nous sera permis, c'est que, par une entente féconde, l'Indicateur ne puisse paraître simultanément dans les langues principales de l'Europe. Ce serait le meilleur moyen pour l'auteur d'arriver à donner à son œuvre la propagation à laquelle elle a droit, comme ce serait peut-être aussi le seul de voir réaliser le vœu par lequel M. Victor Carus termine le prospectus que je viens de résumer, celui que tous les zoologistes lui facilitent l'accomplis- sement de sa tâche, en envoyant à son adresse, à Leipzig, ou à celle du libraire Ëngelmann, dans la même ville, l'indication de leurs travaux, leurs notes ou les procédés dont ils désireraient la publication, en se conformant, dans la rédaction de leurs envois, à l'esprit du présent programme. J'allais finir en oubliant le plus utile. — L'abonnement au recueil coûte 7 marcs. A. S. Le directeur : H. de Lacaze-Duthiers. Le gérant : G. Reinwald. NOTES ET REVUE. xvir VI SUR LA MORPHOLOGIE DES VIBRIONS (SPIRILLUM), Par P. Geddes et J.-C. Ewart. (Extrait des Proceedings of tlœ Royal Society, n" 188, 1878.) Malgré les reciierches nombreuses et fructueuses qui ont été faites récem- ment dans l'histoire des Bactéries, notre connaissance des formes courbes et spirales (Vibrio et Spirillum de Ebrenberg), si communes et si intéressantes, a fait peu ou point de progrès. Ni l'embryogénie ni la reproduction n'ont été observées; la phase de Zooglœa, si caractéristique de Baclerium et de BaciUus, n'a été mentionnée qu'une seule fois et même chez une forme différente ^ Dans un petit aquarium où de l'eau douce était restée stagnante toute une année, nous avons trouvé en hiver un nombre immense de vibrions mobiles ordinaires. L'été suivant, un nouvel examen de l'eau nous a montré que ces formes avaient à peu près disparu et à leur place nous avons trouvé des pelli- cules de Zooglœa consistant presque uniquement en Spirillum immobiles dans une masse gélatineuse, semblable à celle des Baclerium et des BaciUus. Avec ces vibrions il y avait aussi deux ou trois formes de hiaments, en apparence distinctes, quel(|ues-unes au repos et incolores, d'autres en mouvement et rem- plies de sphères bruu-jaunàtres, très réfringentes. Le Glœa avait à l'œil nu une teinte brunâtre, qui sous le microscope était distinctement due aux vibrions, la matrice étant aussi légèrement colorée. Quand un fragment était monté en préparation, l'eau agissait sur les bords déchirés et donnait très rapidement le mouvement aux organismes immobiles. Ceux-ci après des efforts parvenaient à se dégager, et en quelques secondes nageaient rapidement ça et là. La rapidité et l'étendue de ce changement que nous avons vu mainte et mainte fois étaient d'un intérêt et d'une beauté ex- traordinaires. Quand les vibrions mobiles étaient massés dans un endroit étroit, ils montraient très nettement leur teinte caractéristique, tandis qu'un seul, à moins d'un examen très soigneux, paraissait incolore. Les vibrions au repos ont des formes variées, quelques-uns simplement courbes, d'autres un peu recourbés à l'une ou à l'autre extrémité, et d'autres roulés en tire-bouchon à deux ou trois tours. Nous avons été très étonnés de voir qu'il y avait aussi des formes courtes configurées comme des virgules, dont les têtes ressemblaient exactement comme taille et comme couleur aux sphères brun-jaunâtre des longs filaments mobiles déjà mentionnés. Comme 1 Nous sommes persuadés que les formes décrites par divers auteurs comme Vibrio se rapportent soit : V aux BaciUus qui se brisent en zigzag; 2° aux BaciUus légèrementcourbés, ou 3" au SyiriUuin jeune, et alors que Vibrio ne doit plus être employé comme terme générique. ARCn. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. - T. VU. 187S. B xviu NOTES ET REVUE. toutes les gradations possibles de grandeur et de courbure existaient entre la plus petite virgule et la spirale la plus longue, il était naturel de supposer que nous avions ici la germination des spores dans les Spirillum. Les adultes immobiles peuvent être souvent pris pour spores en germination, mais en mettant exactement au point on reconnaît que ce qui paraissait être une spore est en réalité l'enroulement de la spirale, ou son extrémité vue en rac- courci. Pour cette raison, nous avons étudié et figuré soigneusement ces sources d'erreurs possibles. Il faut maintenant décrire les liy|)lies s|iorifères, à l'étude desquelles nous avons été conduits ainsi. Elles avaient une longueur très considérable, et étaient en mouvement incessant, les plus courtes avan- çant d'une manière bizarre et irrégulière, les plus longues s'enroulaut en anses, en nœuds et en spirales, comme des serpents entrelacés, et formant un mycélium mobile. Après avoir voyagé intacts pendant un temps considérable, ils se cassent en segments de longueur variable, et encore mobiles, qui peu- vent se diviser encore. Nous avons vu souvent un filament qui semait en se mouvant ses propres spores. Celles-ci s'échappaient tantôt par l'extrémité, tantôt à travers les parois, laissant à leur place dans la cellulose des vacuoles claires. Sauf le cas actuel, et celui d'une ou deux autres Bactéries, dans tout le règne végétal les spores ou semences peuvent posséder les moyens de loco- motion active ou passive, mais l'organisme maternel, du moins, est toujours immobile; ici l'inverse a lieu, c'est le parent qui est mobile, et ce sont les spores qui sont dépourvues de mouvement. Le développement des filaments et ses relations avec les spirales mobiles et immobiles étaient le premier problème à résoudre. Dans plusieurs prépara- tions, mais spécialement dans celles qui avaient été maintenues à la tempéra- ture de 25 degrés, nous trouvâmes de longs Spirillum courbés irrégulièrement et aussi de petits filaments, difficiles à distinguer de ces Spirillum. Nous les vîmes changer lentement de forme, tantôt se rétrécissant, tantôt s'enroulant, mais revenant souvent au type vibrion. Leur longueur et leur épaisseur aug- mentaient : ils devenaient immobiles, et leur protoplasme se condensait en sphères claires, rondes, d'abord à peu près incolores, mais bientôt dévelop- pant le brun caractéristique. Les filaments alors recommençaient leurs mou- vements. Les jeunes spores avaient au commencement un arrangement un peu irrégulier; mais il disparaissait quand le filament mûrissait. Le processus de la formation des spores est très remarquable. Des morceaux eu forme de bourgeon, d'haltère et de masses triradiés, se trouvaient dans le mémo filament. Les spores ainsi produites étaient souvent de taille inégale. Une semblable irré- gularité de division a lieu bien souvent en dehors des filaments. Ainsi semées dans la pellicule de Zooglœa, les spores s'entourent de cap- sules et très souvent, sinon toujours, elles se divisent en deux ou trois spo- rules. Les capsules mêmes peuvent se diviser, et des tas irréguliers, petits et grands, sont ainsi produits. Quelquefois aussi une masse de ces capsules est incluse dans une enveloppe définie de cellulose; en ce cas tout provient sans doute du développement d'une seule spore comme une masse de GlcBocapsa. Dans la vieillesse, les capsules perdent leur nuance bleue et sont teintées de brun sale. Les sporules peuvent quitter les capsules. Celles-ci sont trouvées vides en NOTES ET REVUE. xix grand nombre; la position autrefois occupée par la spore est indiquée par une vacuole, comme dans les filaments. Assez souvent les capsules deviennent motiles avant de perdre leurs spores. Leur mouvement est quelquefois direct, sans rotation, (luelquefois en spirale; cekii-là ressemblant à celui d'un monade, celui-ci à celui d'un vibrion. Après èlre sorties des kystes, les sporules sont trouvées à la surface en masses grandes et sombres. Un fluide nutritif, préparé en faisant bouillir un morceau du Zooglœa dans l'eau de l'aquarium, fut inoculé à ces sporules de la surface et mis sur la cbambre cliaude du microscope. Après vingt-quatre lieures, beaucoup des spo- rules poussaient une petite li^plie courbe, un peu teintée au commencement; et plus tard des virgules distinctes et même de jeunes vibrions se dévelop- paient. Nous avons trouvé une spbère relativement grande de la couleur caractéris- tique, et remplie de granulations excessivement fines, tandis que de plus petites sphères plus abondantes étaient pleines de granulations plus grosses faisant une transition aux kystes de sporules ordinaires. Des formes analogues ont été trouvées par Lankester dans le Bacterium rubescens et par Ewart dans un ba- cilliis. Il est probable qu'ils résultent, comme chez le Bacillus, de la division longtemps continuée d'une seule spore ou sporule. Quand elles sont écrasées, une foule de granules beaucoup plus petits que les sporules mêmes sortent. La rencontre de ces formes chez plusieurs genres et la taille et le poids infi- niment petits, sont des faits bien importants pour la germ-theory, spécia- lement depuis que leur développement a été vu dans le Bacillus ci-dessus mentionné. La division des spores à l'intérieur et au dehors de ces filaments est très remarquable et montre bien la nature non spécialisée et protéique de ces Bac- téries, presque tous les modes possibles de division se trouvant à la fois dans le champ du microscope. Il y a des spores qui se divisent transversalement en deux moitiés, d'autres qui bourgeonnent comme Turiila et d'autres encore qui s'allongent un peu comme des baguettes ou comme des vibrions mêmes, et alors se coupent en trois ou quatre morceaux. Selon notre connaissance actuelle, la morphologie du vibrion {Spirillum) peut ainsi être résumée : Le tire-bouchon mobile, bien connu, peut alterner entre les états mobiles et immobiles, et à la lin peut s'allonger en un petit filament qui perd sa courbure définie, et peut se plier et se redresser. Ce fil croît en un filament beaucoup plus large et plus long, sans mouvement, dans lequel paraissent les spores. Celles-ci se divisent rapidement, et acquièrent la couleur brune; le filament reprend sa motilité, sème ses spores, et plus ou moins tard se casse. Les spores s'enkystent, et les kystes, après une pé- riode de repos, deviennent mobiles eux-mêmes. Leurs sporules s'échappent et germent, en donnant des êtres en forme de virgule, et enfin de nouveaux vibrions actifs. La ressemblance de tout cela avec la morphologie du Bacterium lermo et du Bacillus est très complète \ Nous n'avons pas seulement la même alternance 1 EwART, Proc. Roy. Soc, n" 188, 1878. XX NOTES ET REVUE. des phases mobiles et immobiles, mais nous avons un mycélium d'hyphes dont le protoplasme se condense en spores qui se divisent en germes. De plus, il y a des filaments mobiles et des sphères granuleuses. Enfin, toute l'investigation tend à la simplilication de la morphologie des Bactéries, car toutes les formes décrites ici comme phases de Spirillum ap- partiennent, selon la classification ordinairement acceptée^j à six ou sept gen" res entièrement distincts. Et tout tend aussi à l'établissement de la nature fongueuse de ces êtres. P. G. VII SUR LE GENRE BRISINGA, Par le docteur Hubert Ludwig. (Zeislschrifl fur wissenschaftliche Zoologie, t. XXXI, p. 21G-234, pi. XV.) Depuis le mémoire de Sars on n'a plus rien publié sur ce curieux Échino- dernie. Ce savant ne put constater l'existence d'un système vasculaire et admit que la cavité générale du corps servait de réservoir au liquide sanguin et par analogie il décrivit la même disposition chez les autres Astérides. Mais dans ses travaux antérieurs le docteur H. Ludwig a démontré l'existence de véritables vaisseaux sanguins chez ces lichinodermes et en a donné une des- cription détaillée. Ce système vasculaire existe aussi chez Brisinga. Il consiste en un lacis de vaisseaux qui se ramifient et s'anastomosent entre eux et qui sont enveloppés dans des cavités fermées auxquelles l'auteur donne le nom de canal périhaemal. Les glandes génitales reçoivent chacune un de ces canaux enveloppant un lacis vasculaire. Le canal périhaemal se termine en un sinus enveloppant la base de la glande; mais les vaisseaux proprement dits se prolongent sur les tubes ovariens. Les vaisseaux des rayons offrent une disposition identique à celle décrite chez les autres astérides ; ils sont situés au-dessus des cordons nerveux et se composent d'un canal périhaemal dans lequel est logé le lacis vasculaire. Ces vaisseaux radiaires émanent d'un anneau vasculaire qui entoure la bouche et qui est situé au-dessus de l'anneau ner- veux entre deux canaux périhaemals. L'anneau vasculaire est composé d'un lacis de trois à cinq vaisseaux ramihés et anastomosés entre eux. Les vais- seaux des organes génitaux sortent d'un second anneau vasculaire appliqué à la paroi de la face dorsale du disque. Cet anneau est composé comme le pré- cédent d'un canal périhaemal contenant des vaisseaux ramifiés. Ce canal dorsal est en communication avec le cœur qui descend vers le peristome dans un canal périhaemal et se relie avec l'anneau vasculaire buccal. Sars croit que le pore subcentral placé sur le dos du disque est l'orifice 1 C1.A.US, 7Vat^e de Zoolof/ie, 1878, p. Ils. Classification dus .Scliisophytœ. NOTES ET REVUE. xxi d'un appareil d'excrétion et ne peut pas fonctionner comme anus. Le docteur Ludwig démontre au contraire que ce pore est en communication avec l'intes- tin et que les culs-de-sac interradiaires sont simplement des diverticulum de l'extrémité de l'intestin. L'auteur diffère encore de Sars dans l'interprétation des pièces squelettiques du péristome. Ses recherches antérieure"^ lui ont permis d'affirmer que chez toutes les astéries les deux premières vertèhres du hras ont éprouvé une soudure plus ou moins complète accompagnée d'une modification de la forme typique. La même disposition existe chez Brisinga. Les pièces auxquelles Sars donne le nom de plaques pariétales sont simple- ment les premières vertèbres transformées, et, comme chez les autres astéries, ce qu'on désigne comme première vertèbre est en réalité un composé de la réunion de la première et de !a seconde vertèbre. Dans le squelette du disque existent trois vertèbres dans chaque rayon et non pas deux seulement, comme le pense Sars. Ce chiffre trois est prouvé par le nombre des ambulacres. En résumé il n'existe dans le squelette péristomique de toutes les astéries, y com- pris Brisinga, que deux sortes de pièces : les plaques ambulacraires et les plaques adambulacraires. Il est donc complètement inutile d'admettre un troisième type sous le nom de plaques pariétales, celles-ci n'étant qu'une simple trani^formation des précédentes. L'auteur donne une série de figures avec explication détaillée qui démontrent suffisamment cette manière devoir. Le canal pierreux de Brisinga coronata est simple ; on y aperçoit simple- ment un bourrelet longitudinal vers la plaque raadréporique. L'épitbélium interne de ce canal est composé de cellules longues munies d'une cuticule dans laquelle on voit très clairement des canalicules pour laisser passer les cils vibratiles. Chaque cellule serait pourvue d'un cil unique. Gegenbaur considère Brisinga comme un type intermédiaire entre les Asté- ries et les Ophiures ; mais le docteur Ludwig se rattache complètement à l'opi- nion de Sars et démontre que la structure de ses organes en fait une véritable astérie, constituant une famille à part : celle des Brisingidse. E. M. VIII RECHERCHES SUR L'ANATOMIE ET LE DÉVELOPPEMENT DES ÉPONGES. LES MÉTAMORfHOSES DE SyCANDRA RAPHANUS, Par Franz -Eilhard Schulze. [Zeiischrift fur wissenschaftliche Zoologie, t. XXXV, 1878, p. 262-293, pi. XVIII-XXI.) L'auteur a pu suivre la larve de Sijcandra raphanus jusqu'au moment où elle se fixe et étudier les métamorphoses qu'elle éprouve. Il place de grands exemplaires de cette éponge dans de petits aquariums avec des algues vertes. Le lendemain de nombreuses larves écloses viennent nager à la surface de xxa NOTES ET REVUE. Teau. Il enlève une goutte de cette eau à l'aide d'une lamelle mince et re- couvre l'ouverture d'une clunubre humide en renversant dessus cette lamelle mince. Auparavant, quelques petites algues vertes ont été déposées sur le fond de la chambre humide. Ainsi enfermées les larves se conservent longtemps dans d'excellentes conditions biologiques et y suivent régulièrement leur évo- lution. Les larves commencent leur existence libre sous la forme ovoïde connue composée de deux moitiés, dont l'une est formée de petites cellules flagellées, la seconde de grosses cellules granuleuses dépourvues de flagellum. Ces dernières sont toujours au nombre de trente-deux. Ces deux moitiés, en forme de coupe, renferment entre elles une cavité commune remplie d'un liquide clair. Cette cavité commence par s'accroître en refoulant les cellules. Sous cette forme, les larves sont si délicates, qu'elles subissent aisément des déformations qui ont été décrites comme des stades particuliers de développement. Mais ce sont simplement des accidents qui n'ont rien d'essentiel. Le premier changement important consiste dans un raccourcissement de l'axe longitudinal et un allongement du diamètre équatorial. Le raccourcisse- ment est surtout prononcé dans la moitié du corps composée des cellules fla- gellées, qui se déprime lentement; ce mouvement en se continuant fait rentrer la couche de cellules flagellées dans la cavité centrale et on voit alors les larves prendre la forme d'une lentille piano-convexe dont la convexité est for- mée par les grosses cellules granuleuses, qui ont conservé leur disposition en coupe. Le bord de ce corps lenticulaire est constitué par une rangée de quinze à seize grosses cellules, auxquelles l'auteur donne le nom spécial de margi- nales. L'invagination des cellules flagellées se poursuivant, elles ne tardent par à venir s'appliquer contre la paroi interne des grosses cellules et la larve prend la forme d'une véritable gastrula, dont la paroi interne est tapissée par les cellules flagellées. La couche de cellules à granulations se renfle et l'an- neau de cellules marginales se rétrécit peu à peu autour de l'ouverture d'in- vagination. Finalement on a un corps hémisphérique formé de deux feuillets et pourvu d'une ouverture'plus ou moins étroite au milieu de sa face basilaire, composée des quinze à seize cellules marginales. Arrivée à cet état de gastrula typique, la larve ne tarde pas à se fixer. Elle s'attache à un corps quelconque par sa face basilaire. Quelques-unes des cellules de cette face émettent des prolongements de sarcode amiboïde de forme irrégu- lière qui s'attachent au substratum et servent à élargir et consolider la sur- face de fixation. Les grosses cellules granuleuses extérieures deviennent alors si transparentes, qu'on voit très bien le feuillet interne composé de ses cellules cylindriques. Entre les deux feuillets apparaît une fente remplie d'une sub- stance d'apparence gélatineuse. A ce stade les cellules des deux feuillets ont encore conservé leur autonomie et peuvent être isolées avec les réactifs. Les flagellums des cellules du feuillet interne ont très probablement été résorbés, car l'auteur n'a plus réussi à les voir. Les cellules de la face d'attache se rap- prochent de plus en plus et ferment complètement l'ancienne ouverture de la gastrula. C'est alors qu'apparaissent les premiers spicules. Ils so forment dans la couche gélatineuse qui occupe la fente entre les deux feuillets. Pour l'auteur. NOTES ET REVUE. xxiu cette couche intercalaire est un produit de l'ectoderme et doit être comparée à la lamelle de soutien des cœlentérés. Le développement ultérieur conduit à la forme typique nommée Olynthus par Hœckel. La larve s'allonge et à son extrémité libre se forme une ouverture qui, perçant la paroi dans toute son épaisseur, met la cavité interne en communi- cation avec l'eau extérieure. En même temps que cette ouverture apparaît, des spicules calcaires se sont développés autour d'elle, les uns en se déposant en collier longitudinal, les autres au contraire dirigés obliquement. Dès ce moment on peut voir toutes les formes de spicules connues chez cette es- pèce. Les pores aquifères naissent par écartement des éléments cellulaires. Les cellules internes reprennent leur flagellum muni à leur base d'une collier. Les métamorphoses de la larve sont complètes et l'éponge est achevée dans sa structure essentielle. Les développements ultérieurs, la formation des diver- ticules qui constituent le système de. tubes rayonnants caractéristiques de la famille des sycon, ne sont que des modifications accessoires. L'auteur a vu de nombreuses anomalies donnant lieu à des monstruosités très variées, telles que soudure d'individus entre eux, fixation par une des pa- rois latérales, etc. Après avoir ainsi décrit ses observations, l'auteur passe en revue l'opinion de ses prédécesseurs. Au sujet de Tinvagination, les opinions sont extrême- ment divergentes, et M. Schulze se trouve d'accord seulement avec les obser- vations publiées par M. Metschnikoff en 1874. Ce savant avait en effet très bien vu l'invagination des cellules flagellées; mais il prétend avoir observé auparavant une disparition de la cavité centrale de la larve et la fusion des grosses cellules granuleuses en une masse compacte, phénomènes que Schulze n'a pas revu. Aucune observation positive n'avait encore été faite sur la fixation de la larve ; aussi les opinions variaient et étaient encore plus vagues que pour l'invagination. Les uns la faisaient s'attacher par le pôle antérieur, les autres par le pôle postérieur; mais personne n'avait songea l'ouverture de la gastrula. Haeckel, Schmidt, Barrois et Keller admettent dans la métamorphose de la larve que les cellules postérieures sans flagellum deviennent l'entoderme, tandis que les cellules flagellées antérieures donnent naissance à un syncytium en se fusionnant. L'auteur est arrivé à un résultat diamétralement inverse et a pu confirmer la manière de voir de M. Metschnikoff, dont il ne diffère que sur quelques points de détail. Keller seul a vu la zone claire entre l'entoderme et l'ectoderme et l'a considérée aussi comme la matrice des spicules. En résumant ce que l'on sait du développement de Sycandra raphanus, on voit que les ovules naissent dans la couche de tissu formé de substance hyaline qui contient les spicules et où l'on trouve des cellules étoilées que l'on peut comparer aux corpuscules du tissu conjonctif des animaux supérieurs. Avec ces cellules, il s'en trouve d'autres formées d'un protoplasma fortement ré- fringent doué de mouvements amiboïdes ; ce sont elles qui, après être venues se placer près de la couche de cellules flagellées des tubes radiaux, se développent en œufs. La fécondation est encore inconnue. La première segmentation se fait toujours verticalement à la surface du tube radial voisin. Les deux premières cellules de segmentation ressemblent à des moitiés de cônes arrondis et sont orientées d'une façon constante qui permet XXIV NOTES ET REVUE. dès ce moment de reconnaîlre quelle partie donnera naissance aux deux moi- tiés de la larve. [>a seconde segmentation se fait dans une direction verticale à la première et divise l'œuf en quatre segments disposés en croix, entre lesquels se trouve le premier rudiment de la cavité de segmentation sous forme d'une fente étroite. Ces quatre cellules se divisent ensuite chacune dans leur sens longitudinal et donnent ainsi naissance à un anneau composé de liuit cellules. Celles-ci se coupent en deux par une fente transversale parallèle à la face ba- sale et produit ainsi deux anneaux de huit cellules parallèles Tun à l'autre. Les divisions ultérieures donnent bientôt naissance à \in corps creux composé de 4S cellules. Puis, dans les divisions qui suivent, les cellules qui doivent former la partie postérieure de la larve commencent bientôt à prendre leur aspect granuleux, et, d'abord au nombre de huit, finissent par se multiplier au nombre de trente-deux. Ces grosses cellules, à un moment, peuvent s'invaginer dans la cavité de segmentation et donner lieu à l'apparence d'une pseudo-gas- trula qui a pu tromper quelques auteurs. Mais cette invagination n'a aucune signification et aucune durée définitive. Enfin la larve sort sous sa forme ovo'ide dont la moitié la plus étroite est composée de cellules flagellées prismatiques et l'autre moitié de cellules granuleuses fortement bombées. Au centre existe une cavité de segmentation. Le développement ultérieur suit la marche décrite plus haut. De ses observations, le savant observateur conclut que le corps des Éponges, comme celui de tous les autres Métazoaires, se ramène à deux couches dis- tinctes de cellules ou feuillets embryonnaires. Ces feuillets se développent d'abord sous forme de blasiida, pour se transformer ensuite en une (jasinila par invagination, et le feuillet invaginé devient un entoderme épithélial, tandis que le feuillet externe ou ectoderme sert de point de départ à tous les autres éléments du corps d'une Éponge. Chez les Éponges étudiées jusqu'ici par l'auteur, il a pu constater l'existence d'une couche extérieure de cellules épithéliales pavimenteuses analogue à celle que l'on connaît chez les Méduses. Cette couche a été démontrée dans les genres Sycandra, Chondrosia, Chondrilla, Aplysilla, Aplysina, Halysarca, et par Metschnikoff dans le genre Reniera; c'est-à-dire chez des Éponges apparte- nant aux trois grands groupes primaires des Éponges calcaires, cornées et sili- ceuses. Au-dessous de cet épithelium existe la couche de substance hyaline dans laquelle se développent les spicules et les autres parties squelettiques. Certains auteurs veulent coiisidérer cette couche comme un syncytium composé d'une masse de protoplasma dans laquelle les cellules auraient .perdu toute autonomie. Mais le savant histologiste ne partage pas cette manière de voir et considère les noyaux et cellules étoilées avec des prolonge- ments irréguliers, que l'on rencontre en grand nombre dans cette masse hyaline, comme analogues aux corpuscules du tissu conjonctif des animaux d'une organisation plus élevée, et la masse elle-même, comme une substance fonda- mentale dépourvue des qualités et propriétés du protoplasma contractile et pouvant varier plus ou moins dans sa nature, comme cela a lieu dans les tissus conjonctifs analogues. Comment cette substance fondamentale se forme^ t-elle? Est-elle un produit de sécrétion, ou le résultat de la fusion et de la trai)sformatioi> de cellules existant antérieurement? Il est difficile de répon- NOTES ET REVUE. xxv dre à cette question dans l'état actuel de nos connaissances. i\Iais,en tous cas, cette substance doit être rangée dans le groupe des substances conjonctives avec cellules isolées et distinctes et chez les Corticium elle prend l'aspect et la solidité d'un véritable cartilage. Cette couche pourra être considérée comme un mésoderme et l'épithelium pavimenteux extérieur comme un ectoderme, si on admet que le mésoderme peut se développer à un stade secondaire et ne pas faire partie des couches cellulaires qui constituent l'embryon aux premières phases de son développe- ment. Cependant l'auteur pense qu'il est prudent pour le moment de consi- dérer les Éponges comme des animaux à deux feuillets, mais pourvus de trois couches de tissus. E. M. IX SUR LA FORMATION DU BLASTODERME ET DES FEUILLETS CHEZ LES INSECTES, Par le docteur N. Bobrf.tzky. (Zeitschrifl fur loissenschaflliche Zoologie, t. XXXI (187S), p. 195-215, pi. XIV.) Les recherches les plus importantes sur l'embryologie des insectes publiées jusqu'ici, ont été faites par Weismann, Metschnikoff et A. Brandi. Pour Wcis- mann, le blastoderme dérive d'une couche de blastème qui se développe à la surface de Treuf et dans laquelle apparaissent des noyaux. La substance du blastème se groupe en masses distinctes autour de ces derniers et par des divisions ultérieures les cellules du blastoderme se trouvent formées. Metschni- koff fait naître les noyaux à l'intérieur du vitellus par division de la vésicule germinative, après quoi ils se rendent à la surface du vitellus pour y consti- tuer les cellules blastodermiques en s'entourant d'une masse de blastème- D'après A. Brandt, la vésicule germinative se multiplie en un grand nombre d'éléments semblables à elle-même qui, en se groupant à la périphérie de l'œuf et en s'y juxtaposant les unes aux autres, finissent par constituer le blasto- derme. Le protoplasma des cellules blastodermiques dérive de la vésicule ger- minative, leur noyau de la tache germinative. Bobretzky a étudié les œufs de deux lépidoptères, Pieris cratœgi et Por~ Ihesia chrysorrhœa. La méthode employée a été celle des coupes après dur- cissement dans l'acide chromique à 5 pour 100, ensuite dans l'alcool absolu et finalement coloration au carmin. Les œufs de P. cratœgi sont pourvus d'un chorion rayé longitudinalement et qui constitue leur unique enveloppe. Avant qu'aucune trace du blastoderme n'apparaisse, on trouve à l'intérieur du vitellus de petits corpuscules de proto- plasma dont le nombre se multiplie avec le développement de l'œuf. Ces cor- puscules ont une forme irrégulière et sont composés d'une substance presque homogène, à l'intérieur de laquelle on peut, dans les cas favorables, reconnaître la présence d'un nucléus. Le corps protoplasmique envoie souvent des prolon- XXVI NOTES ET REVUE. yBinents irrégiiliers sur son pourtour. Cette structure permet de considérer ces corpuscules comme de vraies cellules douées de mouvements amiboïdes. A mesure que ces cellules se multiplient de plus en plus, beaucoup d'entre elles se rapprochent de la péripbérie du vitellus et arrivent enlin à sa surface. Elles se rassemblent, d'abord uniquement sur la moitié supérieure de l'œuf. Arrivées eu ce point elles rétractent leurs prolongements, prennent une forme sphérique régulière et revêtent ainsi l'aspect connu des jeunes cellules blastodermiqucs. De nouvelles cellules venant s'ajouter aux premières arrivées, le blastoderme s'étend peu à peu sur toute la surface de l'œuf. Celte extension du blasto- derme se fait par une marche graduelle allant du pôle supérieur à l'extrémité inférieure de l'œuf. Parallèlement au développement du blastoderme, on voit aussi les corpuscules apparaître et envahir peu à peu toute la masse du vitel- lus en allant de haut eu bas; parallélisme qui prouve bien que les cellules blastodermiqucs dérivent directement des corpuscules étoiles internes. Ce dé- veloppement progressif du blastoderme allant d'une extrémité à l'autre a été constaté déjà chez d'autres insectes. Les cellules engagées dans le vitellus ne décroissent pas de nombre à me- sure que se forme le blastoderme. Elles continuent à se multiplier lorsque ce dernier est déjà achevé et absorbent tout le vitellus pour le transformer dans les sphères vitellines. Ces sphères dérivent donc des éléments cellulaires restés dans le vitellus qui leur servent de centre de formation et non pas du feuillet séreux, comme Kowalevsky l'avait cru. La bandelette primitive se distingue tout d'abord à la surface de l'œuf par ses cellules cubiques, tandis que les autres parties du blastoderme sont coni- piisées de cellules plates. La séparation de la bandelette se fait peu à peu pa^ un repli qui, en se rapprochant et se refermant, l'enveloppe et constitue ainsi l'enveloppe séreuse. La bandelette se continue sur son bord dans les premiers rudiments de l'amnios encore très peu apparent et appliqué à la face interne de l'enveloppe séreuse. Mais il se développe rapidement et se referme au-des- sus de la bandelette. En même temps les sphères vitellines pénètrent peu à peu entre l'enveloppe séreuse et l'amnios qui, avec la bandelette, se trouve entièrement immergé dans le vitellus. Après le développement complet du blastoderme et lorsque la bandelette primitive commence déjà à se distinguer de l'enveloppe séreuse, il se forme alors une membrane fine sans structure qui revêt toute la surface extérieure du blastoderme et s'applique entièrement sur lui comme une cuticule. Le vitellus se transforme en sphères vitellines de la façon que voici. D'abord on voit dans sa masse des cellules sans prolongements amibo'ides comme au- paravant; elles sont entourées d'une auréole de protoplasma clair qui, en s'ac- croissant peu à peu, arrive promptement à constituer une sphère distincte du vitellus ambiant. Ces sphères apparaissent d'abord à la périphérie et progres- sent de là vers le centre. Leur forme est arrondie 'ou anguleuse par pression. Elles sont complètement séparées les unes des autres. On peut quelquefois distinguer une même couche de protoplasma qui entoure leur noyau et envoie des prolongements (ilil'ormes à la couche périphérique. On trouve aussi des sphères eu voie de division. Ces détails sont souvent obscurcis par la nature de la substance rendue plus ou moins opaque par des granulations. NOTES ET REVUE. xxvii Les observations précédentes concordent avec celles de Brandt pour faire provenir les éléments cellulaires constitutifs du blastoderme de l'intérieur du vitellus ; mais rien ne prouve qu'ils dérivent directement et uniquement de la vésicule germinalive. Les observations les plus réceutes tendent ù démon- trer de plus on plus que cette vésicule est le nucléns de l'œuf considéré comme une cellule. Brandt ne tient pas compte des faits connus et veut con- sidérer la vésicule comme une vraie cellule; mais pour Bobretzky elle est seu- lement le noyau de la cellule ovulaire, noyau duquel dériveront les noyaux des futures cellules embryonnaires. Hubert Ludwig a observé chez les Araciinides un mode de formation du blastoderme analogue à celui décrit plus haut. 11 a vu aussi des éléments naître dans la substance de l'œuf sous la forme d'une masse de protoplasma nucléée et ayant par conséquent la valeur morphologique d'une ceilule; ces éléments sortent du vitellus et viennent se grouper à sa surface pour y con- stituer le blastoderme. Ce mode de segmentation du vitellus peut être consi- déré dans un certain sens comme une segmentation totale; mais en tenant compte des diflerences qui le distinguent des formes typiques de ce genre, Bobretzky propose de lui donner le nom de segmentation intravitelline. Elle se relie d'ailleurs à la segmentation totale par des formes de transition. Bien que l'auteur n'ait pu encore réussir à suivre exatement le destin ulté- rieur des cellules ou sphères vitellines, il n'hésite pas à les considérer comme représentant l'entoderme et l'enveloppe séreuse comme l'ectoderme, La formation du mésoderme a lieu très tard, lorsque la bandelette primitive avec l'amnios s'est déjà séparée de l'enveloppe séreuse. Il apparaît d'abord sous la forme d'une gouttière peu profonde dont les cellules en se multipliant se détachent de la bandelette. Ce mode de formation a la plus grande analogie avec l'apparition de la gouttière primitive des vertébrés. Lorsque le méso- derme est devenu complètement distinct de l'ectoderme, il prend la forme de deux cordons sur lesquels on voit apparaître une segmentation analogue aux vertèbres primitives. Les observations de l'auteur sont limitées jusqu'ici à un trop petit nombre d'espèces pour qu'il soit permis de les généraliser et d'en étendre les con- séquences à toute la classe des insectes. Bobretzky croit cependant que leur accord avec celles de Brandt lui permet de s'associer à cet auteur pour con- tester la réalité du blastèmo formateur décrit par Weismann. E. M. X OBSERVATION SUR LE SYSTÈME NERVEUX DE L'AURELIA AURITA, Par M. Edward Albert Scucefer, Assistant prof, of physiology in University Collège London « IVom the Royal Society ». L'auteur décrit le système nerveux de ï Aurélia aurita comme consistant, outre le lithocyste et certains tractus d'épithélium spécialement modiiié dans xxvui NOTES ET REVUE. leur voisinage, en un entrelacement de fibres nervenses, couvrant toute la surface inférieure de l'ombrelle et placé entre l'épithélium ectodermique et la couche musiulaire. Chaque fiiire nerveuse présente vers le milieu de son éten- due un élargissement nucléé en forme d'une cellule nerveuse bipolaire, laquelle est ainsi interpolée dans le cours de la fibre. Quant à ses fibres ner- veuses, on remarque d'abord qu'elles ont une longueur limitée, dépassant rarement i millimètres ; secondement qu'elles ne se continuent jamais en réalité avec d'autres fibres, quoique fréquemment elles courent côte à côte et parallèlement pendant une certaine distance et que souvent elles forment des entrelacements très imbriqués par leur réunion avec d'autres fibres nom- breuses. Ces fibres se ramifient parfois. Elles ont généralement leurs extrémités délicatement effilées et ces extrémités sont en contact direct avec la substance des fibres musculaires. Mais quelquefois la terminaison du nerf est étalée en une expulsion nucléolée et aplatie, qui est probablement une forme primitive de la plaque terminale motrice. L'auteur traite ensuite de la structure et les rapports du lithocyste. Le lithocyste lui-même est décrit comme ayant une enveloppe ectodermique et un derme entodermique. Les deux couches sont séparés presque partout, par une couche mince de mésoderme jaunâtre. L'enveloppe ectodermique, excepté sur l'extrémité libre où les cellules sont simples ou aplaties, consiste en de longues cellules en forme de colonnes ciliées , dont les extrémités se divisent en fibres délicates qui forment un stratum sur l'épithélium. Une condition semblable de l'ectoderme se trouve dans deux dépressions de la surface, l'une située au-dessus l'autre au-dessous du lithocyste. L'au- teur montre la ressemblance que les cellules allongées de l'épithélium ainsi que la couche subjacente, granuleuse en apparence, fibreuse en réalité, pré- sentent avec la structure nerveuse centrale qui se développe dans l'embryon des vertébrés; en réalité ces parties représentent probablement les premiers commencements phylogénétiques d'un système nerveux centraL Quelques- unes des cellules de l'enveloppe ectodermique du lithocyste sont remplies de pigment, et ces cellules ont chacune, au lieu de cils vibratiles, un filament (sensorial) excessivement long et délié. La couche entodermique du lithocyste est un prolongement du canal nu- tritif de la marge, qui, à la partie terminale du lithocyste, se prolonge en une masse solide dont les cellules contiennent des cristaux calcaires ou otoli- thes. En outre, un petit lithocyste est encore décrit. Dans son intérieur la pro- longation otolithique du canal nourricier pénètre l'enveloppe ectodermique et avance librement sur le médium environnant. NOTES ET REVUE. xxix XI OBSERVATIONS SUR LA STRUCTURE DES CELLULES ET DES NUCLÉUS, Par E. Klein. {Quarterly Journal of Microscopical Science, 1878, p. 315-339, pi. XVI.) Les nombreux travaux publiés dans les dernières années sur la cellule et le nucléus ont démontré que leur structure était beaucoup plus complexe qu'on ne l'a cru pendant longtemps. Ainsi, Heitzmann a décrit à l'intérieur des cel- lules un réseau de minces fibrilles en continuité avec un autre réseau qui existe dans la substance du nucléus. Frommann, Bûtscbli, Hertwig et d'autres observateurs ont signalé des structures semblables dans des cellules de diver- ses provenances. Flemming, en étudiant les nucléus sur la membrane de la vessie de Salamandra maculala,-^ a découvert un réseau de fibres délicates qui en traversent toute la substance et se rattachent à la membrane nucléaire. M. Klein, dans le travail actuel, vient confirmer et compléter ces observa- tions. L'auteur prend l'estomac d'un Triton fraîchement tué, le plonge pendant vingt-quatre heures dans une solution de chromate d'ammoniaque à 5 pour 100, et après l'avoir lavé, le colore au picro-carminate. Ensuite, en raclant la sur- face muqueuse, il en enlève des fragments qu'il dissocie et monte en prépa- ration microscopique avec de la glycérine. Ce qui frappe tout d'abord dans cette préparation, c'est que tous les nucléus apparaissent avec un magnifique réseau de fibrilles traversant uniformément son intérieur. Dans quelques cas, ce réseau ne se continue pas tout à fait jusqu'à la membrane; mais alors il est relié avec elle par des fibrilles particulières. Les fibrilles du réseau varient beaucoup dans leur épaisseur et leur arrangement ; tantôt fines, cylindriques, lisses, très serrées, tantôt grossières, membraneuses, à contours irréguliers plus ou moins sinueuses et laissant entre elles des espaces irréguliers plus lar- ges au centre qu'à la périphérie. Quelques-unes présentent des épaississe- ments irréguliers. Dans quelques nucléus, la substance fondamentale qui sert de gangue au réseau intranucléaire, apparaît légèrement teintée en rouge ; dans d'autres elle est parfaitement incolore. On peut voir, à i'aide d'un excel- lent éclairage, une partie de ce réseau sur les cellules fraîches, non traitées par les réactifs. Lorsque le réseau est très enchevêtré et très dense et que le nucléus est un peu contracté, cet organe prend un aspect granuleux, homo- gène, dans lequel on ne distingue plus aucune trace des fibrilles, M. Klein conteste l'existence d'un nucléole dans beaucoup de cellules o\\ ils ont cependant été signalés par les observateurs antérieurs. Pour lui, ces prétendus nucléoles ne sont que des épaississements des fibrilles, ou bien des coalescences par contraction d'une partie du réseau. Sur tous les nucléus qu'il a examinés, il n'a jamais pu voir trace d'un nucléole existant comme un organe à part et distinct du réseau de librilles. XXX NOTES ET REVUE. La membrane nucléaire se compose d'une couche extérieure plus épaisse et d'une coiiche interne jiliis délicate, plus ou moins incomplète et qui en réalité n'est (ju'une coiuiensation périplii'rique du réseau avec lequel elle est reliée par des filaments plus ou moins lonj^s. Dans les préparations indiquées plus haut, l'auteur a trouvé: fdes cellules épithéliales columnaires composées d'une partie supérieure renflée et d'une partie inférieure plus opaque et terminée par des dentelures plus ou moins marquées. Le nucléus est situé dans cette portion inférieure; 2° des cel- lules plates provenant des parois des canaux des glandes. Ces cellules plates sont pourvues de grands nucléus dans lesquels le réseau est d une netteté admirable ; 3" des cellules plus ou moins polyédriques avec un nucléus excentrique. Elles proviennent aussi des glandes ; 4° des lamelles endothé- liales très larges, avec un nucléus ovale au centre. Dans les cellules épithéliales, on voit, tant dans la partie supérieure que dans la partie inférieure, un grand nombre de fibrilles délicates que l'on peut souvent suivre jusqu'au bord supérieur. Elles ont une disposition longitudinale et sont pourvues de fines ramifications latérales par l'intermédiaire desquelles elles s'anastomosent entre elles et constituent ainsi un réseau plus ou moins serré. La substance fondamentale dans laquelle est plongé ce réseau est de la mucine. Sur une cellule épilhéliale de l'intestin bien conservée, l'auteur a pu constater que les cils traversent le plateau et se continuent avec le réseau in- tra-cellulaire. Dans toutes les cellules mentionnées plus haut, le réseau intra-cellulaire est en continuité avec les fibrilles du réseau intra-nucléaire. Le mésentère du Triton, traité par les mêmes méthodes que l'estomac, a donné aussi à Al. Klein d'excellents résultats. 11 y distingue cinq parties différentes. i° L' endolhèlium de surface. 11 est représenté par une couche hyaline con- tenant de larges nucléus ovales qui tous laissent apparaître un réseau interne de fibrilles semblable à ceux décrits plus haut. On ne voit aucune trace de nucléole. Les cellules endothéliales isolées contiennent aussi un réseau de fibrilles d'une délicatesse extrême. Ce réseau intra-cellulaire est toujours en communication avec le réseau intra-nucléaire. 2" Les fibres musculaires lisses. Le mésentère en contient un très beau plexus, arrangé en faisceaux plats, se croisant les uns les autres. Quelques libres se détachent des faisceaux et se terminent librement sur la substance fondamentale du mésentère. Ces fibres présentent souvent des renflements variqueux. Iilles sont composées d'une gaine portant des renflements annu- laires et d'un faisceau central de fibrilles. Ces dernières sont indépendantes de leur enveloppe, car on les voit quelquefois contractées et sinueuses à l'in- térieur de la cavité. Le nucléus est ovale et légèrement déprimé. Dans sa sub- stance, on voit un réseau de fibrilles très distincts. Ces fibrilles intra-nucléai- res sortent en faisceau aux deux pôles du nucléus et se continuent avec les fibrilles de la fibre musculaire. Sur quelques nucléus, on peut voir à chaque [lôle une petite ouverture circulaire par laquelle sort le faisceau de fibrilles. La gaine est probablement de nature élastique et, après la contraction des lil)rilles, sert sans doute de ressort pour déterminer la détente. Les varicosi- NOTES ET REVUE. xxxi tés observées sur certaines libres sont probablement des portions de fibres à l'état de contraction. 3° Les corpuscules du tissu conneclif. Les cellules nomades ont des formes très variées. Leur nucléus ovale offre un très beau réseau intra-nucléaire. Les corpuscules proprement dits, ou cellules fixes, contiennent un réseau intra- cellulaire dont les fibres se continuent quelquefois avec celles des cellules voi- sines. Le réseau int^ra-nucléaire est semblable à ceux qui ont été décrits plus baut. Quelquefois les fibrilles sont condensées les uues sur les autres de façon à produire l'apparence de faux nucléoles. Le réseau intra-cellulaire est arrangé d'une façon très irrégulière autour du nucléus. Il envoie des prolongements ricbemeut ramifiés et d'épaisseur très inégales. Il est rare que les prolonge- ments d'une même cellule s'anastomosent entre eux. Le corps de la cellule n'est pas nettement délimité, mais son étendue est beaucoup plus étroite que les prolongements fibrillaires, qui le dépassent toujours d'une grande lon- gueur. i° Les nucléus des parois des capillaires et ceux des cellules lymphatiques ont montré la même structure (ibrillaire réticulée. 5° Fibres nerveuses. Elles sont très longues et sans ramifications. Sur leur parcours, on voit des nucléus oblongs et légèrement déprimés. Chacun de ces nucléus est engagé dans une plaque hyaline qui se prolonge un peu au-delà de ses pôles. Tous ces nucléus possèdent un riche réseau de fibrilles. La plaque hyaline, ou corps cellulaire, est elle-même traversée par un réseau de fibrilles qui se relient avec celles du nucléus. L'auteur n'a pu reconnaître aucune connexion entre ce réseau et le cyluidre-axe du nerf. 11 a pu suivre ce dernier d'un côté à l'autre du nucléus et le voir se continuer de deux parts, sans liaison aucune avec les fibrilles de la cellule. E. M. XII RECHERCHES SUR LES FERMENTS DIGESTIFS CHEZ LES INVERTÉBRÉS, Par M. C.-J.-W. Ivrukenberg. (Uittersuch. der physiol. Insl. der Univ.Hddelberg, Bel. II, Ilcft 3.) • L'auteur termine son travail par un résumé dont nous donnons la traduction un peu abrégée : -1. Des ferments digestifs se trouvent même chez des êtres très peu orga- nisés (Myxonycètes et Poriières), mais on n'en a pas constaté la fonction; 2. Chez les animaux inférieurs le ferment iieptique est bien plus réfiandu (lue la thrypsinc. Ce n'est que parmi les Vers et les Arthropodes que celle-ci parait plus constante que l'autre; XXXII NOTES ET REVUE. 3. La preuve expérimentale de la présence des ferments manque chez les Cœlentérés ; 4. La disgestion chez les Ascidies est plus imparfaite que celle de beau- coup d'Echinodermes et se rapproche plutôt de celle des Acalèphes ; 5. Chez beaucoup d'Echinodermes la formation du ferment n'est pas parfai- tement localisée. Il est possible dans ce cas (]ue les matières résorbées puissent subir un changement extra-intestinal par l'action du ferment; 6. Les organes de Biedmann chez V Astropecten forment ja pepsine et la diastase; 7. Le foie des Astérides est parfaitement analogue à celui des Arthropodes et des Mollusques, mais point du tout à l'organe respiratoire ou aux organes de Huvier chez les Holothuries. Je trouve un organe analogue chez le Cucu- maria Planci, et des glandes équivalentes dans l'intestin du Toxopneusles Uvidus et T. brevlspinosus ; 8. Chez les Vers, chez les Arthropodes et chez les Mollusques, la production du ferment digestif est bien plus localisée que chez les Echinodermes et chez Jes Cœlentérés, et la digestion intestinale est plus perfectionnée; 9. Le ferment thryptique des Vers [Aphrodite^ Hermione, Siphonostoma, Ârenicola, Lumbriciens), que j'appelle isothrypsin, se distingue de la thrypsine des Vertébrés, des Arthropodes et des Mollusques ; il est peut-être identique à celui des Astérides j 10. On ne peut pas à présent considérer comme ayant une fonction équi- vante, les follicules hépatiques chez les Aphrodites, les prolongements de la cavité digestive chez les Cœlentérés et les canaux intestine-hépatiques des Eolidéens ; 11 . Chez [' Aphrodite aculeala les sécrétions digestives sont produites par des cellules glandulaires dans les follicules hépatiques et non pas par les villosités de l'œsophage; 12. Il n'existe jamais chez les Invertébrés un renflement du tube digestif qui fonctionne comme l'estomac des Vertébrés ; ce qu'on appelle l'estomac est toujours une dilatation en jabot. P. G. Le directeur : H. be Lagaze-Duthiers. Le gérant : C. Reinwald. xXOTES ET REVUE. XIII CONTKlBUTION A L'ÉTUDE DES CAPRELLES, Par M. Alois Gamroth. {Zeitsch. f. iviss. ZooL, t. XXXI, p. 101-126, pi. VIII-X.) Ces recherches ont été faites sur Caprella équilibra Sp. B. dans le port tie Trieste. Cette Caprelle y vit au milieu des ramitications d'un Bryozoaire (Bu- gula nerilina) qui couvre toutes les parties sous-marines des constructions du port. Elle s'accroche avec ses pattes postérieures aux branches du Bryozoaire et se balance à droite et à gauche avec ses pattes préhensiles étendues. Sa nourriture consiste surtout en larves de Bryozoaires. L'auteur décrit longuement et avec beaucoup de soin les formes extérieures du corps. Il signale comme caractère facile à voir et bien caractéristique de cette espèce la présence de longues soies pennées, insérées en double ran- gée sur les antennes in/érieures et qui font de ces appendices des organes destinés à faire tourbillon dans l'eau. L'organisation interne des Caprelles a été fort peu étudiée jusqu'ici et on n'a guère à citer que les recherches de Frey et Leuckart publiées en 1847, ainsi qu'un court mémoire de Dohrn daté de 1866. On distingue dans le corps des muscles longitudinaux et des muscles transversaux. Les premiers déterminent les mouvements du corps, les seconds ceux des extrémités. Les muscles longitudinaux s'insèrent sur des saillies de l'enveloppe chitineuse, les muscles transversaux à la face dorsale interne du tégument. Les pattes sont munies d'un système musculaire assez compliqué. Tous ces muscles sont striés transversalement. Le système nerveux se compose d'un ganglion cervical et d'une chaîne de ganglions abdominaux reliés avec le premier par deux commissures. Le cer- veau se divise en deux parties, une supérieure et une inférieure. De la seconde, partent les nerfs des antennes, tandis que la première fournit les nerfs de l'or- gane cervical (nackenorgan), des yeux et les deux commissures œsophagiennes. La chaîne ventrale est composée de sept ganglions. Le septième ganglion est plus gros que les précédents. Les organes des sens consistent en une paire d'yeux sessiles, en soies tacti- les placées sur les antennes, poils olfactifs disposés par paires sur les articles du fouet des antennes supérieures et enfin dans l'organe frontal dont la fonc- tion est encore indéterminée. Le tube digestif se divise en trois sections : l'œsophage, l'estomac et l'in- lestin. L'œsophage est composé de deux couches, une interne chitineuse et l'exté- rieure formée de puissants muscles annulaires. L'estomac, qui a la forme d'un sac faiblement recourbé, est muni de bandes chitineases armées de fortes soies et qui offrent une disposition assez compliquée. Deux tubes hépatiques viennent déboucher dans l'estomac. A sa partie dorsale, on voit encore un AHCH. DE ZOOL. EXP. ET GBN. — T. VII. 1878. C xxxiv NOTES ET REVUE. appendice en cul-de-sac qui est probablement un organe de sécrétion. On a reconnu l'existence de cet appendice cliez les Gammarides. L'intestin court droit sans replis dans l'abdomen. A son point d'attaclie avec le rectum sont fixés deux petits appendices pédoncules que l'on pourrait peut-être considérer comme des reins. Les branchies, au nombre de deux paires insérées sur les troisième et qua- trième segments, ont la forme d'ampoules ovoïdes dont la cavité est divisée en deux par une cloison fibreuse percée d'un trou à son extrémité inférieure. Le sang circule dans cette cavité en arrivant veineux par un côté et sortant arté- riel par l'autre. La circulation a été déjà fort bien décrite par Frey et Leu- ckart. Le cœur forme un long tube muni de cinq paires d'orifices à valvules. La première paire est près de la tête, les trois suivantes au milieu du second, du troisième et du quatrième segment, la dernière enlin dans le cinquième seg- ment. Des deux extrémités du cœur partent deux aortes qui débouchent dans les lacunes du corps. La circulation s'effectue ainsi : le cœur, au moment de la diastole, aspire le sang veineux par ses orifices et le chasse au moment de la contraction par les deux aortes. Les testicules, au nombre de deux, ont la forme d'un tube renflé qui se ré- trécit bientôt en un mince filet, sur le parcours duq.uel existe un second ren- flement et qui va déboucher dans un appendice génital près de l'articulation de l'abdomen. Le premier renflement constitue le testicule proprement dit dans lequel naissent les spermatozoïdes. Le second renflement, qui est tou- jours rempli de spermatozoïdes, constitue une vésicule séminale. Les appen- dices génitaux extérieurs ont la forme de deux petits corps arqués, situés à la face ventrale de l'abdomen. Les organes sexuels femelles se composent de deux longs ovaires, dont l'ex- trémité antérieure est située près du second segment et qni viennent s'ouvrir entre la paire de pattes du cinquième segment. Les parois de ces ovaires pro- duisent les ovules et sécrètent en même temps le vitellus. L'orifice des ovi- ductes a la forme d'une ouverture ronde chitiueuse au-dessus de chacune desquelles se trouve une petite poche composée de lamelles chitineuscs. Ces petits sacs, ouverts extérieurement par une fente, sont destinés à recevoir le sperme pendant la copulation. La fécondation des œufs a lieu au moment où ils traversent ces petits sacs pour passer dans les cavités incubatrices. L'œuf, arrivé dans la cavité incubatrice, est rendu absolument opaque par le vitellus. La segmentation paraît être totale. Lorsqu'elle est achevée, on voit apparaître une couche de cellules claires qui, en s'accroissant, ne tardent pas à envelopper toute la masse vitelline et constitue ainsi le blastoderme. Le vitellus se divise alors en deux parties par une échancrure profonde. Do ces deux parties, la plus grosse donne naissance à la tête et aux segments an- térieurs du thorax, la seconde forme les segments postérieurs et l'abdomen. Plus tard apparaissent les étranglements qui annoncent l'apparition des seg- ments. En même temps que ceux-ci se dessinent, on voit se développer les divers appendices, pattes-màclioires, pattes et branchies. Puis l'embryon devient liljre et éclôt avec sa forme générale, à peu de chose près semblablo à celle de l'animal adulte. E. AL NOTES ET REVUE. xxxv XIV HISTOIRE NATURELLE DES AMPHIBIENS, Par Friedr. K. Knaner. Sous le titre, Naturgeschichte der Liirche (Ampliibiologie), le docteur F.-K. Knauer a publié, à Vienne, en 1878, chez l'éditeur A. Picliler, une his- toire fort étendue et détaillée de l'anatomie, du développement et de i;i clas- sification des Amphibiens. Ue nombreuses ligures intercalées dans le texte facilitent la lecture de cet ouvrage intéressant et utile. La question historique y est traitée longuement et l'énumération des ouvrages ou des travaux, mémoires séparés et relatifs aux divers types, gre- nouille, salamandre, axololt, etc., etc., y est soigneusement faite. L'anatomie et l'embryogénie y sont exposées un peu brièvement peut-être, et dans un ouvrage sur des animaux qui sont à chaque inslant l'objet d'études et recherches physiologiques, oneîjtété heureux de rencontrer plus de ligures et de descriptions destinées à faire une monographie complète où leur histoire se fût présentée tout entière. La distribution géographique et l'histoire des grands amphibiens éteints n'ont pas été omises par l'auteur qui, en donnant des ligures, des types du groupe des Labyrinthodons et des cartes géographiques coloriées, a rendu la lecture de ces parties de son ouvrage plus facile. Beaucoup de dessins accompagnent les descriptions des espèces et mon- trent quelques-unes des particularités de mœurs de ces animaux. Quelques développements de plus n'eussent point nui à ce volume qui n'en sera pas moins d'une grande utilité pour les naturalistes qui auront à s'occuper des amphibiens, car ils y trouveront réunis une foule de faits et de renseigne- ments précieux. XV SUR L'ETAT D'AVANCEMENT DES PUBLICATIONS DE L'EXPÉDITION DU CHALLENGER. A la dernière session de V Association anglaise, tenue à Dublin, M. Wyville Thomson a fait une communication sur la marche suivie dans l'étude des ma- tériaux rapportés par cette célèbre expédition et sur l'état d'avancement des publications auxquelles elle donnera lieu. Après quelques développements sur l'emploi qui sera fait ultérieurement des collections, et sur l'esprit dont il s'est inspiré dans le choix de ses collaborateurs, le savant anglais précise le point où en sont les travaux de ces derniers et donne quelques détails qui XXXVI NOTES ET REVUE. permettent do comprendre la grandeur des résultats obtenus. Voici la traduc- tion de cette dernière partie de sa comm.unication : « On peut prévoir maintenant que le rapport ofliciel du voyage du Challenger formera quinze à seize volumes in-quarto de 500 à 600 pages illustrés par en- viron 1200 planches lithograpliiées et par de nombreuses cartes, gravures sur bois et photographies. Le manuscrit du premier volume est à peu près achevé. 11 contiendra un récit général du voyage, les observations hydrogra- phiques du commandant Tizard et sera accompagné de coupes montrant la distribution verticale de la température des mers. Le second volume se com- posera surtout de tableaux et renfermera un rapport sur les observations ma- gnétiques faites durant le voyage, ainsi qu'un travail détaillé sur la météoro- logie fait par le capitaine Tizard. La plus grande partie de ce volume est déjà imprimée. « Un autre volume contiendra les récherches:sur la nature, la composition et l'origine des dépôts formant le fond de la mer, la composition et le poids spé- cifique de l'eau de mer, ainsi que les proportions des gaz qu'elle renferme et diverses autres questions chimiques et physiques. Le reste de l'œuvre sera rempli par la collection de mémoires de divers auteurs sur les différents groupes d'animaux qui constituent la faune des abîmes de la mer. Un grand nombre de ces monographies sont avancées et j'ai dans mes mains une série de 150 planches, à l'heure qu'il est, sur pierre. (( Une seule section est achevée, et je dois ici témoigner toute l'obligation que j'ai à mon ami Thomas Davidson pour son mémoire sur les Brachiopoda de l'expédition. iM. Davidson ne s'est pas contenté de dessiner lui-même avec le plus grand soin toutes les espèces, mais il a encore ajouté à la description des formes du Challenger des développements sur leurs relations morpholo- giques et géographiques avec toutes les espèces vivantes connues. « L'étude des Foraminifera a été entreprise par M. Henri Brady, et l'ac- croissement rapide du nombre des planches atteste le zèle de son dessinateur, M. Hollick. « Ces planches représentent les formes d'un petit groupe deRhizopodes in- termédiaires entre les Foraminifères et les Radiolaires, auquel nous avons donné le nom de Challenger Ules. Les vingt ou trente espèces de ce groupe sont entièrement nouvelles. tt Un beau mémoire du professeur Haeckel sur les Radiolaires est déjà avancé et sera accompagné d'une centaine de planches. Tous ceux qui connaissent l'œuvre classique de Haeckel sur les Radiolaires, apprécieront notre bonne fortune d'avoir pu nous assurer sa coopération. (( Une autre série de planches préparées sous la direction de M. Moseley, représentent les coraux des abîmes marins, et la série suivante, également de M. Moseley, comprend une collection fort curieuse de formes coralloïdes d'Hydrozoa, dont la structure et les relations ont été étudiées avec le plus grand soin. Les Hydrozoa normaux sont dans les mains du professeur Allman- mais comme toutes les autres sections avaient déjà occupé la plupart des bons dessinateurs anglais, il n'a pu encore faire beaucoup de progrès. Le profes- seur Haeckel décrira les Méduses des profondeurs ; elles sont peu nombreuses, mais d'un lirand intérêt. NOTES ET REVUE. xxxvii « Les Echinodermes sont trèr, abondants dans les régions profondes. J'ai en- trepris la description de la première classe de ce groupe, les Crinoïdes pédon- cules et une vingtaine de planches descriptives sont sur pierre. Les dessins ont été faits par M. William Black, excellent dessinateur d'histoire naturelle. M. Herbert Carpcnter s'est chargé des Comatulides, groupe fort riche en espèces nouvelles. Il les étudie en même temps qu'une belle collection r(!- cueillie parle professeur Semper aux Plii-lipj)ines. (( Le professeur Alexandre Agassiz marche rapidement avec les Écliinides et sa monographie, admirablement illustrée, comme tous ses travaux antérieurs, sera probablement une des premières achevées. M. Lyman étudie lesOphiu- rides.qui sont très nombreux et presque tous nouveaux. J'attends prochaine- ment M. Théel, d'Upsal, qui viendra examiner les Holothurides et les décrira sous la direction du professeur Loven. Les expéditions arctiques suédoises ont déjà fait connaître quelques-unes des formes les plus caractéristiques de ce groupe et elles ont été publiées par d'excellents mémoires de M. Théel. « Une série de belles planches, dessinées sous les yeux de M. Busk, repré- sente les Polyzoaires, groupe qui descend à des profondeurs très grandes et est représenté par de nombreux genres nouveaux et caractéristiques, « Le docteur Mac Intosh étudie lesAnnélides et remplira un volume entier. Plusieurs savants ont entrepris les Crustacés. M. Spense Bâte a pris la plus grosse part, les Macroures; le professeur Georges Brady décrira les Copepodes et les Ostracodes avec de nombreuses planches dont quelques-unes dessinées par lui-môme et d'autres par des dessinateurs. Le professeur Huxley s'est chargé des Anomoures qui, par suite de ses dernières recherches, avaient un intérêt particulier pour lui. M. R. Boog Watson prend les Mollusques infé- rieurs, grosse tâche qui exigera un travail assidu pendant une année ou deux et produira un fort volume. Notre collègue, le docteur Gwin Geffreys, M. Edgar Smith et d'autres conchyliologistes lui prêtent leur concours amical. Le professeur Huxley ferme le groupe des Invertébrés par une monographie des Céphalopodes, qui contiendra un mémoire sur Tanatomie de la Spirule. Les dessins ont été faits de sa propre main, après une soigneuse dissection du spécimen unique que nous avons rapporté. (( Le docteur Giinther a déjà publié de courtes descriptions des poissons des abîmes de la mer et le mémoire définitif est en cours de préparation. Les oi- seaux ont été conliés au docteur Sclater et quelques détails anatomiques con- tenant d'importantes additions à notre connaissance des Cétacés, des Marsu- piaux et des Pingouins, ont été exécutés par les professeurs Turner, Morrisson, Watson et le docteur Cunningham. (( On remarquera sans doute que plusieurs groupes importants d'Invertébrés n'ont pas été mentionnés ; cela tient à ce qu'on n'a pu commencer le travail par manque de dessinateurs ou bien parce que les naturalistes chargés du tra- vail n'ont pas encore fait connaître leur avancement. J'ai bon espoir que tout sera en cours d'exécution l'année prochaine. » [Nature, 12 septembre 1878.) E. M. XXXVIII NOTES ET REVUE. XVI CONTRIBUTION A LA MORPHOLOGIE DES OXYTRICHINES, Par M. Sterki. [Zeitschrift f. wiss. Zool., t. XXXI, 1878, p. 29-58, pi, IV.) Là famille des Oxytrichines est encore très imparfaitement connue. L'au- teur, dont les recherches se sont étendues sur assez peu de localités en Suisse, y a découvert trente espèces nouvelles. Les travaux de Stein ont formulé et précisé d'une façon assez nette la caractéristique de cette famille ; mais en dedans des limites qu'il lui a tracées, il y a encore de nombreuses modifica- tions et améliorations à apporter, d'anciens genres à mieux définir, de nou- veaux à créer. Forme du corps. — Tous les auteurs décrivent les Oxytrichines comme bom- bées sur le dos et plates sur le ventre. Mais il est loin d'en être ainsi. L'au- teur a vu des espèces dont la face ventrale était concave ; chez d'autres, les deux faces ventrales et dorsales étaient également et fortement bombées, enfin, une espèce avait le corps à peu près complètement rond et fusiforme. On rencontre souvent des variétés et des monstruosités appartenant aux types connus. Substance du corps. — On trouve dans cette famille la plus grande variété au sujet de la substance du corps, de sa consistance, de sa couleur, de son aspect, de l'accumulation ou de l'absence de gouttelettes graisseuses, et de sa résistance aux agents extérieurs. Un certain nombre d'espèces, toutes les Urostyles, sont, comme les hétérotriques, pourvues d'une couche extérieure dans laquelle existent des fibrilles contractiles différenciées. Chez les Stylo- nichies au contraire, la différenciation en un endoplasma mou et un exo- plasma solide n'existe pas, ou bien seulement à un très faible degré. Styloni- chia mylilus montre souvent son endoplasma creusé de vacuoles et divisé en cordons et trabécules irréguliers analogues à l'état que l'on connaît chez Trac- helius o^■>um et dans les cellnles végétales. Les cordons et trabécules sont toujours plus forts près de l'insertion des cils vibraliles. La vacuole contractile n'e^t probablement (ju'une vacuole ordinaire diffé- renciée. Elle est complètement dépourvue de paroi propre et se creuse dans le protoplasma ambiant. — D'abord irrégulière et à contours mal définis au début de la diastole, elle s'arrondit ensuite et le protoplasma ambiant se con- dense pour la systole. L'auteur n'a pu reconnaître aucune trace de l'existence d'un pore extérieur. Certains auteurs ont décrit une cuirasse chez diverses Oxytrichines. Mais c'est une erreur; car toutes les parties du corps diffluent avec la même rapidité. Les Stylonichies dans leur marche se replient, se recourbent et modifient fortement la forme de leur corps. Une nouvelle espèce d'Oxytrique peut se NOTES ET REVUE. xxxix contracter do façon à faire varier la longueur de son corps du simple au tri- ple. La consistance du corps ne fournit donc aucun caractère valable de classi- fication. Péristome. — Le péristome affecte deux formes principales : ou bien il est largement ouvert en avant jusqu'à l'extrémité antérieure du corps, ou bien au contraire il est fermé, le bord interne se repliant en arc à gauche et lui for- mant une délimitation nette en avant. 11 existe toujours un œsophage plus ou moins long. Chez Slylonichia mytilus, il est dirigé transversalement à droite. La fente buccale décrite par Stein n'existe pas. Sur le fond du péris- tome est insérée une rangée de cils fins et ondulés qui descendent vers la bouche, et pénétrant dans l'œsophage, viennent jusqu'à l'intérieur du corps, oh ils déterminent la rotation des bols alimentaires. L'auteur appelle ces cils en- doraux. Ce sont eux que Stein a pris pour une fente. Ils sont plus ou moins développés suivant les espèces et souvent très difficiles à voir. Chez les Gas- trotyles, les Urostyles et les Allotriques, il existe encore une rangée de cils fins, placée sur le bord gauche du péristome, le long des cils buccaux. Un type nouveau, dont l'auteur n'a malheureusemeut vu qu'un seul individu, lui a offert un système de ciliation extrêmement curieux. Toute la face ventrale ainsi que le champ du péristome, portaient des cils fins et serrés, semblables à ceux des Holotriques.La face dorsale n'a pas été examinée. Ce type, lorsqu'il aura été bien étudié, est destiné à jeter une grande lumière sur les rapports génétiques entre les Oxytrichines et les autres ciliés. Ciliation. — Les cils sont en général beaucoup moins nombreux et en re- vanche plus forts qu'on ne les trouve indiqués sur ia plupart des dessins des auteurs. Ainsi, par exemple, Stein dessine environ deux cents cils buccaux à la Stylonichia mytHus, tandis qu'il n'y en a jamais plus de cinquante. Oxytricha pellionella ne porte sur son bord antérieur que cinq gros cils. Dans les ran- gées des cils buccaux et marginaux les nombres sont assez constants et ne varient que dans des limites restreintes. Les distinctions qu'on a voulu établir à l'aide des dénominations spéciales telles que cornicules, crochets, cirrhes, soies, etc., n'existent pas dans la nature. On trouve tous les passages depuis le cil le plus fin jusqu'au crochet le plus fort. Ces distinctions ont causé beaucoup d'erreurs dans l'appréciation de la force relative des divers cils. Chez beaucoup d'espèces, les cils anaux sont divisés en fibrilles à leur extré- mité. Cette fibrillation est constante et non le ré.sultat d'un état pathologique. Les cils anaux et marginaux sont fortement aplatis, ce qui leur permet de remplir leur office de rames pendant la natation. Les grands cils frontaux et ventraux des Stylonichies et des Oxytriques sont presque ronds ou polygo- naux. Mais la forme de cils la plus intéressante est celle que l'auteur décrit pour les cils buccaux. Jusqu'ici on les avait considérés comme des cils dans le sens ordinaire du mot. M. Sterki démontre que ce sont de vraies lamelles fixées sur le bord du péristome par une insertion qui comprend toute la largeur de la bande buccale. Ce sont ces lignes d'insertion que Stein avait prises pour des gouttières destinées à recevoir les cils au repos. Ces membranes peuvent se replier comme un éventail; mais elles sont développées quand elles sont en mouvement. Les cils de l'extrémité antérieure ont une forme membraneuse XL NOTES ET REVUE. semblable. L'auteur, après avoir bien constaté cette disposition chez la Stylo- nichia wytilus, l'a reconnue chez toutes les autres Oxytrichines, chez les Euplotes, les Aspidicines, l'Halteria et les Stentors. Cette conformation rend compte de divers faits qu'on ne savait comment expliquer jusqu'ici. Comme ces organes ne sont plus de vrais cils, M. Sterki propose de les désigner par le nom de membranelles . La disposition et l'arrangement des cils constitue le caractère le plus im- portant pour la distinction des genres. A ce point de vue on peut d'abord distinguer deux groupes ou plutôt deux extrêmes entre lesquels viennent se ranger des formes intermédiaires. D'un côté, nous avons les Stylonichies et les Oxytriques, dont les cils frontaux, buccaux, anaux et caudaux sont en nombre limité avec un groupement précis; d'un autre côté, les types comme les Uroleptes et les Urostyles, qui portent deux ou plusieurs rangées de cils ventraux en nombre indéterminé. Entre ces deux extrêmes se placent les Pleurotriques, les Gastrostyles, etc. Les cils anaux peuvent exister ou manquer dans des formes très voisines. Les cils caudaux, au nombre de trois, sont toujours insérés un peu sur le dos. Chez les Urostyles, la rangée gauche des cils marginaux se prolonge en arrière un peu sur le dos et chevauche ainsi sur l'extrémité de la rangée droite. Chez le Slylonethes lardus, la rangée marginale gauche traverse le péristome et vient se prolonger jusque sur l'aire frontale. 11 faut enfin citer les cils dorsaux dont la nature est encore assez obscure. Ce sont des appendices extrêmement fins et le plus souvent très courts. Ils sont complètement immobiles. Les auteurs, jusqu'ici, n'en avaient décrits qu'une rangée latérale bordant tout le pourtour du corps. L'auteur a reconnu qu'ils existent en rangées longitudinales sur toute la surface du dos. Ce sont peut-être simplement dos appendices du tégument. On les trouve avec leur plus grand développement chez les Stichochifita. Les soies sallalrices des Hal- teria sont des formations homologues. Peut-être faudra-t-il les considérer commue des organes de la sensibilité. Division transversale. — Les nouvelles rangées de cils marginaux apparais- sent dès le début en groupes isolés pour chacun des deux nouveaux individus. A droite, l'ancienne rangée marginale se divise en trois sections. Dans les deux lacunes qui naissent ainsi apparaissent les cils nouveaux, d'abord très fins et très serrés, puis s'écartant les uns des autres à mesure que la division avance et que les anciens cils se résorbent. Dans la rangée marginale de droite il ne se forme qu'une lacune. Les deux groupes de nouveaux cils se dévelop- pent l'un dans cette lacune, l'autre, entre les cils buccaux et l'extrémité de l'ancienne rangée marginale. Les cils frontaux, ventraux et anaux apparaissent tout d'abord sous la forme de petites saillies groupées sur six lignes serrées. A mesure que la division s'avance, les rudiments de cils s'accroissent, s'écartent les uns des autres et vent, dans un ordre toujours le même et que l'auteur décrit avec une grande précision, occuper leur place définitive sur les deux nouveaux individus qui se séparent. L'ancien péristome subit aussi des modifications pendant que la division s'opère, Il se rétrécit et s'eiïace en partie. Les cils prébuccaux et la membrane ondulante se reforment à nouveau. I! est probable que les cils bue- NOTES ET REVUE. xu canx eux-mêmes subissent quelque renouvellement, mais ces observations deviennent si difficiles, que l'auteur n'a pu s'en assurer. Tout ce phénomène de division des infusoires ciliés mérile la plus grande attention des observateurs. Ce n'est pas une simple division dans l'acception littérale du mot. La partie antérieure n'éprouve que des changements incom- plets, tandis que l'individu postérieur se développe de toute pièce et se déta- che. Ces phénomènes ressemblent beaucoup plus à un bourgeonnement qu'à la division simple des Rhizopodes. Il est très probable que la complication de ces phénomènes chez les Infusoires ciliés correspond à la dilîérenciation plus élevée de leurs organes et à la localisation plus avancée de leurs fonctions. L'auteur termine son mémoire par un appendice dans lequel il donne de courtes diagnoses des nouveaux genres et des nouvelles espèces observés par lui. Il promet d'en donner, dans un travail ultérieur, des descriptions com- plètes accompagnées de figures. Voici la liste des nouveaux genres : 1. Histrio, type : Tancienne Stylonichia histrio. 2. Àmphisia, type Oxijtricka gibba, de Stein, 0. micans, Engelmann. 3. Gonoslomum, type O.rytricha af finis, Stein, 0. strenua, Engelmann, et deux ou trois nouvelles espèces. 4. Slijlonethes tardiis, espèce et genre nouveaux. 5. Allolricha mollis, espèce et genre nouveaux. 6. Strongylidium crassiim, espèce et genre nouveaux. 7. Trichogasler pilosus, espèce et genre nouveaux, E. M. XXVII LES RÉCIFS DE CORAIL, LEUR STRUCTURE ET LEUR DISTRIBUTION, Par M. Ch. Darwin. (Traduit de l'anglais par M. L. Collerat, professeur agrégé de l'Université.) L'ouvrage de Ch. Darwin est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en donner une analyse. Nous voulons adresser toutes nos félicitations à M. Ger- mer-Baillière, qui a édité ce curieux ouvrage en le faisant traduire en français par M. Collerat, agrégé de l'Université. Le traducteur a, dans une introduction, cherché à donner une idée des polypes constructeurs de ces récifs immenses que les gouvernements sont obligés de surveiller dans leur accroissement pour assurer la sécurité de la navigation des bâtiments de leur pays. L'ouvrage de Darwin, traduit dans notre langue, sera certainement bientôt dans beaucoup de bibliothèques. Il est plein d'intérêt et tous ceux qui s'in- téressent, dans notre pays, aux choses delà mer voudront l'avoir. Il est une observation que nous voudrions faire : le mot coral, en anglais, xi.ti NOTES ET REVUE. veut dire textuellement aiusi que scientifiquement parlant corail, mais il n'a pas tout à fait et exclusivement le même sens qu'en français. Nous ré- servons, en effet, dans notre langue, le mot corail pour désigner la produc- tion marine utilisée dans la bijouterie; et nous ne l'employons pas du tout pour indiquer toutes les productions analogues produites par les polypes marins. Quand nous disons en français simplement les coraux, nous voulons indi- quer autre chose que le corail proprement dit; et ce nom pluriel est à peu près synonyme de les polypiers. Au contraire, en anglais, dans les ouvrages scientiiiques, le mot coral cor- respond très exactement à celui-ci delà science française : le polypier.— Tiixns toutes les descriptions des animaux du groupe produisant ces immenses bancs ou récifs, le savant anglais dira le coral de telle espèce, le français dira le poly- pier de telle espèce, et si nous disions, nous, le corail de telle espèce, il y aurait certainement confusion. C'est pour cela que Darwin a d'ii reef of coral, absolument comme en fran- çais nous eussions dit soit les rècifx de coraux, soit les récifs de polypiers. Sans doute, c'est une distinction de mots, mais qui n'en a pas moins son importance; le titre dans la traduction eût été préférable et mieux compris des lecteurs français, ainsi : les Récifs de coraux. XVIII CONTRAGTILITÈ ET DOUBLE RÉFRACTION, Par Th. Wilh. Engelmann. {Pfluger's Archiv, t. XI, p. 432-464.) La contractilité est-elle liée nécessairement à la présence de particules doublement réfringentes ; autrement, toutes les substances contractiles étu- diées à la lumière polarisée offrent-elles des phénomènes de double réfrac- tion ? Tel est le problème que l'auteur de ce mémoire a cherché à résoudre. Les recherches antérieures avaient donné des résultats contradictoires qui laissaient beaucoup de place au doute, et M. Ranvier, dans son traité d'histo- logie actuellement en cours de publication (p.4SS), nie encore la valeur des résultats obtenus jusqu'ici. Pour répondre à toutes les objections, M. Eiigfil- mann a étendu ses recherches à toutes les substances contractiles, cils vihra- tiles, protoplasma des rhizopodes, libres contractiles des infusoires, et fibres musculaires striées en voie de développement. Fibres musculaires fie rihjdrc. — Kôlliker a découvert entre l'ectodermc et l'entodernie de ITlydro des fibrilles musculaires longitudinales qui ont été depuis lors étudiées de nouveau avec beaucoup de soin par Kleinenberg. Ces fibrilles sont biréfringentes à un haut degré. i\l. Engelmann, dans ses prépa- NOTES ET REVUE. xun rations, a pris grand soin de distinguer les fibrilles de la lamelle intermédiaire, qui, comme toutes les membranes analogues, possède aussi la double réfrin- gence. Une Hydractinie étudiée de la même façon a donné des résultats iden- tiques. Fibres contractiles et proloplasma des Infusoires.— La substance contractile des Infusoires prend les formes les plus variées et cliez ces petits êtres, dont le corps correspond morpliologiquement à une cellule, on peut trouver sur un seul individu tous les types de substance contractile. Ainsi, nous avons les cils et les membranes avec leurs mouvements vibratiles^ les vacuoles à con- tractions rbythmiques et l'ondoplasma avec sa rotation continue, enfui les fi- brilles des parois du corps et des pédoncules rétractiles à contractions longi- tudinales. Aussi les Infusoires ont-ils particulièrement attiré l'attention de l'auteur. Les résultats les plus concluants ont été obtenus sur le Zoolhamniiim arbus- cula. Le pédoncule de ce bel Infusoire est muni d'un cordon de substance contractile dont le diamètre peut s'élever jusqu'à O^jO-i. M. Engelmann a étudié avec beaucoup de soin ce cordon et y a constaté une structure fibril- laire très nette. Les fibrilles, au moment de la contraction, deviennent plus courtes et plus épaisses. Elles s'entre-croisent les unes les autres sous des angles très aigus et ne portent aucune trace de striation transversale. Le cordon ou faisceau général est enveloppé d'une fine membrane dépourvue de structure. A la lumière polarisée, ce cordon se montra anisotrope à un très haut degré et les fibrilles se comportèrent comme des éléments à biréfrin- gence positive avec un axe parallèle à leur direction longitudinale. En étudiant le développement du cordon contractile sur des Zoothamnium qui venaient de fonder une nouvelle colonie, M. Engelmann a constaté qu'il possédait la pro- priété biréfringente dès les premiers moments de son apparition. Cette pro- priété cesse brusquement au niveau du point d'attache du corps avec le pé- doncule; au-dessus on ne reconnaît plus aucune trace d'anisotropie. Il faut donc admettre que les modifications moléculaires déterminantes de la biré- fringence se produisent sur cette limite, réduite à une couche si mince qu'elle n'est pas mesurable. Le pédoncule de quelques autres vorticellines apparte- nant aux genres Vorticella, Carchesium et Zoothamnium s'est montré très clairement anisotrope. M. Engehntinii a étudié aussi le Stentor cœndeus. Chez cet Infusoire il fallait d'abord bien déterminer quels sont les éléments contractiles; car les uns consi- dèrent comme tels les fibrilles minces décrites par Lieberkûhn, les autres au contraire, les bandes longitudinales colorées en bleu. L'auteur discute longue- ment ces deux opinions et s'elTorce de démontrer que les fibrilles de Lieber- kiihn ne sont point des plis de la cuticule comme on l'a prétendu. Par divers procédés de macération il est parvenu à les isoler. En outre, pendant les con- tractions du corps on les voit se raccourcir en devenant plus épaisses. Mais, en plus de ces éléments contractiles différenciés, il faut encore admettre au- dessous de la cuticule une couche de protoplasma jouissant aussi de la con- tractilité et qui préside aux contractions lentes du corps dans lesquelles on voit les fibrilles de Lieberkiihn prendre l'aspect sinueux décrit par tous les au- teurs. Quant aux bandes bleues, elles dépendent de la cuticule, et l'aspect strié XLiv NOTES ET REVUE. transversal qu'elles prennent pendant la contraction du corps, provient de replis dont on peut très bien mesurer la saillie dans la vue de profd. A la lumière polarisée la couche, contractile s'est montrée biréfringente ; mais comme les fibrilles sont engagées dans l'épaisseur de celte couche, il n'a pas été possible d'observer leur anisotropie isolément. Cliez certaines grandes espèces de Vnrticellines, telles que VEpifitiHs gnlea et VOpercularia articulala,oi\ voit au-dessous de la cuticule des fibrilles lon- gitudinales analogues à celles des Stentors. Chez VEpistilis gaUa on peut les suivre jusqu'au bord du péristome, où elles paraissent se réunir en arceaux par de fines ramifications. Un faisceau de fibrilles extrêmement fines court aussi dans le bourrelet du péristome et constitue ainsi un vrai sphincter. Tou- tes ces fibrilles ont présenté des phénomènes d'anisotropie très nets. Chez le Trachrloœrca olor le cou étendu e^, si éminemment contractile est positive- ment biréfringent. L'auteur n'a pu reconnaître d'anisotropie sur les suçoirs àe<. Acinela cyclopum et A. mystacina. Sur des acinétiens dont les suçoirs seraient plus gros on obtiendrait probablement un meilleur résultat. Cils vibratiles et spermulozoaires. — Les cils vibratiles des rotateurs et les grands cils buccaux des Infusoires, partout où ils ont été examinés par Fau- teur, se sont toujours montrés biréfringents. Les cils vibratiles des membranes muqueuses sont plus difficiles à étudier. M. Engelmann, en arrachant des fragments sur les branchies des bivalves, a pu cependant reconnaître l'aniso- tropie de leurs cils vibratiles. La queue des spermatozoaires de divers animaux est également biréfringente. , Protoplasma contraclile de V Actinosphœrium Eichhornii. — L'auteur ayant rencontré quelques individus de cet organisme composé uniquement de pro- toplasma contractile, profita de l'occasion pour vérifier si ce dernier se montrerait anisotrope comme les fibrilles et les cils. Nous avons déjà vu plus haut qu'il avait reconnu une biréfringence marquée sur la couche contractile des Stentors. Les longs pseudopodes de l'Âctinosphairium agissent aussi sur la lumière polarisée comme des fibres à biréfringence positive avec un axe opti- que parallèle à leur direction longitudinale. Première apparition de fanisotropie et de la contractilité pendant le déve- loppement des fibres musculaires striées. — L'auteur a étudié les trabécules musculaires qui se développent dès le second jour d'incubation lors de l'ap- parition de la cavité cardiaque des embryons de poulet. Ces trabécules sont composés de cellules fusiformes courtes, pourvues d'un gros noyau avec nu- cléoles. 11 n'existe encore aucune trace de striation, celle-ci n'apparaissant que du troisième au quatrième-jour d'incubation. Ces trabécules, contractiles dès le second jour, se sont également montrés positivement biréfringents. D'autres observations faites sur les fibres musculaires de divers animaux per- mettent à M. Engelmann d'affirmer que la contractilité et la biréfringence apparaissent simultanément. Conclusions. — De ces recherches l'auteur conclut que « la contractilité, sous quelque forme et en quelque lieu qu'elle apparaisse, est liée à la présence de particules biréfringentes, positives, uniaxillaires, dont l'axe optique con- corde avec la direction du raccourcissement. » Un autre résultat, (|ui d'ailleurs avait déjà été établi par d'autres méthodes, NOTES ET REVUE. xlv c'est que, dans les fibres striées, les couches biréfringentes seules sont contrac- tiles, tandis que les couches isotropes ne le sont nullement. La fonction de ces dernières doit donc consister uniquement à transmettre l'excitation d'un disque contractile à un autre disque contractile, autrement dit la substance isotrope e>l irritable (non contractile) et conductrice de l'irritabilité. Les dis- ques contractiles sont trop éloignés les uns des autres pour que Texcitation puisse passer de l'un à l'autre sans intermédiaire. En outre les couches iso- tropes irritables, elles-mêmes, ont besoin d'être en continuité les unes avec les autres pour bien remplir leur fonction conductrice de l'irritation. Il faut donc admettre que dans les disques biréfringents, en outre de la substance contractile, il existe encore des molécules excitables conductrices de même nature que celles des couches isotropes et qui relient ces dernières entre elles. La fibre musculaire striée serait donc composée d'une subtauce fondamentale irritable et conductrice dans laquelle sont groupés à des dis- tances régulières des couches de particules contractiles biréfringentes. Si l'on imagine une fibre striée de laquelle on aurait enlevé les particules contractiles biréfringentes, il reste un élément organique qui au point de vue physiologique ne diffère en rien d'essentiel d'un nerf. Et par le fait la substance des disques isotropes ressemble à celles des cylindres-axes par de nombi'euses propriétés chimiques et physiques. Toutes deux sont monoré- fringentes, très aqueuses et molles, se contractent sous l'action de l'alcool, de l'éther et d'autres réactifs et enfin se dissolvent facilement dans les alca- lis. La substance fondamentale des muscles pourrait donc être considérée comme un prolongement un peu modifié du cylindre- axe des nerfs moteurs et devrait être distinguée comme substance ne) veuse de Vd substance contractile ou motrice. Dans cette manière de voir le problème de l'irritabilité propre des muscles reparaît, mais sous une forme nouvelle et plus précise. L'ontogénie et la philogénie permettent de comprendre cette complexité d'organisation. Celle-ci s'est développée par des différenciations successives dans le protoplasma indifférent primordial. L'automatie, la contractilité, enfin l'irritabilité et sa conductibilité, sont confondues dans le protoplasma simple. Puisées fonctions s'isolent. Nous voyons, par exemple, l'automatie développée à un très haut degré dans les cils vibratiles, tandis qu'elle s'efface dans les muscles pour y être remplacée par l'irritabilité et la contractilité. Dans la sub- stance musculaire lisse, au contraire, ces fonctions ne sont pas encore locali- sées. Entre les deux extrêmes on peut trouver de nombreux passages chez les fibres musculaires plus ou moins nettement striées des animaux inférieurs. E. iM. NOTES ET REVUE. XIX SUR LE DÉVELOPPEMENT EMBRYONNAIRE DES MOLLUSQUES D'EAU DOUCE, Par le docteur M. Braun. L'auteur a cherché à se rendre compte du sort des embryons des Naïades après la période embryonnaire; il résume lui-même en ces termes les conclu- sions auxquelles il est arrivé : (( La vie des Naïades se compose de trois périodes : la première, ou période embryonnaire, se passe dans la branchie de la mère; ensuite vient une courte période de transition durant un petit nombre d'heures ou de jours et pendant laquelle la larve libre ne prend pas de nourriture. La deuxième période est caractérisée par le parasitisme sur la peau des poissons en avant de toutes leurs nageoires et dure de deux à trois mois, pendant lesquels se forment la plupart des organes de l'animal parfait. Enfin dans la troisième période la vie libre proprement dite se continue directement avec la précédente; les jeunes Naïades vivent sur le fond de notre aquarium, se nourrissent d'algues unicellu- laires, comme je l'ai pu voir d'une manière très évidente sur les espèces que j'ai soumises à mes recherches, et commencent bientôt à former leur coquille. Sur la durée de cette période, nous ne possédons que des conjectures ; je compte placer ce sujet dans le champ de mes recherches. » L. J. XX SUR L'USAGE DES OPERCULES POUR LA DÉTERMINATION DES CHEILOSTOMES, Par M. A. W. Waters, F. G. S. La plupart des auteurs se sont servis de la forme de la bouche pour déter- miner les bryozoaires. M. Waters a pensé que, puisque la forme des opercules était une conséquence de celle de l'ouverture, ces opercules mêmes pour- raient fournir des caractères tout aussi bons. L'examen qu'il a fait d'uu assez grand nombre d'opercules Ta convaincu que ces parties pouvaient donner des caractères d'une plus grande valeur même qu'il ne croyait. En effet, non seulement la forme de l'opercule, mais aussi son mode d'articulation et l'insertion des muscles qui le meuvent, sout d'excellents éléments de diagnose. Chez beaucoup de bryozoaires, les cellules de différents âges sout fort diffé- rentes dans la même espèce et dans la même colonie. NOTES ET REVUE. xlyii Au contraire, les opercules conservent une forme constante. M. Waters pense et nous pensons avec lui que les caractères tirés des oper- cules seront d'un bon usage pour la détermination des espèces; un examen plus approfondi et plus étendu pourra seul décider s'ils seront de secours pour la délimitation des groupes. L. J. XXI SUR LE GLOÏDIUM QUADRIPDUM, UN NOUVEAU GENRE DE PROTISTES , Par le docteur N. Sorokin, Professeur de botanique Ji Kasan. {Morphologisches Jalirbuch. 1878). Parmi les nombreux Protistes qui se sont développés pendant l'année passée dans mon aquarium, il y a un organisme qui mérite une attention spéciale, car il ne peut être rangé dans aucun genre connu. Non seulement sa forme, mais quelques pliénomènes de son développement sont si remarquables, que leur connaissance jette une lumière sur tout le groupe des Protistes. Parmi les Oscillaires, etc., je trouvai de petites particules de protoplasme amœboïdes nus et plus ou moins sphériques, à ectosarque clair et transpa- rent et à endosarque lumineux, avec des granulations rouges ou jaunes de forme et de taille différentes. Cliaque amibe avait une vésicule contractile, située ordinairement dans l'ectosarque, qui répétait ses pulsations toutes les trois ou quatre minutes. La masse changeait très lentement de forme et de place sous l'action de ses pseudopodes courts et larges. Le commencement de la division est bien marqué par l'apparition de deux sillons dans l'ectosarque, l'un opposé à l'autre. Très vite paraissent ensuite deux nouveaux enfoncements perpendiculaires aux premiers et la vacuole pul- satile se place dans le centre. Les enfoncements s'approchent toujours vers le milieu et séparent ainsi la masse en quatre parties qui ne restent unies que par des bandes de protoplasme minces et incolores. Ce reste d'union disparait bientôt et les jeunes individus se séparent définitivement. La vésicule ne reste que très peu de temps dans le centre de la masse qui se divise, et elle paraît de très bonne heure dans l'ectosarque de chacun des jeunes amibes. Je n'ai jamais vu se nourrir ce Protiste ; il paraît absorber les matières nu- tritives en solution. Dans certaines conditions il s'enferme dans un kyste épais dont la forma- tion est très facile à voir. L'organisme devient immobile, la couche superfi- cielle de l'ectosarque commence à s'endurcir et forme une membrane mince et dure, et ce procédé se répète jusqu'à ce qu'il y ait une paroi épaisse com- posée de plusieurs couches. Dans un certain point le revêtement n'est pas corn- XLViii NOTES ET REVUE. plet, les couches intérieures laissent un petit canal en forme d'entonnoir par lequel le protoplasme intérieur est en contact avec la membrane externe. Le prolo|)lasnie rompt cette membrane externe (!t sort par le pore, la vésicule contractile recommence sa fonction, l'organisme se divise en quatre parties qui peuvent s'enkyster de nouveau, et ainsi de suite. Les individus mobiles ne s'unissent pas dans un plasmodtum. J'ai vu quel- quefois le même organisme s'enkyster trois fois avant de se diviser.. La for- mation de la membrane dure deux heures environ et l'organisme peut rester immobile deux ou trois jours. Pendant ce temps la vacuole ne subit aucune altération. A quel genre des Protistes pouvons-nous rapporter cet organisme? L'absence d'un nucléus l'exclut des Amibes véritables ; l'enkystement et la présence, d'une vésicule contractile le distinguent des Monères. Mais son caractère le ]dus important est le mode de multiplication : chez la Vampyrelle on observe la division en quatre spores dans l'intérieur de la capsule, tandis qu'ici c'est l'organisme qui se divise simultanément en quatre parties. Pour ces raisons, il est nécessaire d'en faire un nouveau genre : le Gloidium. P. G. Le directeur : R. de Lacaze-Duthiers. Le gérant : G. Reinwald. ARCHIVES DE ZOOLOGIE EXPÉRIMENTALE ET GÉNÉRALE SUR LE GEME SAGITELLA {n. wagn.) PAR M. ULJANIN. Avec quatre planches. En 1872, parut un article de M. N. Wagner, dans lequel le savant professeur de Saint-Pétersbourg décrivit une nouvelle Annélide pélagique observée par lui à Naples et à Messine \ Cette annélide, pour laquelle il proposa le nom de SAGITELLA, est sous plusieurs rap- ports sûrement une des formes les plus curieuses parmi les Anné- lides connues jusqu'à ce jour et mérite bien d'être étudiée d'une manière plus suivie que ne l'a fait M. Wagner. Aussi pendant mon séjour à Naples^ et à Villefranche (près de Nice) je ne manquais pas de profiter de ce que plusieurs espèces du genre établi par M. Wagner, se trouvaient parfois parmi les animaux pélagiques recueillis à la surface de la mer pour faire une étude sur l'organisation de la Sagitelle. Les observations que je présente au lecteur n'ont pas la prétention d'éclaircir tous les points obscurs de l'organisation de la Sagitelle ; ce ne sont que des notes prises souvent à la hâte, des observations faites pour la plupart au beau milieu d'autres études qui attiraient toute mon attention. En publiant ces notes fragmentaires, j'ai principale- • Nouveau groupe d'Annélides (Travaux de la Société des Naluralisles de Saint- Pélersbourg, voir III, p. 344-347). 2 A Naples, je travaillais dans l'excellent laboratoire de la Stazione zoologica de M. le docteur Ant. Dohrn. AIICH. DE ZOOL. E.KP. ET GÉN. — T. VII. 1878. 1 2 ULJANIN. ment pour but d'attirer sur la Sagitelle, l'attention des naturalistes résidant au bord de la Méditerranée ; j'ai d'autant plus pensé devoir publier mes observations sur Torganisation de cet Annélide que l'ar- ticle de M.Wagner, rédigé en langue russe, est resté, à ce qu'il paraît, complètement inconnu à l'étranger ; du moins n'a-t-il été mentionné dans aucun des Berichts publiés en Allemagne. M. Wagner étant le seul qui ait publié ses observations sur la Sagi- telle et ses observations étant restées inconnues à la grande majorité des naturalistes, je crois de mon devoir de commencer par une courte analyse de ces^observations. M. Wagner distingue deux espèces de son nouveau genre: Sagi- tella Kowalevskii et Sagitella Bobretsku. Gomme appartenant à la première de ces deux espèces M. Wagner décrit deux formes qu'il désigne par les lettres a et b. « Les deux formes sont complètement transparentes et rappellent à première vue une Sagitta en miniature. «La formeaestlongue de 5 millimètres et est composée de vingt-huit segments ; la forme b n'est que de dix-sept segments et est longue de 1 millimètre. Les deux formes sont munies de plaques natatoires, disposées sur les côtés de chaque segment et qui, par leur forme, ressemblent aux cirrhes lamellaires des rames pédeuses de Phyllodoce. Ces plaques atteignent leur maximum de grandeur vers le milieu du corps de l'animal. Les segments antérieurs de la forme a ne portent chacun qu'une paire de ces plaques. Le quatrième segment ainsi que tous ceux qui le suivent en portent deux paires. Le segment pos- térieur des deux formes est muni de deux lamelles longues et de forme elliptique. « La tête de la forme a, vue de son côté dorsal, est assez nettement délimitée du segment limitrophe et est assez fortement bombée dans sa partie postérieure. Son extrémité antérieure est munie d'un petit appendice tentaculiforme recourbé en arrière et situé entre deux lames, natatoires. L'orifice buccal se trouve au sommet d'un petit appendice en forme de trompe et recourbé en bas. En avant des lames natatoires du huitième segment ainsi que de tous ceux qui le suivent, se trouvent des soies en forme d'épines courbes et acérées vers leurs extrémités. Au huitième segment on ne compte de chaque côté du segment qu'une soie faiblement développée, tandis que les segments postérieurs en portent jusqu'il trois paires. SUR LE GENRE SAGITELLA. iî « L'œsophage occupe les trois segments antérieurs ; la partie du canal digestif qui suit l'œsophage s'atténue graduellement vers l'extrémité postérieure de l'animal et s'ouvre par l'orifice anal situé au segment postérieur. Il est digne de remarque que les parois de cette partie du canal alimentaire sont composées de cellules polygo- nales aux contours très-prononcés et de très-fortes dimensions. « Le système nerveux consiste en un ganglion supraœsophagien fortement développé qui donne naissance à deux troncs nerveux aplatis et parcourant les segments du corps dans leurs parties latérales. « Comme appartenant au système nerveux doivent être », selon M. Wagner, « considérés des corpuscules disposés dans les lames natatoires. Ces corpuscules ont la forme de petits cylindres composés de bâtonnets très-fms (Nervenstœbchen ?) « La forme b se distingue principalement de la forme a par la forme de sa tête, qui est arrondie et munie à son extrémité antérieure d'un appendice pyramidal. A la place de l'appendice rostriforme de la forme a se trouve une protubérance large, ornée de longues soies sinuées et au milieu de laquelle se trouve la bouche. Les deux paires de lames natatoires dont est munie la tête de la forme b sont aussi ornées de longues soies. » Outre ces deux formes que M. Wagner considère comme apparte- nant à l'espèce désignée par lui du nom de Sagitella Kowalevskii, il décrit comme il suit une troisième Sagitelle. « Longueur du corps un peu moindre que celle de la Sagitella Kowalevskii, forme b. Nombre des segments: dix-huit. Tête arrondie à son extrémité antérieure et nullement délimitée du corps. Au-devant de la bouche un petit groupe de cils vibratiles.La tête est munie de deux paires de plaques natatoires ; les plaques de la paire postérieure sont allongées, arron- dies à leurs extrémités et disposées perpendiculairement à l'axe lon- gitudinal du corps de l'animal. De pareils appendices, mais un peu de moindre taille, se trouvent aussi sur tous les autres segments du corps. Chaque appendice est orné de soies assez longues et distan- cées l'une de l'autre; les parties basilaires de ces soies peuvent être suivies assez loin dans le parenchyme des appendices. L'extrémité postérieure du corps porte deux petits mamelons qui sont aussi ornés de soies. Les segments sont tous achètes. » M. Wagner considère cet exemplaire observé par lui seulement une fois à Naples comme une larve d'une espèce distincte pour la- quelle il proposa le nom de Sagitella Bobretskii. 4 ULJANIN. Les observations de M. Wagner qui, comme on le voit, laissent beaucoup à désirer, sont, comme je l'ai déjà dit, les seules publiées jusqu'à ce jour sur la Sagitelle. Un être ressemblant à beaucoup d'égards à la Sagitelle, mais sûrement bien distinct d'elle, fut décrit,il y a déjà plus de vingt-cinq ans, par M. Basch, sous le nom de Typhloscolex Mïdleri^. En traitant des affinités zoologiques du genre Sagitelle, j'aurai encore l'occasion déparier duTyphloscolex ; pour le moment je passe à la description des espèces du genre Sagitelle observées par moi et à mes observations sur l'organisation de cet intéressant Annélide. J'ai eu l'occasion d'observer trois espèces bien distinctes. Deux de ces espèces sont sans aucun doute identiques avec les formes a et if de la Sagitella Kowalevskii de M. Wagner, tandis que la troisième espèce est nouvelle. Dans le courant du présent article, je conserverai le nom de Sagitella Kowalevskii pour la forme décrite par M. Wagner sous le nom de Sagitella Kowalevskii, forme a, tandis que, pour la Sa- gitella Kowalevskii forme b, je propose le nom de Sagitella bai'bata ; enfm la troisième espèce observée par moi sera désignée sous le nom de Sagitella prœcox. SAGITELLA KOWALEVSKII. {Sagikila Kowalevskii forme A. N. Wgn.) PL I, fig. 1. Cette espèce est, à ce qu'il paraît, l'une des plus communes dans la Méditerranée. Je l'ai souvent observée à Villefranche et à Naples ; M. Wagner a étudié des exemplaires de cette espèce provenant de Messine; enfin, d'après M. Bobretsky, M. Kovvalevsky aurait récolté des exemplaires de la même espèce dans la mer Rouge. De toutes les espèces du genre, la Sagitelle de Rowalevski est la plus grande de taille ; en pleine maturité sexuelle, elle est longue plus que de 5 millimètres. Le corps est très-allongé, et a la forme d'une que- nouille ; le maximum de sa largeur tombe vers son milieu. Les seg- ments sont assez distincts l'un de l'autre; outre que leur nombre varie avec l'âge de l'animal, même les exemplaires adultes (4™, 3, S", 8 ' Buscii, Beobacldungen Uber Analomie und Enlwickelung einiger wirbeUûsen Sce- thien;\S-6l, p. 115, pi. XI, fig. 1-0. SUR LE GENRE SAGITELLA. 5 de longueur) possèdent un nombre de segments variable entre vingt et un et vingt-huit. Le segment antérieur, qui est aussi le plus grand de tous les segments, est élargi à sa base et rétréci vers son extrémité antérieure qui est munie d'un appendice tentaculiforme. Le côté ven- tral de ce segment antérieur ou buccal est aplati, tandis que son côté dorsal est fortement bombé près de la base du segment où sont situés deux boutons vibratiles. Le segment buccal porte sur ses côtés une paire d'élytres (un élytre de chaque côté) en forme de coussinets allongés, fortement bombés en dehors et excavés du côté intérieur. Les deux segments qui suivent le segment buccal sont aussi munis chacun d'une paire d'élytres en forme de coussinets un peu plus petits que ceux du segment buccal. Tous les autres segments portent chacun deux paires d'élytres en forme de lamelles. Deux de ces élytres sont placés sur les parties latérales du côté dorsal, tandis que les deux autres se trouvent sur les parties correspondantes du côté ventral de chaque segment. L'extrémité postérieure du corps est munie de deux lamelles élargies. Les sept segments antérieurs sont achètes ; le huitième segment est muni de chaque côté d'une faible soie en forme d'épine droite ; tous les autres segments portent de chaque côté trois soies en forme d'épines. L'œsophage occupe les trois segments antérieurs ; la partie du canal alimentaire qui fait suite à l'œsophage est dilatée dans sa partie antérieure et graduellement amincie vers son extrémité postérieure. Vue dans l'animal vivant, cette partie du canal alimentaire semble comblé de grandes cellules diaphanes aux contours fortement pro- noncés. L'orifice anal est placé au dernier segment, entre les deux lamelles caudales. La couleur est jaune tirant un peu sur le rose. La seule diflerence entre la Sagitelle de Kowalevski que je viens de décrire et la Sagitella Koivalevskii forme a, de M. Wagner, consiste en ce que la bouche de la Sagitelle étudiée par le savant de Saint-Péters- bourg est placée au sommet d'un « appendice en forme de trompe », tandis que la bouche de la Sagitelle que je viens de décrire n'est qu'un simple orifice, placé au milieu de la face ventrale du segment buc- cal. J'ai tout lieu de croire que cette différence n'est pas réelle et qu'elle n'est fondée que sur une observation erronée de M. Wagner. Toutes les espèces du genre Sagitella ont au-dessus de l'œsophage un organe glanduleux en forme de rétorte, dont la partie amincie et musculeuse peut être projetée au dehors par l'orifice de la bouche. Lorsque l'animal est place dans des conditions normales, cet organe 6 ULJÂNIN. n'est projeté h l'extérieur que de très-peu et rarement; chaque fois au contraire qu'une Sagitelle se trouve placée dans des conditions anormales, on voit le bout aminci de l'organe en question apparaître par l'orilice de la bouche ; les Sagitelles conservées dans des liqueurs ont presque toujours cet organe projeté. Il me paraît presque certain que les Sagitelles qui ont servi à M. Wagner pour ses observations, étaient des animaux plus ou moins fatigués par un maniement pro- longé sur le porte-objet et que l'extrémité de l'organe glandulaire projeté par l'orifice de la bouche a été pris par M. Wagner pour « l'appendice en forme de trompe », au sommet duquel se trouve, d'après M. Wagner, la bouche. Une étude attentive de la figure b donnée par M. Wagner dans son article (p. 347), ne fait que confir- mer cette supposition. Dans cette figure qui représente l'extrémité antérieure de la Sagitelle de Kowalevski forme a, vue de côté, M. Wagner indique les contours de la partie élargie et glandulaire de l'organe en forme de retorte, ainsi que sa partie amincie et projetée par l'orifice de la bouche. L'erreur de M. Wagner consiste en ce qu'il n'a pas reconnu la connexion de ces deux parties de l'organe en question et qu'il considère la partie glandulaire de l'organe, en forme de retorte comme ganglion supraœsophagien et la partie amincie et musculaire du même organe pour « l'appendice en forme de trompe ». SAGITELLA BARBATA. [Sagitella Kowalevskii forme B. N. Wagn.) PI. I, fig. 2. Cette espèce, sans aucun doute distincte de la Sagitelle de Kowa- levski, est assez commune à Villefranche et à Nàplcs; M. Wagner l'a observée aussi à Messine. Maximum de longueur : ^2 millimètres. Le nombre des segments est variable entre seize et vingt. Le corps, comparé à celui de la Sagitelle de Kowalevski, est court et large, graduellement atténué vers ses deux extrémités. Segment buccal court et large, arrondi à son extrémité antérieure, et muni, comme celui de la Sagitelle de Kowalevski, d'un appendice tentaculiforme. Sa face dorsale et sa face ventrale portent chacune une protubérance charnue en forme de capuchon (pi. 1, fig. 5), ornée sur ses bords de Ion- SUR LE GENRE SAGITELLÂ. 7 gues lamelles sinuées. Le capuchon du côté dorsal [b, fig. 4) recouvre deux boutons vibratiles (t), situés à la base du segment buccal, tandis qu'au-dessous du capuchon ventral {a) se trouve la bouche (e). Le segment buccal est orné de deux élytres en forme de coussinets oblongs et un peu élargis à l'extrémité antérieure (pi. I, fig. 3) ; les deux segments qui suivent le segment buccal sont munis chacun aussi d'une paire d'élytres en forme de coussinets. Tous les autres segments portent chacun deux paires d'élytres lamellaires. Les lamelles caudales sont allongées et de forme elliptique. Les six seg- ments antérieurs sont achètes ; le septième et le huitième segment portent de chaque côté une faible soie en forme d'épine ; à partir du neuvième segment le nombre des soies varie de deux à trois de cha- que côté du segment. La cuticule est transversalement striée, et la couleur jaune tendre. Je n'hésite point à identifier la Sagitelle quejeviens de décrire avec celle désignée par M. Wagner sous le nom de Sagitella Kowalevsku forme b. M. Wagner parle d'une « large protubérance ornée de lon- gues soies », et située sur la face ventrale de la tête (du segment buccal) de sa Sagitelle. Il est clair que cette large protubérance, au milieu de laquelle, selon M. Wagner, est placée la bouche, n'est autre chose que le capuchon charnu ventral dont il a été question plus haut. La différence de la Sagitelle décrite par M. Wagner des exem- plaires observés par moi, consiste en ce que la Sagitella Koivalevshi forme b a ses élytres du segment buccal ornés de longues soies pa- reilles aux soies du capuchon ventral et que le nombre de ces élytres est de quatre, tandis que la Sagitella barbata n'a que deux élytres au segment buccal et que ces élytres sont dépourvus de soies. Je crois cependant pouvoir expliquer cette différence par une erreur dans laquelle est tombé M. Wagner. L'examen attentif de la figure d, inter- calée dans le texte de l'article de M. Wagner (p. 347), explique même la cause de l'erreur commise par le savant de Saint-Péters- bourg. Cette figure représente en supination la partie antérieure de la Sagitella Kowalevskii forme b, évidemment comprimée entre la lame de verre recouvrant l'animal et le porte-objet. Or, je le sais par expérience, il est presque impossible de se faire une idée exacte de la structure du segment buccal de notre espèce en étudiant l'animal de cette manière : les deux capuchons charnus du segment buccal, pressés contre les lames de verre, se relèvent et recouvrent par les longues laipelles de leurs bords la partie antérieure du seg- 8 ULJANIN. ment buccal presque complètement. M. Wagner n'a pu évidemment distinguer que le capuchon ventral, mais non dans sa position natu- relle avec ses lamelles tournées vers l'extrémité postérieure de l'ani- mal, mais totalement renversé et ayant les soies tournées en avant. Ayant sous ses yeux le capuchon ventral renversé, M. Wagner n'a pu, cela se comprend, reconnaître la vraie position de la bouche ; il la décrit comme placée au milieu de la « protubérance », tandis que sa vraie position est au-dessous du capuchon ventral. Le capu- chon dorsal du segment buccal de l'exemplaire dessiné par M. Wa- gner était aussi, à ce qu'il paraît, renversé par suite de la pression exercée sur l'animal par le porte-objet. Je crois du moins reconnaître, dans le dessin publié par M. Wagner, le capuchon dorsal avec les lamelles plantées le long de ce bord. Dans les descriptions de la Sagi- tella Koivalevskii forme b, le capuchon dorsal n'est pas du tout men- tionné, son bord fut pris, à ce qu'il paraît ; pour les contours des élytres de la seconde paire, tandis que les lamelles plantées le long du bord du capuchon dorsal furent par erreur placées sur les élytres. SAGITELLA PRJECOX. PI. I, fig. 3. Je n'ai eu l'occasion de voir que deux exemplaires de cette espèce àNaples, au mois de mars 1877. Longueur, S"", 3. Nombre de segments, treize. Corps très-élargi dans sa partie antérieure et graduellement aminci vers son extrémité postérieure. Segment buccal presque pareil à celui de la Sagitella barbata. Les capuchons charnus sont munis sur les côtés du segment de prolongements en forme de lan- guettes ; à la hauteur des bords des capuchons, on distingue, outre cela, de chaque côté du segment buccal, une petite languette triangu- laire supplémentaire. Elytres du segment buccal au nombre de quatre. Bouche placée au sommet d'un petit renflement coniforme. Le seg- ment qui suit le segment buccal n'est muni que d'une paire d'ély- tres en forme de coussinets et placés presque sur la face ventrale dil-segment. Tous les autres segments portent chacun deux paires d'élytres lamellaires. Tous les segments, à l'exception du segment buccal et de celui qui le suit, sont armés sur chaque cùLé de trois soies en forme d'épines. Lames caudales pareilles î\ celles de la Sa- SUR LE GENRE SAGITELLA. 9 gltella barbota .V oriiice anal est recouvert d'une petite languette trian- gulaire. Cuticule striée transversalement, corps incolore, diaphane. De ces trois espèces du genre Sagitella, je n'ai pu étudier avec quelque soin que l'organisation de deux espèces, notamment des Sa- gitella Koivalevsku et bai-hala. Les méthodes d'observation employées par moi étant les mêmes' que celles usitées communément par la plu- part des zoologistes, je n'ai pas grand'chose à dire là-dessus. Plusieurs points de l'organisation des Sagitelles ne peuvent être étu- diés que sur des animaux vivants. J'obtenais parfois de beaux résul- tats en comprimant plus ou moins fortement pendant quelque temps la Sagitelle vivante sous le microscope. Ce n'est qu'en procédant de cette manière que j'ai pu , par exemple, suivre le trajet des vais- seaux sanguins et des organes segmentaires. Souvent j'ai dû aussi recourir aux coupes faites, dans divers sens, sur des exemplaires dur- cis à l'aide de l'alcool ou de différents acides et imbibés pour la plupart avec de la solution ammoniacale de carmin. Seulement, grâce à l'étude des coupes, je suis parvenu à reconnaître la structure intime de plusieurs organes, de l'intestin, par exemple, et à me faire une idée juste de la position réciproque des divers organes. Pour isoler les éléments histologiques, j'ai employé avec beaucoup de succès de très-faibles dilutions d'acide acétique. En tuant l'animal sur le porte-objet dans une quantité minime d'une dilution pareille il n'est plus difficile d'isoler à l'aide d'aiguilles les éléments du système musculaire par exemple ; ce sont aussi les exemplaires traités de la sorte qui se prêtent le mieux à l'étude du système nerveux ; je ne suis parvenu du moins à isoler la chaîne ganglionnaire que sur des exem- plaires tués dans l'acide acétique. De tous les organes, ceux qui sont restés le moins éclaircis par mes observations sont les organes génitaux ; je n'ai pu que constater dans les animaux adultes les éléments sexuels déjà mûrs. Le mode de développement des Sagitelles m'est aussi resté presque complètement inconnu ; je n'ai eu l'occasion d'observer que quel- ques stades distancés l'un de l'autre qui ne donnent qu'une idée bien vague de ce qui se passe en réalité. TÉGUMENTS ET SYSTEME MUSCULAIRE. La paroi du corps 'des Sagitelles consiste en une couche hypoder- mique, et en une cuticule limitée par l'hypoderme. lO ULJANIN. La cuticule est une membrane fine, transparente, assez résistante, unie chez la Sagitelle de Kowalevski et finement striée chez les deux autres espèces. Je ne suis pas parvenu à constater l'existence de la cuticule sur la partie antérieure du segment buccal (y compris l'appendice tentaculiforme de ce segment) et sur les élytres. Ces par- ties du corps des Sagitelles semblent complètement dépourvues de cuticule. L'hypoderme de la grande partie du corps des Sagitelles consiste en une couche protoplasmatique très-mince, dans laquelle sont dis- séminés en grande quantité des nucléus arrondis, contenant chacun deux ou trois nucléoles fortement réfringents. Les acides produisent de grands changements dans cette couche : une faible dilution d'a- cide acétique n'a qu'à agir pendant quelque temps sur cette couche pour que le protoplasma se contracte et se divise en masses plus ou moins volumineuses, pour la plupart de forme oblongue, contenant chacune un, parfois deux et même trois nucléus et éloignées l'une de l'autre à une certaine distance. Rien n'est plus facile que d'obtenir des préparations comme celle représentée dans la figure 30 de la plan- che IV ; il n'y a qu'à déchirer à l'aide d'aiguilles les téguments d'une Sagitelle tuée dans de l'acide acétique et de poser sur le porte-objet un lambeau de la cuticule, de manière que sa face interne avec l'hy- poderme sous-jacent et souvent aussi avec une partie des muscles sous-cutanés soit tournée du côté de l'observateur. L'acide chro- mique ainsi que l'acide osmique agissent sur l'hypoderme de la même manière que l'acide acétique ; de là l'absence de l'hypoderme sur les coupes faites sur des animaux durcis dans ces acides, absence qu^ resta incompréhensible jusqu'à ce que je parvinsse à voir l'hypoderme dans son état naturel et à observer les modifications qu'il subit sous l'influence des acides. Un hypoderme comme celui qui vient d'être décrit semble re- vêtir tout le corps de l'animal à l'exception des parties non recou- vertes de cuticule, notamment de la partie antérieure du segment buccal et des élytres. Dans la partie antérieure du segment buccal, surtout à sa face ventrale, l'hypoderme consiste en une couche épaisse dans laquelle sont disséminés en grand nombre des nucléeus arrondis. Quelquefois, lorsque j'examinais à de forts grossissements des préparations de cet hypoderme faites sur des animaux tués dans de l'acide acétique, j'ai cru apercevoir les limites des cellules qui compo- sent l'hypoderme ; je ne suis cependant jamais parvenu à isoler ces SUR LE GENRE SAGITELLA. H cellules. Je pense aussi que les cellules ne sont pas plus différenciées daus cet liypoderme épaissi que dans l'hypoderme recouvrant le reste du corps de la Sagitelle et que, à l'état frais, cet hypoderme de la partie antérieure du segment buccal consiste, comme celui décrit plus haut, en une couche de protoplasme renfermant plus ou moins de nucléus. Tandis que le corps de la Sagitelle est recouvert d'une couche hypo- dermique plus ou moins épaisse et dans laquelle les cellules ne sont pas différenciées, hypoderme pareil à celui de la grande majorité des Nématodes et de beaucoup de Chœtopodes, le tissu des élytres pré- sente quelques particularités bien remarquables, et qui méritent bien une attention spéciale. Un élytre pris sur un animal vivant et observé à un faible grossis- sement est représenté pi. IV, flg. 25. L'élytre semble être composé d'une masse peu transparente contenant beaucoup de nucléus et dans laquelle sont réparties en quantité plus ou moins considéra- ble des taches rondes de grande dimension et à demi transparentes. Pour se faire une idée exacte des tissus dont est composé l'élytre, il est indispensable de recourir aux coupes faites sur des élytres durcis dans des acides. Une de ces coupes d'un élytre durci dans de l'acide osmique et teinté avec de la solution ammoniacale de carmin est représentée pi. IV, fig. 28. Comme on le voit, tout le corps de l'élytre est composé de petites cellules bien délimitées, pressées les unes contre les autres, et munies chacune d'un nucléus d'assez grande • dimension. Au milieu de ces cellules, dont le protoplasme absorbe avidement le carmin, prennent place de très-grandes cellu- les dont le contenu reste presque incolore dans les préparations et qui sont munies de nucléus grands et entourés d'une quantité assez minime de protoplasma finement granuleux et formant un réseau plus ou moins serré. Je ne crois pas me tromper en considérant les petites cellules (PR), qui constituent le corps de l'élytre, comme correspondant à la couche hypodermique des autres parties du corps et les grandes cellules (Z) comme glandes cutanées unicellulaires, si communes dans les téguments des Chœtopodes. En outre, dans les élytres, je n'ai pu trouver de ces glandes que dans la partie anté- rieure du segment buccal delà Sagitella barbota. Chez cette espèce se trouvent un assez grand nombre de foUicules pyriformes remplis d'un contenu granuleux et disposés en rosace autour de la base de l'appendice tentaculiforme du segment buccal (pi. I, fig. 5 X). 12 ULJANIN. Les Sagitelles ne portent à la surface de leur corps presque point de cils vibratiles. Je n'en ai pu trouver qu'à la surface des deux bou- tons situés à la base du côté dorsal du segment buccal et sur l'extré- mité antérieure du segment buccal de la Sagitella barbata, à la place où débouchent à l'extérieur les follicules pyriformes dont je viens de parler. Des poils, qu'il faut, comme j'aurais l'occasion de le démon- trer, considérer comme des poils tactiles, sont disposés le long des bords de quelques-uns des élytres lamellaires. Les deux capuchons charnus disposés sur les faces dorsale et ven- trale du segment buccal des Sagiteila barbata et prœcox sont garnis à leurs bords d'une rangée de lamelles longues, un peu sinuées et graduellement amincies vers leur extrémité. Vues à de forts grossis- sements (pi. III, fig. 18), ces lamelles ont leur surface striée en sens longitudinal. En suivant ces stries le long des lamelles, il n'est pas diflicile de se convaincre que ces stries proviennent de ce que chaque lamelle est composée d'un grand nombre de cils collés l'un à l'autre ; sur les bords et à l'extrémité des lamelles, on trouve souvent les bouts des cils détachés de la lamelle ; enfin chez les larves de la Sagitella barbata (pi. II, fig. 14), les cils ne sont pas encore soudés entre eux. Ces lamelles, rangées le long du bord des capuchons charnus du segment buccal, sont, à ce qu'on voit, en tout semblables aux lamel- les des Cténophores, qui, comme on le sait, font aussi leur apparition chez les larves des Cténophores sous la forme d'une rangée de cils libres. Les Sagitella barbata et prœcox se trouvant dans des conditions normales ont leurs deux capuchons en mouvement perpétuel, consis- tant en des soulèvements plus ou moins forts de ces capuchons. Ce jeu des capuchons et des lamelles rangées le long de leurs bords devient beaucoup plus accentué lorsque l'animal commence à se mouvoir. Il est évident que les capuchons avec leurs longues lamelles servent à ces deux espèces d'organes de locomotion. En observant les Sagitelles vivantes, il n'est pas difficile non plus de se convaincre que les élytres lamellaires sont, comme l'a déjà remarqué M. Wagner, de vraies lamelles natatoires. Immédiatement au-dessous de l'hypoderme et intimement liées à celui-ci se trouvent les deux couches musculaires, dont l'extérieure consiste en muscles transversaux ou annulaires, tandis que les mus- cles longitudinaux forment la couche interne. Pour se faire une idée exacte de la structure delà musculature sous-cutanée, il est indispen- sable de recourir non-seulement à l'étude des coupes, mais aussi à ■m SUR LE GENRE SAGITELLA. 13 un examen attentif des préparations de lambeaux de la paroi du corps, préparations faites sur des animaux tués dans de faibles dilutions d'a- cide acétique. Sur de pareilles préparations, dont une est représentée par la figure 30 de la planche IV, il est facile de voir que la couche musculaire externe (muscles annulaires) n'est pas une couche con- tinue et qu'elle consiste en de larges rubans, espacés l'un de l'autre par des interstices presque aussi larges que les rubans eux-mêmes et entourant en forme d'anneaux le corps de la Sagitelle. Les éléments constituant cette couche sont des fibres cylindriques, dont la partie axile est remplie d'une substance finement granulée. De pareils éléments musculaires sont, comme on le sait, très-communs chez les invertébrés, et surtout dans la classe des Annélides ; ce sont les fibres musculaires que M. Ratzel désigne sous le nom de « Hirudi- neen Muskeln » et que Glaparède appelle « fibres type G. Wagner ». La couche interne consiste en muscles longitudinaux. Sur une coupe transversale (pi. II, fig. 10-12), ces muscles se présentent sous forme de petites lamelles disposées plus ou moins parallèlement l'une à l'autre. Contrairement à ce qui se voit chez la grande majo- rité des Annélides chœtopodes, les muscles longitudinaux tapissent sans interruption toute la surface interne de la paroi du corps. Les champs longitudinaux dans lesquels sont divisés communément chez les Annélides chœtopodes les muscles de la couche interne ne man- quent pas cependant complètement chez la Sagitelle. Tandis que sur tous les pourtours de la cavité du corps les muscles longitudinaux ne forment qu'une simple couche, dans quatre points de la section trans- versale du corps de la Sagitelle ces muscles s'épaississent considé- rablement par superposition de plusieurs couches l'une sur l'autre (pi. II, fig. 10-12). (MB.) Les quatre champs résultant d'une pareille combinaison des éléments musculaires parcourent toute la longueur du corps de la Sagitelle; dans les segments antérieurs, ces quatre bandes musculaires sont déjà beaucoup moins développées; dans le segment buccal, elles ne peuvent plus être distinguées des muscles longitudinaux tapissant le reste de la cavité du corps. Les éléments histologiques de cette couche masculaire s'isolent assez facilement, à l'aide d'aiguilles, sur des animaux traités par une faible dilution d'acide acétique. Ces éléments (pi. III, fig. 17) ont la forme de lames très-longues et très-étroites (leurs dimensions sont sujettes à de grandes variations), atténuées aux deux extré- mités, avec un de leurs bords rectiligues, tandis que l'autre bord 14 ULJANIN. est garni de petites excroissances remplies d'une substance finement granulée. Ce sont évidemraenfles fibres désignées, par M.Ralzel, sous le nom de fibres nématoïdes, fibres connues depuis longtemps chez beaucoup de Néraatpdes et observées aussi chez quelques Annélides chœtopodes inférieurs (Polygordius \ Tubifex, Enchytrœus). Avant de clore le chapitre sur les muscles sous-cutanés, j'ai encore un mot à dire sur le mode de groupement des éléments histolo- giques dans les quatre champs de la couche musculaire interne (muscles longitudinaux). Dans ces champs, les fibre» musculaires sont entassées en grande quantité les unes au-dessus des autres, de sorte que seulement celles qui se trouvent au fond de l'épaisse couche du champ musculaire s'attachent à la paroi du corps et, ayant ainsi un point d'appui, peuvent produire une contraction d'une partie du corps en sens longitudinal. Toutes les autres fibres du champ mus- culaire, étant à une certaine distance de la paroi du corps, ne peuvent y trouver de points d'attache. Toutes ces fibres se relient entre elles, ainsi qu'avec les fibres fixées sur la paroi du corps par un réseau serré d'un tissu connectif faisant partie du tissu connectif emplissant toute la cavité du corps de la Sagitelle. Seulement, grâce à ce tissu con- nectif qui relie en une masse compacte toutes les fibres du champ musculaire, les fibres môme les plus éloignées de la paroi du corps peuvent aider à la contraction du corps en sens longitudinal. Une disposition pareille des muscles longitudinaux semble se trouver aussi chez d'autres Annélides chaetopodes ; pour ne citer qu'un exemple, je rappelle au lecteur les dessins publiés par M. Greef, dans sa monographie des Alciopides ^ surtout les figures représentant des sections transversales des Alciopides (pi. II, fig. 2; pi. IV, fig. 42; pi. YI, fig. 65, 66). Système nerveux et organes des sens. M. Wagner décrit le système nerveux des Sagitelles comme con-* sistant « en im ganglion cérébral fortement développé, duquel prennent naissance deux troncs nerveux aplatis et parcourant les segments dans leurs parties latérales. » Je dois commencer par dé- 1 Greef, Untersuchungen iiber die Alciopiden [Aus d. Nova Ada Leop. Carol. XXXIX, 2, hesondors abgedruckt, 1876). * Pour les motifs qui me font ranger le Polygordius parmi les Annélides chœto- podes, je renvoie le lecteur à mon mémoire sur le Polygordius, publié en langue russe, dans le liulletin de la Soc.imp. des natural. de Moscou, 187(5. SUR LE GENRE SAGITELLA.. 15 clarer que celte description est complètement fausse. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, M. Wagner n'a pas vu le ganglion cé- rébral de la Sagitelle : ce qu'il a pris pour le ganglion supraœso- phagien n'est autre chose que la partie élargie cl glandulaire de l'or- gane en forme de retor.le placé au-dessus de l'œsophage, non loin de l'orifice de la bouche. Les deux troncs nerveux aplatis qui, selon M. Wagner, sont placés aux côtés de l'animal, n'existent pas davan- tage en réalité. Les Sagilelles ont une vraie chaîne ganglionnaire qu'on peut même observer à travers les téguments de l'animal frais. Le ganglion cérébral est placé dans le segment buccal au-dessus de l'organe en forme de retorte chez la Sagitella Kowalevsku, immé- diatement sous la paroi amincie du corps (pi. III, fig. 16), chez la Sagitella bm^bata, dans le capuchon dorsal du segment buccal (pi. I, fig. 5). Le ganglion cérébral des deux espèces est plus large que long, fortement déprimé de haut en bas, et à angles anté- rieurs arrondis. Les connectifs œsophagiens qui prennent naissance aux angles postérieurs du ganglion sont longs et grêles. La chaîne ganglionnaire est composée d'une suite de ganglions doubles qui, à l'exception des trois ganglions antérieurs presque soudés entre eux (pi. III, fig. 16), sont distancés l'un de l'autre et réunis par de longues commissures (pi. 111, fig. 19). Toute la chaîne nerveuse est placée loin de la paroi du corps et des muscles sous-cutanés, au milieu du tissu connectif emplissant la cavité du corps. Quant à la structure intime du système nerveux, le ganglion cé- rébral est composé de grandes cellules entre lesquelles se distingue une quantité minime de substance ponctiforme. Les ganglions de la chaîne ventrale et les commissures qui relient ces ganglions entre eux sont composés de fibrilles nerveuses enveloppées de cellules pareilles à celles du ganglion cérébral. En examinant sous le mi- croscope une partie de la chaîne ganglionnaire isolée (pi. III, fig. 19), il est assez difficile de reconnaître sa vraie structure, les cel- lules placées sur la périphérie des commissures étant bien difficiles à voir sur de pareilles préparations. On ne parvient à se convaincre de leur existence que sur des sections transversales (pi. Il, fig. 10), oti l'on voit une rangée de petites cellules entourant les fibrilles qui sont placées dans l'axe de la commissure ; dans les renflements gan- glionnaires, la couche périphérique formée de cellules est de beaucoup plus forte que dans les commissures. -16 ULJANIN. Chez la Sagitella barbata, le ganglion cérébral donne naissance, outre les deux connectifs œsophagiens, à deux nerfs qui entrent dans les deux boutons couverts de cils vibraliles et disposés à la base du côté dorsal du segment buccal (pi. I, fig. 46), Dans l'intérieur des deux boutons, les ramifications de ces nerfs peuvent être suivies presque jusqu'à la paroi de l'organe. Les ganglions de la chaîne ventrale, à l'exception du ganglion pos- térieur, semblent ne pas envoyer de nerfs périphériques. Le ganglion postérieur envoie de sa. partie postérieure deux gros troncs nerveux qui se ramifient dans les lames caudales. Des commissures qui re- lient les ganglions entre eux, prennent naissance des nerfs d'assez fortes dimensions (pi. III, fig. 19). Je n'ai observé ces nerfs que sur des parties isolées de la chaîne ventrale, oîi il n'en restait que de petits tronçons. N'ayant pu arriver à voir ces nerfs sur des animaux frais, je ne puis rien dire sur leur parcours ultérieur. Toute la chaîne ganglionnaire est enveloppée dans une membrane dans laquelle sont semés beaucoup denucléus (pi. III, fig. 20 n). Le tissu connectif constituant cette membrane se trouve en continuité directe avec le tissu connectif emplissant la cavité du corps de la Sagitelle. Les deux troncs nerveux envoyés par le ganglion postérieur de la chaîne ventrale vers les lames caudales une fois entrés dans ces lamelles, se divisent en une grande quantité de fibrilles qu'on peut aisément suivre jusqu'aux bords des lamelles (pi. IV, fig. 23). Les fibrilles, à mesure qu'elles s'approchent du bord de la lamelle, s'éloi- gnent l'une de l'autre, de sorte qu'elles forment un éventail dont l'arc suit le contour extérieur de la lamelle, tandis que son manche se trouve au milieu de la lamelle, dans le point où les fibrilles com- posant le tronc nerveux commencent à s'éloigner l'une de l'autre. Dans la figure 24 de la planche IV, j'ai représenté à un fort grossis- sement les terminaisons des nerfs près du bord de la lamelle caudale. On voit que les fibrilles se sont groupées en petits faisceaux et que les poils du bord de la lamelle sont disposés en groupes placés justement là où aboutissent les nerfs. Ce lien des poils placés sur le bord de la lamelle avec les nerfs, permet, à ce que je crois, d'attribuer à ceux- là le rôle de poils tactiles. Dans ces mêmes lames caudales delà Sagi- telle deKowalcvski, j'ai eu l'occasion d'observer des corpuscules qui, peut-être, doivent aussi être considérés comme organes de sens. Ce SUR LE GENRE SAGITELLÂ. 17 sont des corpuscules allongés, pyriformes, fortement réfringents et placés près du bord de la lamelle, dans les intervalles, entre les faisceaux de fibrilles (pi. IV, fig. 24 d) ; les parties amincies de ces corpuscules sont tournées vers le centre de la lamelle. N'ayant jamais pu réussir à voir la manière dont ces corpuscules se terminent au centre de la lamelle, n'ayant pu, par conséquent, constater l'union de ces corpuscules avec les fibres nerveuses, je ne puis en parler comme d'organes de sens qu'en forme d'hypothèse. D'autres organes de fonction bien douteuse et que je décris dans ce chapitre, consacré aux organes des sens seulement, parce que je ne sais où les classer autre part, se trouvent dans les élytres des Sa- gitelles. Ce sont des corpuscules qui, selon M. Wagner, ont la forme de petits cylindres composés de bâtonnets très-fins et qu'il est porté à considérer comme des bâtonnets nerveux (Nervenstâbchen). Au premier coup d'oeil, ces corpuscules semblent, en effet, de la forme de petits cylindres composés de bâtonnets. En examinant ce- pendant plus attentivement les élytres, on s'aperçoit bientôt que les corpuscules en question sont d'une apparence beaucoup plus com- pliquée. La figure 25 de la planche IV représente un élytre lamellaire de la Sagitella KowalevsMi, vue à un grossissement d'environ 100 dia- mètres. On voit dans le tissu de l'élytre une quantité de filaments, groupés en faisceaux courbés en arcs et approchant de la surface de l'élytre par leurs deux bouts. Les filaments de quelques-uns de ces faisceaux s'éloignent l'un de l'autre en arrivant à la surface de l'é- lytre, où ils se terminent en éventail. Les filaments d'autres faisceaux restent dans tout leur parcours unis entre eux et s'approchent de la surface de l'élytre en faisceau compacte. M. Wagner n'a vu, à ce qu'il parait, que les terminaisons de ces derniers faisceaux. Les filaments des deux sortes de faisceaux sont très-fins et assez fortement réfringents. Les acides ne semblent produire sur eux aucun effet appréciable ; une partie des filaments qui ne semblent pas du tout altérés, se trouvent même souvent dans- des coupes d'élytres durcis, par de l'acide osmique par exemple; après une longue influence des alcalis, les filaments deviennent de plus en plus pâles et de plus en plus difficiles à apercevoir. Les faisceaux se terminant à la surface-de l'élytre en cylindres pré- sentent dans leurs parties finales des particularités qu'on ne trouve pas dans les parties fi.nales des faisceaux se terminant en éventail. Tous ARCH. DE 2001,. EXP. ET GÉN. — T. VII. 4878. 2 18 ULJANIN. les faisceaux, dont les filaments ne s'éloignent pas les uns des autres, se terminent comme s'ils étaient coupés au sortir des tissus de l'élytre. Si Ton examine un élytre frais à un t^rossissement de force moyenne (pi. IV, fig. 25, a;), on aperçoit tout de suite ces ter- minaisons de filaments. Elles sautent d'autant plus aux yeux que le disque produit par la section du faisceau est occupé par une quan- tité de corpuscules sphériques et fortement réfringents. Les corpuscules dont il est question sont de trois sortes . Le bord du disque est occupé par une rangée de corpuscules sphériques de grande dimension et fortement réfringents (pi. IV, fig. 31, a); en dedans de cette rangée du bord du disque se trouvent des corpus- cules en tout pareils aux précédents, mais de beaucoup moindre dimension (pi. IV, fig. 31, c) ; enfin, si l'on regarde le faisceau de profil, on voit, au-dessous de la rangée extérieure de corpuscules sphériques de grande dimension, une rangée de corpuscules de forme elliptique et dont chacun correspond à un corpuscule de la rangée extérieure du disque (pi. IV, fig. 32, a). Tous ces corpus- cules sont de structure homogène et aux contours fortement pro- noncés ; contrairement à ce qui vient d'être dit des filaments, les alcalis semblent ne pas produire de changements dans ces corpus- cules ; les acides, au contraire, les détruisent complètement, du moins jamais je n'ai pu trouver de traces de ces corpuscules dans des coupes faites sur des animaux durcis dans les acides. Je me borne seulement à décrire ces filaments, qu'on serait tenté, si l'on ne connaissait pas les spermatozoïdes des Sagitelles, de consi- dérer comme tels. Dans l'état actuel de nos connaissances, je ne trouve pas possible même de hasarder quelque conjecture sur le rôle que jouent ces organes énigmatiques dans l'économie des Sagitelles. ORGANES DIGESTIFS. Toutes les trois espèces observées par moi ont leur bouche située au milieu du côté ventral du segment buccal. Chez les deux espèces munies des deux capuchons du segment buccal {Sagitella harbata et yrxcox), la bouche se trouve placée au-dessous du capuchon ventral, chez la Sagitelle précoce, au-sommet d'un petit renflement coniforme. Le tube digestif commence par un œsophage court, à parois épaisses, et occupant les deux ou trois segments antérieurs. A l'œsophage fait SUR LE GENRE SAGITELLA. 19 suite la partie principale du tube digestif, l'intestin, qui offre sa plus grande largeur dans sa partie antérieure, s'amincit graduellement vers sa partie postérieure et s'ouvre en dehors par l'orifice anal, situé à la lace dorsale du segment postérieur, entre les deux lames caudales. Les parois de cette partie du canal alimentaire sont minces et bien appa- rentes chez les Sagitella barbata et prxcox, tandis que chez la Sagi- tella Kowalevskil il est impossible de discerner sur l'animal vivant la cavité de l'intestin, ainsi que ses parois. Chez cette espèce, comme l'a déjcà remarqué N. Wagner, l'intestin semble entièrement comblé de grandes cellules polygonales à contenu incolore et diaphane, aux contours fortement prononcés et dans lesquels, sur l'animal frais du moins, on ne parvient pas à découvrir de nucléus. Une copie d'une partie de l'intestin de la Sagitella Kowalevskii, copie faite à la chambre claire, est représentée dans la figure 22 de la planche III. L'œsophage de la Sagitella Kowalevskii est représenté en section transversale dans la figure 11 de la planche IL On voit que l'œsophage est composé de deux couches superposées l'une sur l'autre. De ces deux couches, l'extérieure œm est composée de fibres musculaires intimement entrelacées entre elles, La couche interne ep est de très- fortes dimensions et est formée de cellules très-allongées et très étroites, contenant chacune, outre un nucléus allongé et disposé non loin du sommet de la cellule, une quantité assez minime de proto- plasma finement granulée et amassée autour du nucléus. Cette couche cellulaire forme, comme on le voit sur la section, quatre bourrelets longitudinaux, dans lesquels les cellules atteignent leur maximum de longueur et qui réduisent de beaucoup la cavité de l'œsophage. Il est bien probable que ces cellules, qui tapissent l'in- térieur de l'œsophage, sont de nature glandulaire ; je ne saurais du moins leur attribuer une autre fonction. Déjà, en observant l'animal frais à de faibles grossissements, on aperçoit aisément un organe allongé, situé dans le segment buccal, au-dessus de l'œsophage. En plaçant la Sagitelle dans des conditions anormales, en ajoutant, par exemple, dans l'eau dans laquelle elle se trouve une goutte d'acide acétique, ou de quelque autre réactif, ou voit l'organe en question avancer son bout et sortir au dehors par l'orifice de la bouche (pi. II, fig. 13). Se trouvant dans des condi- tions normales, la Sagitelle ne fait jamais sortir par l'orifice de la bouche le bout de cet organe, ainsi que c'est dessiné dans la figure précédemment citée. Le jeu de l'organe dans l'animal frais consiste 020 ULJANIN. en des mouvements en sens longitudinal, mouvements minimes et se répétant à de courts intervalles. En étudiant des coupes longitudinales et verticales faites sur la partie antérieure du corps de la Sagitelle (je n'ai pu réussir à faire des coupes longitudinales que d'une seule espèce, notamment de la SagiteUa Koivalevskli), on parvient à se faire une idée plus exacte de la conformation de cet organe en forme de retorte, ainsi que de sa position relative aux autres organes. On voit que l'organe en question est placé entre la paroi supérieure de l'œsophage, le ganglion cérébral et les téguments de l'extrémité antérieure du segment buccal ; on voit aussi que cet organe est logé dans un repli sacciforme de la paroi su- périeure de l'œsophage (pi. III, fig. 16); l'organe en forme de retorte fait conséquemraent partie de l'œsophage dans la cavité duquel il est logé. En examinant la section représentée figure 16, on est tout d'abord frappé de ce que seulement la paroi inférieure de l'œsophage se trouve en connexion avec les parois du corps, tandis que la paroi supérieure de l'œsophage semble se terminer brusquement dans l'in- térieur du corps. Une étude plus approfondie de la section à de plus forts grossissements montre bientôt cependant que la paroi supé- rieure de l'œsophage, en s'approchant de la bouche, perd seulement son revêtement épithélial et que cette paroi fortement amincie et consistant seulement en une couche musculaire après un court trajet dans la nïême direction, se replie assez brusquement en arrière pour envelopper l'organe en forme de retorte et s'unir avec la couche hy- podermique épaissie, formant la limite antérieure de l'orifice buccal. Au-dessus du point où la paroi supérieure de l'œsophage perd son revêtement épithélial se trouve, intimement lié à l'œsophage, un renflement en forme de coussinets (c), formé d'une masse à peu près hyaline et dans laquelle se distinguent des nucléus oblongs. Ce renflement sert de base sur laquelle se repose l'organe en forme de retorte et sur lequel glisse cet organe lorsqu'il est rais en mouve- ment. La structure intime de l'organe en forme de retorte est assez diffi- cile à reconnaître. Sa partie élargie et glandulaire est divisée, en sens longitudinal, en plusieurs lobes à contenu granuleux ; sa partie anté- rieure et amincie est évidemment musculeuse. Je n'ai pu découvrir d'orifice à l'extrémité intérieure de l'organe. 11 est difficile de préciser, dans l'état actuel de nos connaissances, les SUR LE GENRE SAGITELLA. 21 fonctions do cel organe, évidemment homologue au renflement œso- phagial de l'Enchythrœus*. Peut-être qu'en déversant sur les animaux servant de nourriture aux Sagitelles, le liquide sécrété par sa partie glandulaire, fonctionne-t-il comme arme offensive. Je sais bien que ce n'est qu'une supposition à l'appui de laquelle je n'ai que trop peu de faits ; je ne l'avance ici qu'avec toutes les réserves possibles. A l'œsophage fait suite l'intestin un peu élargi dans sa partie anté- rieure et allant vers l'extrémité postérieure du corps de la Sagi- telle en s'amincissant graduellement. L'intestin de la Sagilella barbata, comme on le voit sur des coupes transversales (pi. II, fig. l^^), consiste en une couche musculaire extérieure très-mince et en une rangée de cellules épithéliales. Ces cellules sont à contenu diaphane et contiennent chacune un nucléus d'assez fortes dimensions. L'orifice oral en forme de fente longitudi- nale est situé à la face dorsale du dernier segment, entre les deux lamelles caudales. L'intestin de la Sagitella Ko/valevskû présente, comme je l'ai déjà dit plus haut, et comme l'a aussi observé N. Wagner, quelques par- ticularités dignes d'attention. L'épithélium qui revêt sa paroi à l'in- térieur est composé de cellules gigantesques à contenu diaphane et munies chacune d'un nucléus oblong placé, pour la plupart, près de la paroi de la cellule (pi. II, fig. 10). 11 est curieux de retrouver de pareilles cellules de dimensions gigantesques dans l'intestin des larves de quelques Annélicles chétopodes ; dans la figure 2S de la planche IV, j'ai représenté une coupe transversale à travers le corps d'une larve de Folygordius, assez commune dans la baie de Naples^ ; l'intestin de cette larve est, comme on le voit, comblé de ces cellules gigantesques, en tout pareilles aux cellules de l'épithélium de l'in- testin de la Sagitella Koivalevskii. 1 BucHHOLZ, Beilrage zur Anatomie der Gatlimg Enchytrœus) Schriflen d. k. physik.-œconom. Gesellsch. zu Konigsberg, III, 2, 1863, p. 102, Tf. :V, f. 2, boes). 2 Cette larve de Polygordius est semblable à celle décrite et figurée par M. Schnei- der {/Irc/ifu /". Anal. u. Physiologie, 1868), et par M. Agassiz (Annals of tlie Lyceum ofNatural Hisiory of New-York, VIII, 1866). 22 ULJANIN. CAVITE PREVISCERALE. La cavité préviscérale de la Sagitelle n'est point divisée, comme cela se voit chez beaucoup d'autres Chétopodes, par des planchers musculaires en chambres secondaires longitudinales ; la paroi du corps des Sagitelles limite la cavité du corps, divisée par les dissé- piments en un nombre plus ou moins considérable de segments et dans laquelle sont logés tous les organes de la Sagitelle, le système nerveux y compris. Je ne suis pas parvenu à reconnaître la structure des dissépi- ments qu'on distingue déjà sur l'animal vivant. Ayant cependant maintes fois observé le passage des éléments sexuels d'une chambre segmentaire dans l'autre, je crois pouvoir en conclure que, de même que chez la plupart des Annélides chétopodes, les dissé- piments de la Sagitelle sont des lames musculaires perforées. Toute la cavité préviscérale est comblée par un tissu connectif dans lequel sont enfouis tous les organes de la Sagitelle (pi. II, fig. 10-12, bé). Ce tissu est composé chez les Sagitella Kowaleusku ei barbata de cellules étoilées, unies entre elles par leurs prolongements et formant ainsi un réseau plus ou moins serré. Les cellules de ce tissu sont chez la i9a^?ie//a barbata de très-forte dimension; cha- cune contient, outre un nucléus arrondi et souvent très-difficile à reconnaître, un protoplasme granuleux dans lequel sont dispersés une plus ou moins grande quantité de corpuscules sphériques très- réfringents et de dimensions très-variables. Chez la Sagitella Kowa- levskïi, ces cellules sont de dimensions beaucoup plus petites et forment un réseau beaucoup plus serré que chez la Sagitella barbata. Ce tissu connectif, emplissant la cavité préviscérale de la Sagitelle, se retrouve, comme on le sait, chez un grand nombre de Vers infé- rieurs. Chez la grande majorité des Annélides chétopodes, il se trouve réduit à une simple membrane, semée de nucléus, tapissant la cavité préviscérale et connue sous le nom de péritoine ; chez un petit nombre d'entre eux seulement, ce tissu atteint son maximum de développement ; tels sont, d'après les recherches de Claparède : plu- sieurs Annélides chétopodes errants et sédentaires chez lesquels ce tissu remplit une plus ou moins grande partie de la cavité pré- viscérale ; le Polygordius, chez lequel j'ai décrit récemment un tissu SUR LE GENRE SAGITELLA. 23 dans la cavité préviscérale en tout pareil à celui de la Sagitelle ; enfin quelques Oligochètes limicoles, à en juger d'après les dessins publiés par M. Ray Lankester K Il est très-probable que chez la Sagitelle, ainsi que chez les autres Annélides chétopodes, le développement des éléments sexuels s'effectue aux dépens de ce tissu connectif, emplissant plus ou moins la cavité du corps. Mais ce même tissu joue indubitablement dans les Annélides, chez lesquels il atteint un développement considérable encore, un autre rôle : il joue le rôle de corps adipeux, oii s'accu- mulent les surplus des matières nutritives. Pour ne citer qu'un exemple, oii le tissu connectif est évidemment un tissu adipeux, je ne nommerai que le Polygordius, chez lequel les cellules de ce tissu sont remplies de gouttelettes d'apparence huileuse, dans l'animal bien nourri et chez lequel ces gouttelettes disparaissent toujours après que le ver est resté quelque temps privé de nourriture. SYSTÈME VASCULAIRE. Comme dans la grande majorité des Annélides, le système circula- toire se compose de deux troncs longitudinaux, dont l'un est dorsal et l'autre ventral. Le vaisseau dorsal peut être suivi tout le long du corps de la Sagitelle, jusqu'au segment buccal. En entrant dans ce seg- ment, le vaisseau dorsal se divise en deux anses qui se réunissent au- dessous de l'œsophage pour constituer le vaisseau ventral (pi. III, fig. 2-1). Il est aisé de suivre le parcours des vaisseaux sur la Sagitelle vi- vante, surtout si on la soumet à une compression méthodique entre deux lames de verre. L'étude de pareilles préparations ne laisse aucun doute sur l'absence d'un réservoir contractile du vaisseau dorsal, ainsi que sur l'absence d'anses réunissant les deux vaisseaux longitudinaux entre eux. Les parois des vaisseaux semblent être for- mées d'une membrane trcs-fîne et homogène ; leur contenu est un fluide incolore dans lequel on parvient quelquefois à voir de petits corpuscules flottants. On ne réussit que très-rarement îi observer les vaisseaux des Sagi- ' Ray Lankester (E.), A contrUmtiuii to tlie Knoivledge of the lower Annelids {Traiis. of the Linnean Soc. of London, XXVI, p. 3,1869). Tb. 49, fig. 28 et 33 {Chaetogaster dtaphanus]. 24 ULJANIN. telles sur des coupes faites sur des animaux durcis dans des acides. L'étude des quelques coupes transversales sur lesquelles j'ai pu trouver les sections des vaisseaux longitudinaux montre que ces vaisseaux ne sont attachés ni à la paroi du corps, ni à l'intestin par aucun liga- ment et que, de môme que tous les autres organes de la Sagitelle, ils sont enfouis dans le tissu connectif de la cavité préviscérale au moyen duquel ils retiennent leur position dans le corps. ORGANES SEGMENTAIRES. Chez toutes les trois espèces de Sagitelles observées par moi, tous les segments, à l'exception du segment buccal, sont munis d'une paire d'organes segmentaires s'ouvrant à l'extérieur, à l'extrémité postérieure de chaque segment. Chez la Sagitella Koivalemkii, ainsi que chez la Sagitella harhata^ les organes segmentaires de tous les segments, à l'exception du cin- quième, ont la forme de tubes longs, sinués, parcourant le segment dans toute sa longueur, traversant le dissépiment et s'ouvrant dans la chambre du segment antérieur par un orifice oblong,' placé sur le bout intérieur de l'organe (pi. III, fig. 19), La paroi de ces tubes est fme et homogène ; je n'ai pu découvrir dans ces organes de cils vibraliles. Les organes segmentaires du cinquième segment ne ressemblent en rien à ceux que je viens de décrire. Ce sont des tubes beaucoup plus courts et plus larges, un peu sinués et élargis dans leur partie moyenne, ouverts à leurs deux extrémités et garnis à l'intérieur de cils vibratiles longs et produisant un courant vigoureux dirigé vers l'orifice externe de l'organe (pi. IV, fig. 26). Ce sont, évidemment, des organes segmentaires modifiés pour l'évacuation des éléments sexuels à l'extérieur. Chez la Sagitella prœcox, je n'ai pu découvrir qu'une forme d'or- ganes segmentaires, notamment celle représentée par la figure 27 de la planche IV. L'organe segmentaire de cette espèce consiste en un tube très-étroit et se divisant en «trois branches de presque égale lon- gueur, terminées, à ce qu'il paraît, en cul-de-sac. N'ayant aperçu ces orgnncs que sur le dernier des deux exemplaires de la Sagitelle précoce tombés entre mes mains, je n'ai pu, malheureusement, les étudier d'une manière plus suivie. SUR LE GENRE SAGITELLÂ. 2.S ORGANES DE REPRODICTION. DÉVELOPPEMENT. Les Sagitelles sont des animaux hermaphrodites. Chez les exemplaires en pleine maturité sexuelle, tout l'espace libre entre le réseau du tissu connectif de la cavité préviscérale est d'or- dinaire occupé par les œufs et les spermatozoïdes. Les œufs sont de forme oblongue et sont munis chacun d'une vésicule germinative bien distincte. Les spermatozoïdes (pi. I, fig. 8) ont une tête sphéri- que et un filament très-court. Les éléments sexuels sont évacués à l'extérieur paroles organes segmentaires du cinquième segment. Les œufs, après leur sortie du corps delà Sagitelle, semblent ne pas se disperser dans l'eau ambiante, mais être portés quelque temps par l'animal adulte. Cette supposition est faite d'après une observation que j'ai eu la chance de faire lors de mon séjour à Villefranche, au printemps de 1876. Il me tomba une fois sous la main une Sagitella barbata, chez laquelle les élytres lamellaires dorsales du quatrième et du cinquième segment étaient développées à tel point, que les élytres correspondants de chacun de ces deux segments se recouvraient. Ces élytres étaient en outre dis- posés sur les segments, non à plat comme de coutume, mais sur l'un de leurs bords, et il se formait sur le côté dorsal de la Sagitelle une sorte de corbeille remplie d'une dizaine environ d'œufs. Je n'ai eu malheureusement l'occasion d'observer qu'un exemplaire chargé ainsi d'œufs, de sorte que je n'en ai pu que faire une étude très-im- parfaite. Les Sagitelles semblent se développer sans métamorphoses. Durant les mois de février et de mars, j'ai maintes fois eu l'occasion d'ob- server des larves de la Sagitella barbata. Ces larves (pi. II, fig. 14), longues de 0'"™,45 à 0""',92, ressemblent en tout à l'animal adulte. La différence entre ces larves et la Sagitella barbata adulte consiste en ce que tous les élytres de la larve ont encore la forme de coussinets et que les cils rangés sur les bords des capuchoQs du segment buccal ne sont pas encore soudés en lames. Les élytres, comme on le voit sur la figure 15 de la planche II, font leur appa- rition sous la forme de simples renflements de la paroi du corps ; ce n'est que dans les stades ultérieurs que ces renflements se différen- cient en coussinets, pour se transformer encore plus tard en lamelles unies au corps de la Sagitelle, seulement par un lien filiforme. 26 ULJANIN. AFFINITÉS ZOOLOGIQUES DU GENRE SAGITELLÂ. Les données sur l'organisation des Sagitelles, exposées dans les pages précédentes, démontrent suffisamment que le genre établi par M. Wagner doit être classé parmi les Annélides chétopodes. 11 reste à savoir auquel des deux grands embranchements des Chétopodes, aux Oligochètes ou aux Polychètes appartiennent les Sagilelles, et quels sont, parmi les Chétopodes connus, leurs plus proches parents. L'armement des segments, en tout pareil à celui des Oligochètes, l'absence dans la cavité du corps des Sagitelles de planchers muscu- laires divisant cette cavité en chambres longitudinales secondaires, la conformation des organes segmentaires, enfin le mode de dévelop- pement des Sagitelles sans métamorphoses, tout cela forme un en- semble de caractères qui ne permet pas de considérer les Sagitelles comme des Annélides polychètes. Seulement l'appendice tentacu- liforme du segment buccal s'oppose au placement des Sagitelles parmi les Oligochètes. Les élytres qu'on trouve chez les Sagitelles à tous les segments, au nombre d'une ou de deux paires, forment un caractère qui distingue les Sagitelles de tous les Annélides ché- topodes, polychètes et oligochètes. Je ne crois pas que la présence de l'appendice tentaculaire au seg- mentbuccal soit un caractère assez importantpour pouvoir empêcher le classement des Sagitelles parmi les Oligochètes, Je considère aussi le groupe des Sagitelles comme appartenant aux Oligochètes et spé- cialement aux Oligochètes limicoles. La présence des élytres au nombre d'une ou deux paires à tous les segments du corps des Sagitelles est un de leurs caractères les plus saillants. Le nombre toujours pair de ces élytres, leur position aux segments, leur mode de développement enfin, ne laissent point de doute qu'ils ne soient des parapodes transformés en lamelles ou coussinets sessiles. Les Sagitelles sont donc des Oligochètes limicoles chez lesquelles tous les segments sont munis de parapodes ; la grande majorité des segments porte deux paires de parapodes transformés en élytres lamellaires, pareils à ceux des Aphrodites ; un petit nombre de segments, notamment ceux de la partie antérieure du corps (le segment buccal y compris), ne sont munis que d'une paire de parapodes placés sur les côtés des segments et ayant la forme de coussinets. SUR LE GENRE SAGITELLÂ. 27 On chercherait en vain parmi les Oligochètes une place pour le groupe curieux des Sagitelles. Ce groupe, malgré ses affinités évi- dentes avec les Limicoles, reste pour le moment complètement isolé dans le système. Les Sagitelles ne sont pas cependant les seules à porter leurs caractères les plus essentiels. 11 y a déjà plus de vingt- cinq ans que M. Busch décrivit un petit Annélide pélagique sous le nom de Tijphloscolex Mïdleri^, qui, à ce qu'il paraît,a été complètement oublié par les naturalistes et qui est sûrement un être appartenant au môme groupe que les Sagitelles. Je propose de donner à ce groupe le nom de TYPHLOSCOLECIDjE . Les caractères essentiels de ce groupe peuvent être formulés de la manière suivante : « Corps oblong, divisé en un nombre de segments variable ; seg- « ment antérieur ou buccal, muni d'un ou de plusieurs appendices « tentaculiformes et orné de cils ou de lamelles formées de cils « soudés entre eux ; tous les segments du corps (le segment buccal « y compris) portent sur leurs côtés ou une paire d'élytres « en forme de coussinets, ou deux paires d'élytres lamellaires; « S3gment postérieur, ayant à son extrémité postérieure deux la- « melles entre lesquelles est placé l'orifice anal. Une partie ou tous « les segments du corps (à l'exception du segment buccal), armés de « chaque côté d'un petit nombre de soies courtes et en forme d'épines. « Animaux pélagiques. » Les deux genres connus de ce groupe, le Typhloscolex et la Sagi- telle, se distinguent par les caractères suivants : « Typhloscolex, Busch. (1851). — Segment buccal muni de trois ap- « pendices tentaculiformes, portant des élytres en forme de cous- tt sinets au nombre (?)' et orné de beaucoup de longs cils. Tous les « autres segments portent chacun deux paires d'élytres lamellaires « et sont armés chacun de deux paires de soies courtes et en forme « d'épine droite. » — L'unique espèce de ce genre est le Typhlo- « scolex Miilleri, observé par M. Busch à Trieste. (( Sagitella, N. Wagner (IS?'^). — Segment buccal, muni d'un ap- 1 Busch, Beobachtungen iiber Anatomie und Eniwickelung einiger wirbellos en See- thiere, 1851, p. 115, Tf. II, f. 1-6. 28 ULJÂNIN. « pendice tentaculiforme et portant de deux à quatre élytres, en « forme de coussinets et deux boutons vibratiles. Les deux segments « qui font suite au segment buccal sont munis chacun d'une paire (( d'élytres en forme de coussinets. Les élytres de tous les autres (( segments sont lamellaires et au nombre de deux paires. A l'ex- (( ception d'un nombre variable de segments antérieurs, tous les « segments sont armés d'un petit nombre variable de soies courtes <( et en forme d'épines. Animaux hermaphrodites. Les organes seg- « mentaires du cinquième segment transformés en organes pour « l'évacuation des éléments sexuels. Développement sans métamor- « phoses. » Les espèces de ce dernier genre sont les suivantes : « 1 . Sagittella Koivalevskii. — Segment buccal portant sur ses côtés a deux élytres en forme de coussinets. Une paire d'élytres pareils « sur chacun des deux segments qui suivent au segment buccal. Tous <( les autres segments munis de deux paires d'élytres lamellaires. Les « sept segments antérieurs achètes; le huitième segment, armé de « chaque côté d'une soie ; tous les autres segments armés de trois « soies. » — Méditerranée, mer Rouge. « 2c Sagittella barbata. — Segment buccal pourvu de deux capu- « chons charnus (dorsal et ventral) ornés, le long de leurs bords, de (( lamelles longues et sinuées. Deux élytres en forme de coussinets au « segment buccal, ainsi qu'aux deux segments qui le suivent. Tous « les autres segments munis de deux paires d'élytres lamellaires. « Les six segments antérieurs achètes ; le septième et le huitième « segment, armés de chaque côté d'une soie ; tous les autres seg- « ments armés de chaque côté de deux ou de trois soies. » — Médi- terranée. « 3. Sagittella prxcox . — Corps très-élargi dans sa partie anté- « rieure. Segment buccal pareil à celui de la Sagitella barbata. « Quatre élytres en forme de coussinets au segment buccal. A l'ex- « ception du segment qui suit le segment buccal et qui porte de « chaque côté un élytre en forme de coussinet, tous les segments (( munis de deux paires d'élytres lamellaires. Tous les segments, à « l'exception du segment qui suit le segment buccal, et qui est « achète, sont armés de chaque côté de trois soies. » — Naples. Outre ces trois espèces, il en existe encore une observée par SUR LE GENRE SAGITELLA. 29 N. Wagner à Naples et décrite par lui sous le nom de Sayitella Bobrelskil. La description donnée par M. Wagner étant très-impar- faite, il n'est pas possible de se prononcer sur cette espèce douteuse. L'absence complète de soies à tous les segments, la conformation singulière des parapodes répartis sur tous les segments au nombre d'une paire sur chaque segment, l'absence complète d'appendices tentaculiformes au segment buccal, tous ces caractères laissent à présumer que la Sagitella Bobretskii n'est pas une vraie Sagitelle et que probablement elle servira de type pour un troisième genre du groupe des Typbloscolécides. 30i ULJANIN. EXPLICATION DES PLANCHEy. PLANCHE I. FiG. 1. Sagitella Kowalevskii, en s\ii)'ma.tion, FiG. 2, Sagitella harbata, en supination. FiG. 3. Sagitella prœcox, vue de côté. FiG. 4. Extrémité antérieure de la Sagitella barbata, vue de côté. FiG. 5. Segment buccal de la même espèce, vue de côté. Les élytres sont éloignées de la préparation; le segment est un peu comprimé sous la lame de verre. A, ca- puchon ventral ; B, capuchon dorsal; e, orifice de la bouche ; f, œsophage; C, bou- ton vibratile; g, organe en forme deretorte; d, appendice tentaculiforme du seg- ment buccal; k, glandes pyriformes disposées en rosace autour de la base de l'appendice tentaculiforme; i, ganglion cérébral; b, nerf se ramifiant dans le bouton vibratil e; î"', connectifs œsophagiens; i', premier ganglion de la chaîne ventrale; h, vaisseaux sanguins. FiG. 6. Partie antérieure du corps de la Sagitella Kowalevskii, vue de côté. FiG. 7. Coupe transversale de la paroi du corps de la Sagitella Kowalevskii; c, cut- cule; m, muscles annulaires; m^, muscles longitudinaux. FiG. 8. Spermatozoïdes de la Sagitella Kowalevskii. FiG. 9. Amas de protoplasme de la couche hypodermique contenant un nucléus. PLANCHE II. FiG. 10. Coupe transversale du corps de la Sagitella Kowalevskii. d, cavité de l'in- testin; de, épithélium de l'intestin; m, couche musculaire delà paroi de l'intestin; bg, tissu connectif de la cavité préviscérale; vd, vaisseau dorsal; vv, vaissenu ventral; gg, commissures de la chaîne nerveuse ventrale; ml, muscles longitudi- naux ; mb, les quatre champs longitudinaux musculaires. FiG. 11. Coupe transversale de la partie antérieure du corps de la même espèce; oe, cavité de l'œsophage; rfr, couche cellulaire de l'œsophage; oem, couche mus- culaire de l'œsophage; g, ganglion; m, muscles longitudinaux; mb, les quatre champs longitudinaux musculaires. FiG. 12. Coupe transversale à travers le corps de la Sagifella barbata. d, cavité de l'intestin ;rfe, épithélium de l'intestin; m, couche musculaire de l'intestin ; 6(/, tissu connectif de la cavité préviscérale; vd, vaisseau dorsal; vv, vaisseau ventral; g, ganglion ; mb, les quatre champs longitudinaux musculaires. FiG. 13. Extrémité antérieure du corps de la Sagitella Kowalevi^kii ayant le bout an- térieur de l'organe en forine de retortc avancé par l'orifice de la bouche, at, ap- SUR LE GENRE SAGIïELLA. 31 pendice tentaculiforme du segment buccal ; mo, partie musculaire de l'organe en forme de rctorte. FiG. 14. Larve de la Sagitella barbata, vue de côté. FiG. 15. Partie postérieure du corps d'une larve pareille à celle figurée dans la figure précédente à un grossissement plus fort. PLANCHE m. FiG. IC. Coupe longitudinale et verticale de l'extrémité antérieure du corps de la Sagitella Kowalevskii. o,or\iicede la bouche; h, hypoderme fortement épaissi; oe, ca- vité de l'œsophage; ep, épithélium de l'œsophage ; v, cavité de l'intestin ; c, cous sinet sur lequel glisse l'organe en forme de rétorte lorsqu'il est mis en action ; r, organe en forme de retorte ; ge, ganglion cérébral; gi, gii, gw et f/iv, ganglions de la chaîne ventrale. FiG. 17. Fibre musculaire de la couche sous-cutanée longitudinale. FiG. 18. Lamelle du bord de l'un des capuchons charnus du segment buccal de la Sagitella barbata. FiG. 19. Deux segments de la Sagitella Kowalevskii, pour montrer la position des organes segmentaires; a, œufs. FiG. 20. Deux ganglions de la chaîne ventrale isolés (Sagitella Kowalevskii). FiG. 21. Segment buccal de la Sagitella Kowalevskii. el, élytres ; mo, organe en forme de retorte; vd, vaisseau dorsal; vv, arcs réunissant le vaisseau dorsal au vaisseau ventral; vv^, vaisseau ventral. FiG. 22. Deux segments de la Sagitella Kowalevskii, copiés d'après le vivant, pour montrer les cellules diaphanes qui semblent combler l'intestin. PLANCHE IV. FiG. 23. Lamelle caudale de la Sagitella Kowalevskii, pour montrer la distribution des nerfs dans cette lamelle, x, corpuscules pyriformes placés entre les faisceaux de nerfs. FiG. 24. Portion de cette nnême lamelle à un grossissement plus fort, fb, nerfs ; d, corpuscules pyriformes; c, cils placés sur le bord de la lamelle. FiG. 25. Elytre frais de la Sagitella Kowalevskii. z, glandes unicellulaires; k, ter- minaisons des faisceaux par disques; ev, terminaisons des faisceaux en éventail. FiG. 26. Organe segmentaire du cinquième segment de la Sagitella Kowalevskii. FiG. 27. Organe segmentaire de la Sagitella praecox. FiG. 28. Coupe d'un élytre en forme de coussinet du segment buccal de la Sagitella Koivalevskii. 32 ULJANIN. FiG. 29. Coupe transversale du corps d'une larve de Polygordius sp. de Naples. h, hypoderme (ectoderme); m, mésoderme; mj, feuillet externe du mésoderme; Wg, feuillet externe du mésoderme, feuillet dont naissent les planchers muscu- laires. FiG. 30. Lambeau de cuticule de la Sagilella barbata avec l'hypoderme sous-jacent et les muscles sous-cutanés annulaires et longitudinaux, a, muscles annulaires; b, muscles longitudinaux; e, hypoderme. FiG. 31. Terminaison de l'un des faisceaux de filaments de \a. Sagilella Kowalevskii. a, corpuscules de la rangée extérieure; b, corpuscules de moindres dimensions et placés en dedans de la rangée extérieure. FiG. 32. Terminaison du même faisceau vue de profil, a, corpuscules en forme d'ellipsoïde rangés au-dessous des corpuscules sphériques de la rangée extérieure. ANATOMIE COMPARÉE DU SQUELETTE DES STELLÉRIDES PAR LE DOCTEUR VIGUIER. INTRODUCTION. On ne s'est guère servi jusqu'ici dans les différentes classifica- tions du groupe des Stellérides que des caractères fournis par les di- verses productions accessoires qui revêtent la peau de ces animaux, et par ce qu'on peut voir, sans préparation, de leur squelette exté- rieur. L'étude anatomique proprement dite du squelette, tant extérieur qu'intérieur, n'avait pas encore été tentée il y a deux ans, ou du moins rien n'avait été publié sur le sujet, sauf de brèves notes dans des ouvrages plus généraux que j'aurai du reste à mentionner dans l'historique de la question. Il est facile de comprendre pourquoi ce travail n'avait pas encore été entrepris. L'étude complète du squelette entraîne la destruction de l'échantillon, puisque, pour se rendre un compte exact de la forme et de la situation des pièces calcaires qui le 'Constituent, il faut, de toute nécessité, attaquer au moyen de la potasse caustique la peau quelquefois très-dense dans laquelle les ossicules sont plus ou moins enchâssés. Cette attaque doit se faire à froid, car elle serait autrement trop difficile à régler, et le degré de force des solutions alcalines doit varier avec la dureté de la peau. Quand on s'aperçoit que l'action est trop vive, il faut laver la pièce d'abord à l'eau, puisa l'alcool fort pour enlever la potasse et raffermir un peu les tissus. On fait ensuite sé- cher avec précaution, mais sans employer la chaleur. ARCH. DE ZOOr . EXP. ET GÉN. — T. VII- 187K, 3 34 VIGUIER. Il est nécessaire de procéder avec une certaine prudence pour pouvoir dessiner les ossicules aussitôt qu'ils sont dénudés, et avant que la peau soit assez altérée pour qu'ils perdent leurs rapports, ce qui arrive quelquefois brusquement. Un tissu qui avait d'abord paru très-résistant peut en effet se fondre en quelque sorte, avec une grande rapidité, sous l'action de l'alcali. Une ou deux petites la- cunes dans l'ensemble de mes planches sont dues à des accidents de cette nature, portant sur des animaux dont je ne pouvais avoir d'autre échantillon. Si l'on pense maintenant à la difficulté, souvent très-grande, que l'on éprouve à se procurer certaines espèces, et si l'on réfléchit à ce fait incontestable qu'une étude de ce genre ne saurait être con- cluante qu'à la condition de s'adresser à tous, ou du moins à la plupart des types de tout un groupe, on comprendra pourquoi un travail né- cessitant des matériaux si difficiles à réunir n'avait pas encore été entrepris. On n'en sentait pas moins la nécessité de voir si, oui ou non, on pourrait tirer de cette étude des caractères nouveaux et plus précis, pouvant servir à établir anatomiquement la classification du groupe des Stellérides. Aussi mon savant ami et maître M. le professeur Per- rier, qui avait cherché, dès l'année 1869, dans l'étude, avant lui négli- gée, des pédicellaires, de nouveaux éléments de classification, et qui venait d'examiner, dans un important mémoire *, tous les travaux qui avaient paru sur la question, comprenait-il mieux que personne l'importance de recherches entreprises à ce point de vue général, et me proposa-t-il tout d'abord d'en faire le sujet de ma thèse de doc- torat es sciences. Le présent travail a donc été entrepris dans son laboratoire du Muséum dès le mois de mai 4876, et j'allai passer plus d'un mois, en août et septembre, au laboratoire de zoologie expérimentale de M. le professeur de Lacaze-Duthiers, à Roscoff, où je pus étudier les es- pèces qui vivent sur cette côte. J'étais déjà arrivé à des résultats intéressants, lorsque je dus partir brusquement au mois de novembre pour aller passer l'hiver dans l'isthme du Darien, en qualité de médecin d'une commission internationale d'ingénieurs qui cherchaient le point le plus favorable pour un tracé de canal interocéanique. Cette excur- > Révision de la Collection de Slelltlrides du Muséum de Paris [Arch. de zoologie ex- périmenlale, 187&). SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 35 sion, que ne m'avait pas fait entreprendre le seul amour des voyages, mais d'où j'espérais rapporter, visitant un pays relativement nou- veau pour les naturalistes, quelques renseignemenls intéressants, n'a malheureusement pas rendu, vu les conditions difficiles où j'étais placé, tout ce que j'en espérais; et les petites collections que je me suis fait un plaisir, à mon retour, d'offrir aux divers dé- partements du Muséum ne répondaient pas à beaucoup près à la bonne volonté qui les avait fait entreprendre, ni môme aux sacri- fices qu'elles m'avaient coûté. Puis-je espérer qu'on me tienne compte de l'intention ? Quoi qu'il en soit, le présent travail fut interrompu une année entière de novembre 1876 à novembre \811, et pendant ce temps M. Alexandre Agassiz fît paraître un important mémoire K L'auteur nous dit dans sa préface que les planches qu'il donne sont lithographiées depuis plus de douze ans, et que, le temps lui manquant pour finir l'ouvrage suivant le plan initial, il se hâte de les publier, de peur que les tra- vaux des naturalistes européens, qu'il sait maintenant à l'œuvre sur ce sujet, ne leur fassent perdre de leur actualité. J'aurai souvent à revenir sur ce mémoire de M. A. Agassiz, le plus souvent pour confirmer ses vues, mais parfois cependant pour les combattre. Pour le moinent je ferai seulement remarquer que dans ce travail, qui a pour but principal, comme l'indique son nom, la descrij)tion des espèces américaines, il est rarement possible, même après un examen attentif des figures, où le plus souvent on a conservé les par- ties molles et les piquants, de se faire une idée exacte du squelette des animaux représentés ; et si l'on compare mes planches, qui mon- trent toujours le squelette parfaitement dénudé, avec celles de M. Agassiz, on comprendra de suite l'importance de cette observa- tion. En outre, il est à peu près impossible de comparer les dessins d'un type avec ceux d'un autre, au lieu que je m'étais attaché, dès le dé- but de mon travail, à représenter partout les mêmes vues, les mêmes coupes et les mêmes pièces, pour que la comparaison puisse se faire immédiatement. Il ne faut pas oublier toutefois les conditions dans lesquelles a paru le mémoire de M. A. Agassiz, et j'aurais mauvaise » North American Starfishes {Memoirs of thé Muséum of comparative Zoology, Cam- bridge, mars 1877). 36 VIGUIER. grâce à me plaindre qu'il me soit resté quelque chose à glaner 1;\ oîi a passé un des maîtres de la science. C'est certainement avec cet ouvrage que mon travail a le plus d'analogie; plusieurs des espèces représentées par M. Agassiz étaient déjà étudiées et dessinées par moi lors de la publication de son mé- moire ; mais je n'ai pas cru pour cela devoir les supprimer. D'abord on'se|convaincra facilement qu'il est un très-petit nombre de mes des- sins qui fassent double emploi avec les siens, et la disposition exacte des diverses pièces du squelette est toujours plus facile à lire dans les miens ; enfin il était bon de présenter simultanément l'ensemble de mes recherches. J'avais d'abord essayé de représenter, comme on le voit dans le mémoire de Fauteur américain, les systèmes interbrachiaux, qu'il nomme tantôt interhrach'ml arch, tantôt mterÙ7'ac/iial partition ; mais j'avais renoncé bien avant la publication de son travail à ce système de figuration. Il suffit, en effet, de regarder les planches qu'il renferme pour voir combien il est difficile de comparer des dessins de cette sorte. Je ne crois pas non plus que la coupe longitudinale du .bras d'une astérie soit bien utile à considérer. Si l'on en excepte les pre- mières pièces du côté de la bouche, tout le reste n'est qu'une série d'articles se répétant exactement, et diminuant graduellement jus- qu'à l'extrémité du bras. J'ai presque toujours donné une vue latérale des dents et des pre- mières pièces du système ambulacraire ; continuer à représenter cette série jusqu'au bout m'a paru sans intérêt. Je préfère de beaucoup la section transversale d'un bras, que je suis étonné de ne voir dans aucune des planches de M. Agassiz, bien qu'elle ait l'avantage de montrer exactement la forme du bras, ce que ne saurait faire la coupe longitudinale. Beaucoup d'auteurs, M. Gau- dry notamment, ont déjà publié des coupes de ce genre, qu'on ne trouve représentées que par deux petits schémas dans l'ouvrage du savant professeur de Cambridge. J'ai adopté, quant à moi, cette sec- tion transversale, qui, jointe à la section exactement interbrachiale, ou bissectrice de l'angle formé par deux rayons adjacents, me paraît parfaitement suffisante pour donner une idée exacte de la forme de l'animal. Ces coupes, que, pour plus de clarté, j"ai représentées d'une façon schématique, n'en ont pas moins été. comme tous mes des- sins sans exception, esquissées à la chambre claire; et dans les cas où, comme pour la Mithrodia davtgera et la Porania pulvillus, l'état SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 37 du sujet ne me l'a pas permis, j'ai mieux aimé m' abstenir de donner un dessin que d'en composer un, comme cela m'eût été facile, avec les éléments que j'avais en main. La section exactement interbrachiale a pour avantage de mon- trer la forme exacte du sj^stème interbrachial, quand celui-ci existe, et la position de l'odontophore que M. Agassiz mentionne plusieurs fois, mais auquel il n'a évidemment pas attaché une bien grande im- portance. J'aurai à revenir sur ce qu'il en dit; mais pour le moment je constaterai que, tandis qu'il n'a pas jugé utile de donner de figure de ce qu'il nomme ihe basai plate of Ihe interbrachial partition, y aÀ été, dès le début de mes recherches, frappé de la forme spéciale de cette pièce et j'ai pris le soin de la figurer dans trois positions pour les Astéries ambulacraires, dans quatre pour les Astéries adambula- craires. Ces positions exactement correspondantes, étant affectées sur les planches'des mômes signes, sont très-faciles à comparer entre elles et donnent une idée très-juste de cette pièce, à laquelle je suis le premier à attacher une grande importance dans la classification. La vue intérieure, qui montre surtout le système des ligaments, m'a paru inutile dans la plupart des cas, et je ne l'ai employée que pour montrer les deux types de musculature de la bouche dans les deux divisions si distinctes des Astéries ambulacraires et adambula- craires. Quant aux ambulacres dans lesquels j'ai trouvé des rosettes de spicules, à peine mentionnées dans ces derniers temps par M. Teuscher, après que je les avais déjà étudiées moi-même, je me suis borné à figurer deux types bien différents de ces couronnes spicLilaires. Leur variabilité ne permettra guère, je crois, de les uti- liser comme celles des Oursins, dans la classification, d'autant qu'elles n'existent que dans un petit nombre de genres, et je n'ai point voulu compliquer un travail entrepris à ce point de vue spécial. Qu'il me soit permis, en terminant ce rapide exposé, et avant d'es- quisser l'historique de la question, de remercier ici M. le professeur deLacaze-Duthiers du bienveillant accueil que j'ai reçu de lui à son laboratoire de Roscoff, et surtout mon excellent ami Perrier, de la libéralité avec laquelle il a mis à ma disposition tous les doubles dis- ponibles de la belle collection du Muséum, oii il est arrivé, à force de travail, à établir l'ordre, sans lequel toutes ces richesses seraient pour ainsi dire inaccessibles aux travailleurs. 38 VIGUIER. HISTORIQUE. Je ne veux pas donner ici une liste de tous les ouvrages qui se rapportent à la question que je traite. La bibliographie des Stellé- rides a été faite avec beaucoup de soin par M. Perrier, dans le mé- moire que j'ai déjà cité plus haut, et les quelques lacunes qu'on y peut remarquer encore vont être bientôt comblées par un supplé- ment, qui comprendra aussi l'indication de tous les ouvrages nou- veaux parus sur le sujet. Il n'y a, du reste, dans toute cette longue liste, qu'un bien petit nombre de mémoires qui se rapportent au squelette ; et les autres points d'anatomie, l'embryologie, et surtout la description des espèces, forment le sujet du plus grand nombre de ces travaux. Je me bornerai donc, tout en renvoyant au mémoire de M. Per- rier ceux qui désirent étudier la bibliographie complète, à donner à mesure l'indication exacte des ouvrages que j'aurai à citer dans le cours de mon travail. C'est à Aristote que remonte la première notion que nous ayons sur le système tégumentaire des Astéries ; ce n'est, du reste, qu'une simple mention, et, en comparant cette enveloppe à un test, le naturaliste grec n'en donnait pas une idée très-exacte. Pline, qui, sans doute, a observé les Astropecten, si communs dans la Méditerranée, considé- rait la partie supérieure de leur corps comme une peau endurcie, et cette observation ne manque pas de justesse, car, dans ce type, l'en- veloppe cutanée a une importance beaucoup plus grande que les paxilles qui la revêtent. Ce sont là les seules mentions que l'on relève dans les auteurs anciens, et il nous faut arriver jusqu'à Réaumur pour avoir de nouvelles observations. On trouve, en effet, dans YHis- toù'e de l'Académie des sciences de Paris pour 1710, une note de lui intitulée : Observatio de Stellis marinis^ oii, après avoir rappelé les deux auteurs ci-dessus, il ajoute : « La partie inférieure est compo- sée d'une infinité de petites pièces régulières et blanches comme des perles (sans doute les pièces adambulacraires). Ces pièces forment dans chaque rayon un véritable treillage, au milieu duquel sont pla- cées deux rangées de vertèbres (les pièces ambulacraires).» Ce n'est encore là, comme on le voit, qu'une notion bien superficielle ; mais, en 1733, Linck fit paraître |un important ouvrage \ où il donne 1 De Stellis marinis liber singiilaris. Lipsisc, 1733. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 39 de nombreuses figures, dont quelques-unes sont assez reconnais- sablés. Ce travail était surtout entrepris au point de vue de la classi- fication ; malheureusement, Linck attachait une importance beau" coup trop grande au nombre des bras, nombre qu'il considérait comme fixe dans chaque espèce, et sa classification est, par cela même, en grande partie artificielle. On trouve dispersées dans ce mé- moire quelques notions sur les pièces solides ; mais la comparaison du squelette à un treillage ne nous apprend pas grand'chose, et il considère comme des dents les piquants qui arment les pièces buc- cales. Les quelques pièces qu'il figure isolées ne sont que des plaques marginales, des piquants ou des plaques madréporiques. Jamais les téguments ne sont enlevés pour les vues d'ensemble et il ne donne pas de coupes. Dans une note intitulée : Aiiatomia Stellse marinx Holsaticx, et jointe à l'ouvrage de Linck, David Kade fit une étude des pièces com- posant les Astérides et employa à leur égard les dénominations em- pruntées à l'ostéologie des animaux vertébrés ; par exemple, le mot de vertèbres. C'est là que nous trouvons la première mention des ((OS quadrangulaires qui environnent la bouche et forment autour* d'elle un anneau solide». Il distingue aussi le système ambulacraire du reste du squelette et mentionne la plaque madréporique. Linné, dont le Sijstema naturx parut peu après l'ouvrage de Linck, n'apporte pas de notions nouvelles sur le squelette et se borne à la classification. Ellis et Solander^ ne donnent que trois planches, qui se rapportent toutes à VAsterias echinites [Accmthaste?') : face supérieure, face in- férieure, et un bout de bras grossi. On y reconnaît bien l'animal, et l'on y voit même, très-bien indiquée, l'articulation des piquants sur les pièces surélevées; mais ils ne figurent pas de plaques dé- nudées. Comme Linné, Cuvier ne s'est guère occupé, dans son Bègne ani- mal, qui date de 1816, que de la classification des Etoiles de mer, et Lamarck, lui-même % ne s'est occupé que secondairement de l'anatomie de ces animaux. 11 donne cependant des notions nou- velles : (( On ne voit à la bouche des Stellérides, tantôt que cinq co- lonnes granuleuses et angulaires, et tantôt que cinq petites fourches » TheNatural History of Zoophytes. London, 1788. 2 Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. Paris, 1816. 40 VIGUIER. osseuses particulières propres à presser circulairement les corps et les matières dont ces animaux se nourrissent'.» Cette dernière ob- servation se rapporte sans doute à la bouche des Ophiures. Nous trouvons encore^ : « La bouche, située constamment au centre de la face inférieure de l'Astérie, communique presque immédiatement avec l'estomac, qui est fort court. Cette bouche est armée de cinq fourches osseuses qui paraissent agir en se resserrant toutes ensemble sur le centre de l'ouverture. Outre ses fonctions directes et essen- tielles, la bouche sert aussi d'anus, le canal intestinal n'étant qu'un cul-de-sac excessivement court, qu'un estomac assez vaste, augmenté latéralement par cinq paires de caecums allongés et pinnés, qui ac- croissent les moyens digestifs, etc.. Pour donner plus de fermeté à chaque rayon et maintenir les organes intérieurs, la nature, par une sécrétion de matière pierreuse, a produit dans la longueur de chaque rayon un assemblage longitudinal de petites pièces pierreuses, jointes les unes aux autres, et qui forment, par leur disposition, une colonne creusée d'un (?ôté en coulisse. On a donné par une fausse analogie le nom de colonne vertébrale à cet assemblage d'osselets pierreux. Ce n'est cependant point un organe de mouvement, c'est-à-dire destiné à fournir des points d'appui aux muscles. Il ne produit jamais de côtes et ne donne point de gaine à une moelle épinière. Ainsi, cet enchaînement de pièces pierreuses, tout k fait analogue à celui de l'axe articulé et pierreux des Encrines, n'a rien de comparable à la colonne vertébrale des animaux à vertèbres. » J'ai cité en entier ce passage de Lamarck, dont l'importance n'échappera pas au lecteur. On remarquera seulement cette notion du tube digestif à une seule ouverture, observée sans doute dans VAsù'opecten, et faussement gé- néralisée à tout le groupe des Stellérides, et cette assertion, aussi nette que peu fondée, que le système ambulacraire n'est point un organe de mouvement, c'est-à-dire destiné à fournir des points d'ap- pui aux muscles. Cette même année 1816, Tiedemann publia en Allemagne un ou- vrage souvent cité depuis lors *. Le type choisi est VAstropecten au- raniiacus, et c'est surtout l'anatomie des organes internes qui fait la valeur de ce travail. Le nom de vertèbres, donné à tort par Kade aux 1 T. III, p. 2. 8 T. 11, p. 549. 3 Analomie der Rohrenhololhurie der Pomeranzenfarbigen Seesternes und Slein- seeigels. Laudshut, 1810. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. il plaques ambiilacraires, est conservé par Tiedemann ; enfin, c'est lui qui a émis l'opinion, que je discuterai plus loin, sur les fonctions de ce qu'il a appelé le canal du sable. En J 825, Délie Chiaje» donna une bonne section partielle d'un bras d'Astropecien aiirantiacus. On y voit la pièce de soutien ambula- craire très-bien figurée ; on y voit aussi les muscles qui s'insèrent dans les fossettes des pièces ambulacraires et qui ferment le sillon, et les muscles antagonistes qui sont insérés aux apophyses supérieures des mêmes pièces. Il ne s'est pas borné à l'étude de VAstropecten, et il fait remarquer que, dans YAsterias echinophora, où les vertèbres sont plus petites, les pores tentaculaires sont disposés alternativement sur deux rangées, pour que les ampoules aient plus de place. Enfin, il décrit sommairement les pédicellaires, mais sans leur imposer de nom. Konrad^ au milieu de quelques notions assez sommaires sur le squelette des Astéries, introduit une idée nouvelle. Après avoir dis- tingué une portion centrale et des appendices plus ou moins déve- loppés, insisté sur la symétrie de la face ventrale, et établi la distinc- tion entre cette face et la face dorsale, il donne une nomenclature des pièces qui composent VAstropecten (cette nomenclature se retrouve à peu près dans Meckel), et termine en disant que ces diverses pièces se réunissent autour de la bouche pour y former tout à l'entour un os circulaire que l'on doit comparer au crâne des animaux supérieurs, formé comme lui par la confluence de plusieurs os. C'est bien, en effet, dans cet anneau osseux qui entoure la bouche, mais qui n'est point, comme le croyait Konrad, composé de pièces soudées, que se trouve ce qu'on pourrait appeler le centre nerveux de V Astérie, du moins autant que les études actuelles permettent de l'affirmer ; mais la comparaison assez étrange de cet anneau osseux à un crâne de ver- tébré me paraît entrer dans le domaine de ces assimilations à ou- trance et de ces vues d'une philosophie nuageuse pour lesquelles on a si souvent négligé les observations exactes. Dans ces dernières années, M. Niles a fait à la Société d'histoire naturelle de Boston une communication assez singulière sur ce qu'il nomme la céphalisation, ou relation de la tête à la partie postérieure du corps \ Pour lui, on doit ranger tous les animaux suivant leur 1 Memorie sulla sioria degli animali sema vertèbre. Napoli, 2* volume. ' De Asteriarum fabricâ, etc., dissert, inaug. Halae. * Proc. ofthe Boston Soc. of Natural lUstory, vol. XI, p, 288. 42 VIGUIER. degré de céphalisation, même ceux qui n'ont pas de tête, comme les Echinodermes. Je ne saurais croire que les idées de Konrad aient séduit M. Niles, et je me bornerai à regretter que les Comptes rendus de la Société de Boston n'aient pas développé davantage sa théorie, qui, ainsi formulée, ne laisse pas d'avoir une apparence assez bizarre. Avec Meckel\ nous rentrons dans l'étude sérieuse des faits. Le type choisi est toujours VAstropecten aurantiacus. Je discuterai enHemps et lieu les idées de ce savant auteur sur la constitution de la bouche et sur la musculature générale. Pour le moment, je mentionnerai seu- lement sa nomenclature des pièces. Il noraraQ pièce principale ou corps la pièce ambulacraire ; pièce tî^ansuerscde intermédiaire, le soutien am- bulacraire ; pièce latérale inférieure, la marginale inférieure ; pièce la- térale supérieure, la marginale supérieure ; et pièce infériewe, la pièce adambulacraire. Pour lui, deux paires ambulacraires correspondent à une paire marginale; ce rapport-là n'est pas constant, comme il le supposait; enfin, il compare les paxilles du dos aux piquants des pla- ques marginales. On trouve dans les Actes de la Société linnéenne de Bordeaux ® une note de M. Desmoulins, oii, à propos d'ossicules fossiles trouvés dans les terrains tertiaires et crayeux, il ajoute : «Possédant très-peu d'Astéries vivantes, je n'ai pu rechercher que sur une seule espèce, YAsterias rubens, de quelle partie du corps provenaient des osselets semblables. J'en ai retrouvé les analogues, mais beaucoup plus petits, vers l'angle que forment deux rayons à leur base. Il est possible que ces pièces osseuses, plus solides et plus fortes que les autres articula- tions des rayons, remplacent en quelque façon les mâchoires, dont la large bouche des Astéries est dépourvue. Quoi qu'il en soit, et toute proportion gardée, les osselets fossiles que nous trouvons doivent avoir appartenu à des espèces énormes. » Si l'on réfléchit au faible volume des dents dans les Asterias, proportionnellement à ce qu'elles sont dans les Goniastéridées, par exemple," on verra que la conclusion n'est point absolument nécessaire. En outre, on remarque que toutes les pièces fossiles figurées par l'auteur sont des plaques marginales, sans doute (VAstropecten. M. Desmoulins aurait-il été trompé par la forme quadrangulaire de la dent des Asterias? De Blainville^ s'exprime ainsi : a La caractéristique de l'ordre des 1 Meckkl, System der Vergleichende Ânatomie, 1828. 2 T. V, 1832. 3 Manuel d'actinologie, Paris, 1834, p. 233. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 43 Stellérides ne peut guère porter que : 1° sur la nature de la peau, qui est toujours plus ou moins flexible, quoique solidifiée par des pièces calcaires très-diversiformes, et qui, à la face buccale, présen- tent une sorte de disposition vertébrale servant en effet à la locomo- tion-; 2° sur l'absence d'anus au canal intestinal, qui n'est plus qu'un estomac plus ou moins lobé à la circonférence ; 3° sur la terminaison constante des ovaires disposés en rayon à la circonférence de la bouche.» Nous savons déjà ce qu'il faut penser de ces idées; plus loin (p. 237), il ajoute : «Le meilleur caractère que nous ayons en- core trouvé pour distinguer les Astéries est la forme du tuber- cule madréporiforme de leur dos ; tubercule qui est certainement en rapport avec la génération, mais dont nous ignorons encore l'usage spécial. » Je traiterai plus loin cette question. Pour les figures qu'il donne, aucune n'est reconnaissable, et il n'y a pas de coupes. Louis Agassiz, dans son Prodrome d'une Monographie des Ra~ d'mires % dit que les Astéries correspondent aux limites que Lamarck avait assignées aux genres de ce nom établi par Linné dans un sens beaucoup plus étendu. Ce qui les distingue, c'est encore, d'après lui, d'avoir un seul orifice du canal intestinal, entouré de suçoirs, mais dépourvu de dents. Les vues de ce* savant sur l'accroissement du corps par l'angle interradial et sur l'homologation des Astéries aux Oursins seront rappelées en traitant de ces questions. En 4835, M. Sars fit d'intéressantes observations sur le développe- ment de Y kUerias sanguinolenta des côtes de Norwége, et, cette même année, MM. Milne-Edwards et Deshayes commencèrent la publica- tion d'une deuxième édition de Lamarck. W. Sharpey ^ donna en 1839 de très-bons renseignements sur le squelette; quelques-unes de ses vues sont toutefois sujettes à la cri- tique : telles sont, par exemple, la constitution de l'anneau buccal, dont je reparlerai en décrivant la bouche des Asteriads (le type choisi par Sharpey &?>XV Asterias ruhens), et la structure des ossicules, dont je traiterai plus loin. Mais sa description du squelette d'un Asterias est très-bonne, et il est le premier à soupçonner le véritable usage du canal hydrophore. Gray, dans son Synopsis of the Gênera andSpecies of the Class Hypo- 1 Mémoires de la Société des sciences naturelles de Neufchâtel, t. I, p. 190. ^ Article Echinodermala. — Todd's Cyclopœdia. 44 VIGUIER. stoma {Asterias Linnreus) \ et Edw. Forbes ^ se sont surtout occupés de la classification des Astéries et n'ont guère ajouté à la connaissance du squelette. Dans ce dernier travail, Forbes soutient l'idée que le canal hydrophore n'est autre chose que le représentant de la tige des Grinoïdes. L'année d'après, J. Millier et Troschel, qui avaient déjà inséré un mémoire dans les Archiv fur Natm^geschichte de 1840 ^ publièrent leur important Si/sfem der Astenden.Ces ouvrages ont encore pourbut presque exclusif la classification des divers groupes de Stellérides ; toutefois d'utiles notions sur les pièces solides se trouvent dispersées çà et là; enfin on leur doit la constatation de ce fait important que, sauf les genres Astropecten, Luidia et Ctenodiscus, toutes les Astéries possèdent deux ouvertures à leur canal alimentaire. R. Owen * donne une description du squelette d'un Asterias et constate que la bouche est sans dents. Quant au canal hydrophore, il a l'air de partager les idées de Coldstream et de Forbes, mais cite toutefois les opinions de Sars et de W. Sharpey. Koren et Danielsen ^ s'occupèrent un peu du squelette, mais leurs quelques remarques ne portent guère que sur la structure, et non sur l'arrangement des pièces. C'est en 1848 que M. Duvern3y fit paraître un grand mémoire Sur l'analogie de composition et quelques points de roi^ganisation des Ec.hino- dermes ^ On trouve peu de notions anatomiques nouvelles dans ce travail, qui renferme surtout l'exposé des vues théoriques de ce sa- vant. Je rappelerai ces vues, déjà émises auparavant par lui "^ en par- lant de la théorie de la polyzoïcité des Echinodermes, théorie dont Duvernoy est en réalité l'auteur. La traduction de Siebold, publiée en 1849, dans la série des Manuels Roret, par MM. Spring et Lacordaire, résume les travaux parus jusqu'à cette date, et contient sur la plaque madréporique des considérations que j'aurai à examiner plus loin. 1 Annals and Magazine of Natiiral ÎHstory, vol. VI, 1841. 2 Brilish Slarfishes, London, 18^11. 3 Vber die Gatlutigen der Asteriden {Arch. fiir Naturg., t. I, p. 138-328 et 3G7-8). '' Lectures on ihe comparative Anatomy and Physiology of Ihe Inverlebrate Ani- mais, Loudoii, 1843. '•^ Observations siir le Bipinnaria asterigera {Annales des sciences nalitrelles, 3* série, ZooL, t. Vil, 1847, p. 347-3a2). 6 Comptes rendus de V Académie des sciences, 1848. '' Comptes rendus, 15 février 1837. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 45 Le mémoire de Forbes sur les Asteriadœ Found Fossïl in Ihe Britisk Strata renferme un assez grand nombre de descriptions de pièces isolées ; la plupart de ces descriptions se rapportent à des plaques marginales ; toutefois on y trouve des renseignements fort utiles, et il s'applique à démontrer que dans un môme genre les plaques peu- vent être lisses, granuleuses, tuberculeuses, spinifères môme, ou en- core creusées d'alvéoles à pédicellaires. Nous aurons souvent l'occa- sion de constater combien cette observation est fondée. Il convient encore de citer la Zoologie générale de M. Milne-Edwards (1851) et les Eléments de paléontologie d'Alcide d'Orbigny, parus en 1852; puis nous arrivons à la thèse de M. Gaudry\ qui a été soutenue cette même année. Dans ce travail, traité avec beaucoup de philosophie, et qui débute par une bibliographie à peu près complète, M. Gaudry étudie à la fois les Astérides, les Ophiurides et les Euryalides. Il termine par une comparaison de ces divers animaux avec un Echinide. Le plan de l'ouvrage était, on le voit, trop vaste pour comporter des détails bien minutieux ; on y rencontre néanmoins des observations fort intéres- santes ; mais pour ce mémoire, comme pour tous les travaux posté- rieurs, on ne peut plus se contenter d'une analyse rapide ; c'est en traitant de chaque point en particulier que j'aurai à rappeler les vues de chacun de mes devanciers. Leurs idées, mises ainsi en présence des connaissances actuelles, seront saisies plus facilement et l'en- semble de cette étude y gagnera en clarté. Exposons d'abord la constitution du squelette en général ; nous étudierons ensuite plus particulièrement : la plaque ocellaire, le système hydrophore, plaque et canal, les pédicellaires, les ambu- lacres, les systèmes interbrachiaux, et enfin la constitution de la bouche et sa musculature. COMPOSITION ET STRUCTURE DES OSSICULES. Le corps des Astéries renferme une multitude de pièces solides de toute taille, depuis les spicules déliés visibles seulement au micros- cope, jusqu'à des plaques d'une très-grande épaisseur. Il n'y a là, toutefois, qu'une différence de volume, et le mode d'agrégation est à 1 Mémoire sur les pièces solides des Stellérides (Ann. des sciences nat,, 3e série, Zool., t. XVI. 46 VIGUIER. peu près le même dans tous les cas. Ces pièces solides sont de nature calcaire. Les analyses de Hatchctl, cité par Sharpey {Todd's Cyclo- pxdia), et de M. Gaudry (mémoire cité) s'accordent à y reconnaître une faible proportion de phosphate de chaux, unie à une grande quantité de carbonate de chaux. La magnésie, signalée par Valentin dans le test des Oursins, n'existerait pas ici d'après M. Gaudry; enfin les pièces colorées en rouge renferment une faible proportion d'oxyde de fer. Il n'y a pas là les éléments d'un tissu osseux proprement dit et l'examen microscopique ne nous montre pas davantage qu'on doive considérer ces pièces comme des os. Mais je ne vois pas pourquoi M. Duvernoy veut en faire des cartilages ; il n'y a en réalité pas plus les éléments d'un cartilage que ceux d'un os. Ce sont des dépôts cal- caires de nature spéciale et auxquels il convient de conserver le nom d'ossicides sous lequel ils sont généralement connus. W. Sharpey dit que ces pièces calcaires sont de structure homogène, sans cellules ou fibres. L'auteur anglais ne s'était certes pas donné la peine de vérifier cette assertion, qui est reconnue depuis longtemps comme entièrement erronée. Le microscope montre en effet que tous les ossicules sont formés de trabécules calcaires réunis en réseaux anastomosés, et formant une masse poreuse à mailles très-serrées dans les pièces dures, plus lâches au contraire dans celles qui ont besoin de moins de résistance. Des coupes dans de grosses pièces font découvrir une assez grande régularité dans les mailles de ces réseaux, souvent fort élégants. On ne trouve pas là, toutefois, l'admirable structure des baguettes des Cidariens, et les piquants des Stellérides sont composés de branchages calcaires disposés verticalement, et reliés entre eux par des trabécules transversaux, comme on le voit sur les figures de M. Gaudry ^ La matière calcaire est donc très-divisée, et l'on s'explique ainsi fort bien pourquoi les Pentaceros, animaux très-massifs que l'on recueille en abondance dans la mer Rouge, sont employés avec succès par les Egyptiens pour l'amélioration de leurs terres. Ils agissent évidemment comme amendement calcaire, dans un sol qui ne possède pas cet élément en quantité suffisante. C'est du reste là le seul usage économique auquel on ait appliqué jusqu'à présent les ani- maux de cette classe. ^Loc. cit., pi, XII, fig. 1-4. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 47 D'après les observations de Desor *, les pièces du squelette com- mencent à paraître en même temps que les ambulacres, et ont d'a- bord l'aspect d'étoiles calcaires qui s'accroissent graduellement et forment en se réunissant un réseau. A un fort grossissement on remarque dans ce réseau une sorte d'articulation, qui est surtout apparente chez les étoiles calcaires de nouvelle formation et qui ne sont composées que de deux ou trois bâtonnets. A côté de ces étoiles, on remarque encore beaucoup de bâtonnets isolés qui sont enveloppés par une membrane. Il semble donc qu'ils se forment aux dépens des noyaux de cellules, et se groupent ensuite en réseau en vertu d'une attraction particulière. Je partage la manière de voir de Desor, d'autant plus qu'on ren- contre dans l'animal adulte toutes ces formations intermédiaires. On trouve des spicules isolés dans la membrane péritonéale, la paroi des ambulacres, etc., et ces spicules présentent les formes diverses, depuis le simple bâtonnet, jusqu'aux plaques aréolées oîi parfois des traces d'articulation sont encore visibles, comme on le constate aisément dans les spicules de la membrane péritonéale deVAnthenea par exemple. Les mailles de ce réseau calcaire sont occupées par de la matière organique vivante qui travaille incessamment à l'accroissement des pièces ou à leur réparation. L'analogie de structure est trop grande, je crois, pour qu'on puisse employer utilement l'examen microscopique des ossicules dans la classification des types. Les spicules, disposés, dans quelques genres, au fond de la gouttière ambulacraire, le long du nerf, sont d'une forme assez remarquable : ce sont des sortes de prismes quadrangulaires allongés et percés de trous assez fins, mais dans les divers types oii j'ai constaté leur pré- sence, leur apparence était à peu près semblable. Cette structure est du reste presque la même que celle des arceaux calcaires qui donnent au canal hydrophore son apparence de trachée, et qui, eux aussi, diffèrent assez peu dans les divers genres. Les spicules qui se trouvent dans la membrane péritonéale sont au contraire de forme quelquefois très-simple : petits bâtonnets, pièces branchues ou enfin plaques à mailles très-larges. Dans un travail entrepris au point de vue spécial de la recherche de nouveaux moyens de classification, il m'a paru » Ueler die Enltvickelunff dcr Asieriden {Muller''s Archiv fUr Analomie, '1S49, p. 79-83). 48 VIGUIER. inutile de figurer ces diverses formations, qui manquent si souvent. Je reparlerai, en traitant des ambulacres, des spicules que l'on y trouve dans les Goniasterid-e et quelques LmcKiADiE, et dont je donne deux exemples, planche XVI. Passons maintenant à l'arrangement des ossicules, à la forme générale du squelette. SYSTÈME AMBULACRAIRE. Dans toute Astérie, qu'elle soit à deux ou à quatre rangées d'ambu- lacres, on distingue très-nettement à la face ventrale un système de pièces juxtaposées dans toute l'étendue du bras ^ Ces pièces, dispo- sées transversalement et de forme allongée, se correspondent tou- jours fort exactement de chaque côté de la ligne médiane, et di- minuent graduellement de volume de l'origine du bras vers son extrémité. Comme c'est entre ces plaques que sortent les pieds am- bulacraires, elles ont été naturellement nommées ;;*/ècesfl;?z^tiler, SQUELETTE DES STELLÉRÎDES. M Revenons maintenant aux séries ambulacraires. Dans toutes les Astéries à deux rangées d'ambulacres, la forme de la pièce ambulacraire est à peu près la même. Les quelques diffé- rences qu'on y remarque sont fort légères, et portent surtout sur l'épaisseur et la longueur, comme on peut s'en assurer en jetant un coup d'oeil sur les nombreuses figures qui représentent l'extrémité orale de la série ambulacraire dans les différents types. (Sur tous ces dessins, d représente la dent,a(/ la série adambulacraire, et a la série ambulacraire.) Cette pièce est allongée, obscurément parallélipipédi- que dans sa partie supérieure. La face ambulacraire présente en haut une surface lisse et plane, à peu près quadrangulaire. La réunion de toutes ces surfaces forme le fond du sillon ambulacraire. Au-dessus est un petit espace rugueux, uni au moyen d'un ligament à la face correspondante de la pièce opposée. C'est là ce qui constitue l'articu- lation du sillon, et lui permet de s'ouvrir ou de se fermer plus ou moins. L\angle que forment ordinairement ensemble les deux pièces d'une même paire est fort variable, bien qu'il soit généralement plus ouvert dans les Astéries à quatre rangées d'ambulacres, comme le montrent les nombreuses coupes transversales de bras que renferment les planches ; mais jamais elles ne sont assez reployées pour que les ambulacres, mis à l'abri, deviennent incapables de servir d'organes de reptation, comme le dit M. Gaudry^ Une petite apophyse qui s'élève au-dessus de la surface articulaire présente trois faces principales : une lisse qui fait partie de la face dorsale de la pièce ambulacraire, et deux qui servent à des insertions musculaires. Le schéma A, page 70, fait voir la disposition de ces deux muscles, Tun transversal (8), l'autre longitudinal (9), s'insérant à l'apophyse (7). Au-dessous de l'articulation et du petit espace libre mentionné plus haut % on trouve une fossette triangulaire, à côtés courbes et à sommet inférieur : c'est là que s'insère le muscle qui erme le sillon, et qui est de beaucoup le plus puissant du système. Au-dessous de cette fossette, la pièce qui était jusque-là en rapport direct avec ses voisines par des facettes à peu près planes, est comme comprimée latéralement; et une arête vive qui part du sommet du triangle et se prolonge jusqu'à l'extrémité inférieure, divise en deux sa face ambulacraire fort rétrécie. Ces [pièces laissent donc entre » Loc. cit., p. 28. 2 Voir par exemple pi. VIII, fig, 6 (en supposant le dessin renversé dans la situa- tion ordinaire de l'animal). S2 VIGUIER. elles, à ce niveau, une série de trous de conjugaison par lesquels passent les ambulacres. Sur le point d'atteindre les pièces adambulacraires correspon- dantes, l'extrémité amincie de la pièce ambulacraire se dilate un peu, puis se rétrécit brusquement en un bord tranchant dirigé trans- versalement au sens du bras, en laissant de chaque coté deux petites fossettes que l'on peut voir sur les différentes coupes, et oii s'insèrent des muscles verticaux qui relient entre elles les pièces correspondantes des deux séries '. La face dorsale ou viscérale est arrondie et lisse et se prolonge supérieurement par la petite apophyse dont il a été parlé plus haut. Cette face est en rapport avec lesvésicules des ambulacres. Quant à la pièce adambulacraire, elle est très-simple, parfois cubique, d'autres fois beaucoup moins épaisse dans le sens longitudinal du bras, et ordinairement échancrée, mais d'une façon très- variable, à son arête inféro-interne, qui porte des piquants plus ou moins dé- veloppés et parfois est creusée d'alvéoles à pédicellaires, tandis que les pièces ambulacraires n'en supportent jamais. Outre les muscles verticaux que j'ai déjà mentionnés et qui la relient aux plaques ambulacraires correspondantes, chaque pièce adambulacraire est unie à ses voisines de série par un muscle longitudinal qui s'insère sur toute la face correspondante. Des trousseaux de fibres d'un blanc nacré les relient en outre au squelette général, comme ils réunissent entre elles les diverses pièces qui composent ce squelette, en laissant seulement des passages pour les pores. Cette membrane, fibreuse et coriace, renferme néanmoins quel- ques éléments musculaires; elle est irritable et se contracte lentement lorsqu'on la pique avec la pointe d'un scalpel, comme l'avait déjà vu Sharpey, et comme je l'ai constaté moi-même sur YAsten'as glacialis à Roscoff. Ces mouvements-là ne sont néanmoins que fort peu importants, et cette membrane n'intervient guère, dans les changements de forme, que par son élasticité. Les mouvements actifs sont dus aux muscles de la gouttière ambulacraire, déjà vus par Meckel, qui toutefois n'a pas remarqué le muscle longitudinal supérieur ^ Cette omission s'explique par ce fait que, dans le type qu'il étu- diait, V Astropecten aurantiacus, ce système de muscles est peu appa- ' Voir pi. VIII, fig. 1, V, et dans toutes les coupes à la place correspondante, - Voir 9, schéma A, p. 70. SQUELETTE DES STELLERIDES. 53 rent. L'apophyse ambulacraire, devenue verticale, s'est un peu déve- loppée en aile, et ne peut plus glisser sur la pièce voisine, à laquelle la relie un muscle très-court qui s'insère sur le bord de l'aile. C'est à ces dispositions et à la liaison intime de leurs plaques marginales, que les Astropeclen et les Luidia doivent d'avoir leurs bras presque rigides, et de se rencontrer presque toujours absolument plats dans les collections. Je ferai remarquer qu'on ne voit pas non plus figurer ces muscles longitudinaux sur les planches et schémas de M. Agassiz, où les muscles transversaux supérieurs sont au contraire bien repré- sentés. Ainsi que nous venons de le voir, les muscles sont, pour chaque article du système ambulacraire, non pas au nombre de huit, comme le croyait Meckel, mais de dix, savoir: 1° quatre muscles verticaux, deux de chaque côté, qui relient les pièces ambulacraires aux pièces adambulacraires correspondantes; 2" quatre muscles longitudinaux. deux de chaque côté : un supérieur entre les apophyses des pièces ambulacraires, l'autre inférieur entre les pièces adambulacraires; 3" enfin, deux muscles transversaux, supérieur et inférieur, qui tous deux relient les deux pièces ambulacraires d'une même paire, l'un au- dessus et l'autre au-dessous de leur articulation. On a dit peu de chose du jeu de ces divers muscles, et il me paraît utile d'examiner ici leur mode d'action. Les muscles verticaux sont petits et ne servent guère qu'à maintenir en rapport les pièces auxquelles ils s'insèrent. Les muscles longitudinaux supérieurs s'insè-rent, comme nous l'avons vu, aux petites apophyses qui surmontent les pièces ambulacraires. Ces apophyses ne sont point exactement verticales ; mais, couchées les unes sur les autres à la manière des tuiles d'un toit, elles peuvent donc sous l'action de ces muscles exécuter des mouvements de glis- sement et la résultante de cette action est le relèvement des bras en une courbe à concavité supérieure, l'animal étant situé dans la posi- tion normale. Dans ce mouvement il est évident que les pièces ambu- lacraires d'une même série sont plus rapprochées à leur extrémité supérieure qu'à leur extrémité inférieure, et que les pièces adambu- lacraires d'une même série s'écartent les unes des autres. Les muscles longitudinaux inférieurs sont donc les antagonistes de ceux du système précédent; mais leur mode d'insertion le plus sou- vent perpendiculaire aux larges surfaces qu'ils relient, en même temps qu'il assure la solidité du système, ne lui permet pas de mouve" 54 VIGUIER. ments fort étendus. Ici, du reste, ces mouvements ne sont pas bien nécessaires ; Fincurvation du bras en bas, c'est-à-dire en une courbe à concavité inférieure, qui est en réalité un des mouvements les plus utiles à l'animal, puisque c'est celui qui lui permet de se fixer sur sa proie, ce mouvement, dis-je, est principalement déterminé par les ambulacres qui, en allant se fixer aux objets extérieurs, y moulent en quelque sorte la forme du bras. La principale fonction des muscles longitudinaux inférieurs est donc de relier entre elles les pièces des séries adambulacraires, et accessoirement d'infléchir le bras en bas, lorsque les deux séries d'un bras se contractent simultanément. Si une de ces séries se contracte seule, il y aura torsion du bras dans le plan horizontal. Le muscle longitudinal supérieur de la même moitié du rayon coopère sans doute un peu à ce mouvement, mais il ne saurait avoir, à cause de son rapprochement de la ligne médiane, qu'une action beaucoup plus faible. Les muscles t?rinsve)'sauxsupch'ieu)'s,remp\\s?>ani, comme nous l'avons vu, l'espèce de gouttière formée par les apophyses ambulacraires, au- dessus de l'articulation, sont insérés fort près du point d'appui, et par conséquent le mouvement d'ouverture du sillon, qu'ils déterminent, ne saurait être très-puissant. Aussi faut-il remarquer que le rétablis- sement dans sa forme normale du bras fermé est dû en grande partie à l'élasticité de la peau. Les muscles transversaux inférieurs s'insèrent dans les fossettes triangulaires dont j'ai parlé plus haut, et leur volume plus considé- rable, et surtout leur distance au point d'articulation des pièces à mouvoir les rendent, de beaucoup , les plus puissants du sys- tème. Il était du reste nécessaire qu'il en fût ainsi, puisqu'ils ont, pour fermer le sillon, à vaincre l'élasticité de la membrane fibreuse du dos. Comme c'est en fermant ce sillon et en entre-croisant ainsi les épines qui bordent les pièces adambulacraires que l'animal met à l'abri ses ambulacres qu'il rétracte en même temps, on voit que ce mouvement est des plus importants, et qu'il était nécessaire qu'il pût s'accomplir avec force et promptitude. L'amplitude des mouvements que peuvent déterminer tous ces muscles dépend de leur longueur, et, par suite, de l'écartement et des dimensions des pièces ambulacraires et adambulacraires. Elle est aussi subordonnée à la rigidité plus ou moins grande du squelette général. Aussi voyons-nous les systèmes ambulacraires très-considé- SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 55 râbles relativement chez les Eghinasterid.-e \ où le squelette est formé de pièces réticulées fort légères et oti il n'existe pas de plaques mar- ginales, et nous voyons ^ que les pièces adambulacraires d'une même série laissent entre elles des espaces relativement fort grands, pour les muscles longitudinaux inférieurs. Ces pièces adambulacraires sont au contraire très-serrées les unes contre les autres, chez les Astro- PECTiNiD.E^, 011 le bras doit à ses rangées de plaques marginales une rigidité presque absolue. Quant aux muscles transversaux, supérieur et inférieur, ils subissent très-peu de variations, et cela-se conçoit aisé- ment, puisque l'ouverture et la fermeture du sillon sont des mouve- ments aussi importants, quel que soit le type qu'on envisage. Les muscles, tels que nous venons de les décrire, existent tout le long du bras parfaitement semblables ; la seule différence qu'on remarque est la puissance plus grande des muscles de la première paire ambulacraire, puissance en rapport avec les dimensions plus considérables des pièces à mouvoir. Quant à la musculature si remar- quable de la bouche, que l'on ne trouve décrite dans aucun auteur, nous verrons plus loin qu'elle forme un système absolument distinct. Si nous examinons maintenant les Astéries à quatre rangées d'am- bulacres, nous allons constater que la différence de forme des pièces n'a rien changé aux dispositions de l'ensemble. Ici les pièces ambulacraires * sont devenues fort étroites; ce sont des sortes de lames, repliées sur elles-mêmes et laissant entre elles non plus une, mais deux séries de trous de conjugaison. Ces pores ambulacraires alternent entre eux non-seulement dans chaque moitié du sillon, mais encore d'un côté à l'autre de la ligne médiane ; et cela dans toute la longueur du bras, sauf près de la bouche, où cet arran- gement devient assez irrégulier^ La forme des pièces est telle, que le bord de chacune de ces ouvertures est comme évasé en entonnoir. Les pièces d'une même paire forment entre elles un angle très- ouvert et la face intérieure des bras est souvent constituée presque en entier par le sillon. Quant à l'apophyse supérieure, elle est fort amin- cie et très-allongée dans le sens transversal ^ 1 Voir pi. VII, fig. 4. î Voir pi. VII. fig. 2. 3 Voir pi. XV, fig. 2 et 8. » Voir pi. V, fig. 2 et 10. •^ Voir pi. V, fig. 10. ^ Voir 7, schéma E, p. 76, ne viGuiER. Les plaques adambulacraires sont devenues, elles aussi, excessive- ment minces ; mais rien n'est changé au plan d'ensemble, et la mus- culature est en somme absolument semblable. Naturellement les muscles sont beaucoup plus petits ; mais leur plus grand nombre compense cette infériorité et l'effet reste le môme. La seule remarque à faire, c'est que les fossettes d'insertion du muscle transversal inférieur, qui sont ici fort petites, sont devenues à peu près verticales, mais en môme temps plus rapprochées de la ligne médiane à cause du dédoublement de la ligne des pores. Il y a là deux conditions qui tendent, l'une à diminuer, l'autre à augmenter la puissance relative du muscle, et dont les effets se contre-balancent à peu près. Les muscles présentent donc la même disposition et le même mode d'action que dans les Astéries à deux rangées d'ambu- lacres, au moins dans toute la longueur du bras, car nous verrons plus loin que des changements assez notables se sont produits dans la musculature de la bouche K Après avoir lu la description que je viens d'en faire, on compren- dra aisément que des pièces tellement semblables dans chacune des deux grandes divisions du groupe des Stellérides ne puissent pas nous fournir des caractères de familles ou de genres. Nous serons donc obligés de chercher ailleurs d'autres moyens de classification. C'est à ce point de vue que je vais examiner les différences que présentent dans les divers types : d'abord, la plaque ocellaire; puis, la plaque madréporique, qu'on a voulu quelquefois employer dans ladiagnose; enfin, les pédicellaires, les ambulacres et le squelette calcaire qu'ils présentent dans quelques genres, et les systèmes in- terbrachiaux. Je terminerai cette élude générale par l'examen approfondi de l'appareil buccal et de sa musculature, dans les deux types si diffé- rents des Astéries ambulacraires et des Astéries adambulacraires, et la comparaison de cette bouche avec celle de différents types d'Echi- nodermes. Nous passerons ensuite à la description des genres. PLAQUE OCELLAIRE. Chez toutes les Astéries, on remarque à l'extrémité du bras une plaque impaire, située dans l'axe même de ce bras, à surface supé- • Voir schéma E, p. 7G. . SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 57 rieure arrondie, et creusée en dessous d'une rainure qui continue le sillon ambulacraire. C'est k l'extrémité de cette plaque, ou dans la rainure inférieure, suivant les différents auteurs, que se trouve l'or- gane de vision auquel se rend le nerf du bras, et qui a été signalé par divers auteurs et décrit avec détails par HseckeP, Mettenheimer^ et S. Jourdain^. Ces divers savants ne sont, du reste, pas très d'accord dans leurs descriptions de cet organe, et la figure que donne M. G.-O. Sars*^ de l'organe sensoriel du Brisinga en diffère grande- ment. Enfin, M. R. Greef % qui a étudié VAsterias rubens, le Solaster papposus et VAs(7'opecten aurantiacm, aurait vu dans ces animaux le nerf du bras quitter le sillon avant d'arriver à son extrémité, sa branche inférieure seule s'étendant jusqu'à l'œil. Il est donc possible qu'il y ait des dispositions diverses dans les différents types. Je n'ai point, au reste, à m'occuper de cette ques- tion dans le présent travail et ne parlerai que de la plaque à laquelle on est convenu de donner le nom d'ocellaire. Cette plaque, désignée sur toutes mes figures par les lettres oc, at- teint un développement considérable dans lafamille des Astropecti- NID.E ^ Généralement, ses dimensions sont beaucoup plus faibles, et quelquefois très-petites'^, comparativement aux dimensions de l'ani- mal. La forme subit aussi des variations fassez grandes : globuleuse, en général, dans les Asterias^, étroite et allongée dans les Sulaste- RiNAc^ élargie dans les Astropectinid.e, etc. Enfin, dans ce genre si curieux des Brisinga, elle présente, d'après l'ouvrage cité de M.Sars (pi. II, fig. 5 et 6), une apparence tout à fait remarquable. Dans quelques cas, les caractères que fournit cette pièce seront donc utiles à consulter, d'autant plus qu'ils sont assez faciles à voir sur l'animal intact. Mais, bien souvent, on constate une ressemblance absolue entre les plaques ocellaires dans des types très-différents, ou, au contraire, des différences assez remarquables dans des espèces très-voisines. Je crois donc qu'on doit toujours subordonner les ca- 1 Zeit. Zool, X. 2 Abhandlung d. Senkenb. Gesellschaft, III {Arch. anat. phys., 1862). * Comptes rendus de l'Ac. des sciences, 1865, p. 104. * Researches on the structure and affinity ofihe genus Brisinga. Christiania, 1875. ^ Ueher den Bau der Echinodermen (S. B, Gesell. Marh,, nov. 1871). 6 Voir pi. XV, lig. 1, 9 et 14. 7 Voir pi. XI, fig. 4. 8 Voir pi. V, fig. 1. 9 Voir pi. VIII, fig. 1 et 8. 58 VIGUIËR. ractères fournis par cette plaque à ceux que donnent les. pièces de l'appareil buccal. On admet généralement aujourd'hui que c'est en arrière de cette plaque terminale que se produisent les pièces nouvelles qui s'ajou- tent incessamment au bras pendant l'accroissement de l'animal ; et cette opinion paraît plus rationnelle que celle admise par M. L. Agas- siz au début de ses travaux sur les Echinodermes, et qui voulait que l'accroissement se produisît par la naissance de nouvelles pièces dans les angles interradiaux. Toutefois, comme je n'ai pas pu jusqu'à pré- sent faire moi-même des observations sur ce sujet, je ne me permet- trai pas de trancher la question d'une façon absolue, et je renverrai aux remarques que je fais à ce propos dans la description de l'An- tlienea. PLAQUE MADRÉPORIQUB ET CANAL HYDROPHORE. Sur le dos de toutes les Astéries, on remarque une plaque calcaire d'une nature spéciale, située toujours excentriquement, sur la ligne de séparation de deux rayons, mais dont la distance au centre du disque varie dans des limites assez étendues. Parfois on en voit plu- sieurs, mais il y en a toujours au moins une ; et les anciens auteurs qui avaient émis une opinion contraire, avaient été induits en erreur par ce fait que parfois, chez les Astropecten, et surtout chez les Lm'dla, elle est cachée par les piquants étalés des pièces du dos. Elle peut porter elle-même, dans certaines espèces, des piquants diversement disposés, qui la dissimulent parfois presque entièrement. C'est sans doute pourquoi elle a quelquefois échappé à des observateurs très- exacts. Cette plaque, que l'on appelle madréporique à cause des plis qui sillonnent sa surface, est caractéristique des Astéries, comme le dit très-bien de Blainville '. On en retrouve l'analogue chez les Ophiures, à la face ventrale, tout près de la bouche, dans l'angle formé par deux mâchoires, et chez les Oursins près du pôle apical. De la partie interne de cette plaque part un canal légèrement flexueux et à apparence de trachée, qui suit le bord oral du système interbrachial, quand celui-ci existe (ce bord est même parfois creusé pour lui d'une sorte de gouttière), et, en tous cas, est maintenu dans • Manuel d'aclinolugie, p. 237. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 39 un repli de la membrane interbrachiale, qui lui forme une sorte de mésentère. Ce canal se rétrécit beaucoup à son extrémité inférieure et débouche dans l'anneau vasculaire circumbuccal, entre les deux dents de la paire correspondante à l'aire interbrachiale où la plaque madréporique est située. Ce rapport est absolument constant, quel que soit le type que l'on examine. Selon Tiedemann, qui fut le premier à en parler \ ce canal, auquel il a donné le nom ào. canal du sable, serait destiné à fournir la sub- stance calcaire nécessaire au squelette des Astéries. Cette explication n'est pas satisfaisante, surtout maintenant que nous avons vu la ma- tière calcaire apparaître dans les noyaux mômes des cellules. Aussi, l'opinion de Tiedemann ne tarda-t-elle pas à être combattue; mais, par une singulière fortune, le nom de canal du sable, dont tout le monde reconnaît la fausseté, est resté jusqu'ici dans la science, grâce à l'incertitude que l'on conservait sur les véritables fonctions de cet organe. Ehrenberg- fit observer que ce canal ne contient pas de la matière calcaire amorphe, mais qu'elle est organisée et percée de trous ayant l'apparence de mailles. Il compara même la structure de cet organe avec le tissu caverneux à mailles irrégulières du pénis. Cette remarque s'apphquerait assez bien à la partie supérieure du ca- nal chez VOjj/tidiaster pyramidatus. Pour de Blainville, la plaque madréporique était certainement en rapport avec la génération. L. Agassiz, Millier et Troschel étaient de cet avis, que M. Gaudry semble aussi partager; du reste, ce dernier auteur croyait encore que l'existence de la plaque n'était point abso- lument constante. Sharpey ^ soupçonna la véritable fonction du canal du sable ; mais Forbes ^ combattit l'opinion que la plaque madrépo- rique fait partie du système aquifère, et ne voulut voir dans le canal du sable que l'analogue de la tige des crinoïdes. Le docteur Cold- stream, cité par Owen^, était du môme avis; mais, comme le fait remarquer Owen, il résulte des observations de M. Sars, et les re- cherches subséquentes n'ont fait que les confirmer, que les Astéries ne sont jamais fixées à aucune époque de leur existence. 1 Loc. cil., p. 54. - Muller's Archiv, 18B4, p. 380. 3 Art. Echinodermata (Todd's Cyclopœdia). '* British Starfishes. s Loc. cit. CO VIGUIER. M. Jourdain* s'appliqua à démontrer que plaque et canal n'étaient bien que la voie par oh entre l'eau extérieure dans le système aqui- fère. Toutefois, M. Milne-Edwards, dans ses savantes Leçons sur la physiologie et Vanatomie comparée^, déclare encore leurs usages in- connus. Mais les travaux de iMM. Greff et Hoffmann ^ n'ont fait que confirmer ceux de M. Jourdain. On trouve, du reste, dans le Manuel cVanatomie comparée de Gegen- baui"*, un schéma qui représente le système aquifère d'une Astérie, et je ne puis que renvoyer à la description qu'il en donne. Je nommerai donc désormais, avec M. Jourdain, le canal du sable du nom plus rationnel de tube ou canal hydrophore. Ce tube a ses parois maintenues écartées par une série d'arceaux calcaires qui lui donnent l'air d'une trachée. Ces arceaux sont percés de mailles très-fmes. Sur la paroi interne du tube s'élève une lame qui règne dans toute sa longueur, et se divise en deux feuillets qui s'écartent et s'enroulent sur eux-mêmes, comme on le voit dans l'ou- vrage de M. Lovén^ C'est ce qui donne au canal hydrophore l'aspect d'un canon de fusil doublet L'extrémité ; inférieure du tube dé- bouche, comme nous l'avons dit, dans l'anneau vasculaire buccal. Quant à l'extrémité supérieure qui aboutit à la plaque madréporique, elle est percée de plusieurs orifices conduisant dans des canaux rayon- nants et ramifiés creusés horizontalement dans la table externe de cette plaque, et correspondant exactement aux cannelures de la sur- face. La voûte de ces canaux est percée de part en part par un grand nombre de canalicules dirigés perpendiculairement à la plaque, et dont les embouchures sont visibles au fond des sillons de celle-ci''. On voit fort bien cette disposition sur la ligure 270 de l'ouvrage de M. Lovén, qui représente la plaque de VAste^-las glacialis. Chez les Asteriadse, la plaque est formée par une grosse pièce creuse, dont la partie supérieure est seule creusée de sillons. Dans l'autre type d'As- téries, c'est généralement une simple lame d'une épaisseur variable, reposant sur les pièces du squelette dorsal, qui lui forment souvent 1 Comptes rendus de l'Âcad. des sciences, 18G7, p. 1003. 2 T. X, 1872, p. 132. ' C.-K. Hoffmann, Zur Anatomle der Asleriden {Niederl. Afch. fiir Zoologie, t. IX). '» Traduction Vogt, 1874, p. 313. 5 Etudes sur les Echinoïdés, pi. LUI, fig. 272. « Voir pi. VI, fig. 9 c/i. "^ S. Jourdain, loc. cil. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 61 une sorte de cadre. Toutefois, dans le Palmipes, nous retrouvons une plaque creuse, comme dans VAsterias. Chez les Heliaster, la plaque est toujours composée d'un assez grand nombre de pièces creuses ' juxtaposées, et qui communiquent toutes directement avec le canal hydrophore. Quel que soit le nombre de ces pièces, le canal est tou- jours simple-. J'ai donc été fort surpris de lire dans les Comptes ren- dus'-^ une note de M. Giard, où il déclare avoir rencontré deux canaux du sable aboutissant à une plaque madréporique unique, mais formée par la soudure de deux plaques., chez Wisterias rubens. Je désirerais bien savoir quels étaient les rapports de ces deux ca- naux ; et je regrette que l'auteur, occupé à tirer de ce fait des dé- ductions philosophiques, n'ait pas cru devoir entrer dans quelques détails à ce sujet. Quant à moi, je n'ai jamais rencontré deux canaux du sable allant à une même plaque, quel que soit le nombre des pièces qui la constituent. En outre, j'ai toujours vu dans le genre Asterias la plaque simple. J'ai pourtant examiné des exemplaires à six bras 6.' As- terias rubens, glaclalis, tenuispinus, borealis, polaris, gracilis, gelatinosa, et même dix échantillons d' Asterias calamaria ayant de neuf à douze bras. Cette dernière espèce possède parfois, ainsi que V Asterias poly- plax, un nombre variable de plaques, plus ou moins irrégulière- ment disposées ; mais ces plaques sont simples; la seule apparence de plaque divisée que cite M. Perrier chez un Asterias calamaria, tient sans doute à quelque accident,' car partout ailleurs j'ai constaté que les plaques sont simples chez les Asterias. Dans les Heliaster, oîi elles sont composées d'un nombre variable de pièces, il n'y a qu'une plaque, quel que soit le nombre des bras, et le canal est unique. Je suis persuadé que dans ces Asterias h plusieurs plaques, comme je l'ai constaté dans VAcanthaster echinites et dans la Linckia diplax, à chaque plaque correspond un canal hydrophore unique et affectant toujours les mêmes rapports. Dans V Ophidiaster pyramidatus, oii le développement de la plaque madréporique est énorme \ le canal hydrophore est encore simple, seulement il se dilate en entonnoir à sa partie supérieure pour venir s'appliquer à toute la surface inférieure de la plaque madréporique. i Voir pi. VI, fig. 4, m. 2 /d., fig. 9,ch. 3 19 novembre 1877. 4 Voir pi, IX, Rg. 1, m. t}2 VIGUIER. Au point où le canal se dilate, il perd son apparence de trachée \ et sa cavité est remplie par des branchages entrelacés qui aiïectent une position verticale, et justiUent assez bien la comparaison d'Ehren- berg. Je ne saurais donc regarder le fait cité par M. Giard que comme tout à fait exceptionnel, et me défendre encore de quelques doutes à son sujet. Ainsi que je l'ai déjà dit plus haut, l'examen microscopique des arceaux du canal hydrophore ne me paraît pas devoir fournir de ca- ractères utiles pour la classification. Les plaques madréporiques peu- vent certainement rendre plus de services ; mais, si le mode de stria- tion de la plaque paraît au premier abord conforme dans une même famille, nous le voyons cependant affecter des dispositions différentes dans un même genre. C'est ainsi que dans VAstropecten subinermis (M. T.) la plaque est ronde et les plis presque droits rayonnent du centre ; dans VAstropecten lndicus[{sY>. n., E. P.) la plaque est circulaire, légèrement déprimée, et les plis, au lieu d'être rayonnants, sont presque parallèles, comme on le voit dans le Ctenodiscus ^; dans un Astropecten sans nom d'espèce, provenant des îles Sandwich, la pla- que est presque granuleuse, et le contour est irrégulier; enfin 3, elle peut être munie de digitations très-marquées. Voilà pour la forme et la striation. Quant aux dimensions, si l'on compare la petite plaque de VOphkliaster ophidianus avec la plaque très-développée de YOphi- diaster pyramidatus^ on verra qu'elles ne fournissent pas de renseigne- ments plus sûrs. L'examen de la plaque madréporique ne peut donc donner aussi que des signes d'une importance très-secondaire. PÉDICELLAIRES ET AMBULACRES. Dans sa thèse, intitulée Recherches sur les ■pédicellaires et les ambu- lacres des Astéries et des Oursins (Paris, 1869), M. Perrier a montré l'im- portance que peuvent avoir les premiers de ces organes dans la clas- sification des Astéries, et comment ils différencient eux aussi fort nettement les deux groupes d'Astéries à deux et à quatre rangées » Voir pi. IX, fig. 7, ch. * Voir pi. XV, fig. l!,,m. 3 /d., fig. I, m. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 63 d'ambulacres. Tout ce que je dirai sur ces organes, dans la descrip- tion des genres, sera emprunté à son travail : mais le fait même que les pédicellaires manquent assez fréquemment prouve qu'on doit subordonner les caractères qu'ils fournissent à ceux que donnent des pièces dont la forme est variable avec les divers types tandis que leur présence est absolument constante, comme nous le verrons pour les pièces de la bouche. M. Perrier, qui s'est longuement étendu dans ce travail sur les ambulacres des Oursins, et surtout sur les pièces calcaires qu'ils ren- ferment, a dit peu de chose des ambulacres des Astéries. Ces organes, dont la forme et la musculature même sont assez bien connues depuis longtemps, peuvent!! présenter trois où quatre types différents; mais il ne paraît à première vue y en avoir que deux. Les ambulacres se composent de deux parties : une extérieure, tubuleuse, Vambulacre proprement dit, qui sort par les pores ambn- lacraires ; l'autre intérieure, en forme de poche, le plus souvent pro- fondément divisée en deux parties, et que l'on nomme la vésicule amhulacraire . Ces vésicules, situées sur la face viscérale des pièces ambulacraires, sont en rapport, comme nous l'avons vu, avec le sys- tème hydrophore. Le tube ambulacraire contient deux systèmes de fibres musculaires, les unes annulaires, les autres longitudinales, situées'en dedans de la membrane résistante qui constitue la charpente !de ^l'ambulacre, et se termine ordinairement par une ventouse qui présente des fibres musculaires rayonnées. L'existence de cette ventouse n'est pas constante, et l'on sait depuis longtemps que dans les AsTROPECTiNiD^ les ambulacres sont coniques. Il paraît toutefois que l'extrémité terminale de ce cône peut rentrer en dedans, et constituer alors le fond d'une sorte de ventouse, qui se forme à ce moment, et permet à l'animal de se servir de ses ambula- cres comme les autres astéries. Je n'ai pas été à même de vérifier cette assertion. Quoi qu'il en soit, ces ambulacres pointus paraissent jus- qu'ici spéciaux à la famille des AsTROPECTiNiDiE, et ils suffiraient déjà pour en faire écarter les Archaster et les Chœtaster. Dans toutes les autres Astéries, qu'elles soient à deux ou à quatre rangées d'ambulacres, ces organes sont armés de ventouses ; mais on n'y avait pas signalé jusqu'ici l'existence de spicules cal- caires. 64 VIGUIER. Toutefois, une figure de M. Teuscher ^ montre ces spicules chez rop/iidiaster ophidianus dans une coupe verticale de l'ambulacre ; mais l'auteur n'en parle pas dans son texte. J . Millier ^ dit qu'il n'a trouvé aucune trace de squelette calcaire dans les pieds et en particulier dans leurs extrémités. — Les types étudiés par lui sont VAsteracunthïon i'uOens,YAstropecten,\esSolasler papposus et endeca, YAsteriscus verruculatus, la Luidia Savignii et V Astrogonium cuspidatum. Je ne puis que confirmer l'exactitude de ses résultats, et sans doute avait-il paru suffisamment démontré que les spicules faisaient toujours défaut, puisqu'on ne s'en est plus occupé. Toutefois, si nous examinons un Ophidiaster ou une Linckia, nous verrons sur le bord de la ventouse un cercle de spicules plats et aréo- les disposés sur une seule ligne ^ Le tube ne contient pas de spicules. Voilà un troisième type d'ambulacres. Nous en trouvons un quatrième dans les Pentaceros ou les Culcita par exemple. Ici la ventouse est garnie d'une couronne large et épaisse, composée d'un grand nombre de spicules tabulaires et aréoles, dis- posés toujours à plat *. D'autres spicules plus simples, branchus ou en forme de bâtonnets, sont épars sur cette couronne, et on en voit aussi quelques-uns en dedans et en dehors. Le tube contient des spicules simples, droits ou lé- gèrement branchus, disposés transversalement, et qui deviennent très- rares en approchant delà ventouse. Cesspicules, assez irréguHèrement disposés, limitent cependant sur un côté une avenue assez large, qui va en se rétrécissant un peu de la base du tube à la ventouse, et sur les côtés de laquelle ils sont plus rapprochés que dans le reste du tube. Cette disposition se voit fort bien sur le Pentaceros muricatus par exemple. Nous avons donc ici un quatrième type d'ambulacre. La comparaison de ce dernier type avec les ambulacres des Oursins présenteun grand intérêt. Onne peut malheureusementpastirer,comme dans ces animaux, des caractères de classification, de l'étude de ces corpuscules calcaires. Ainsi, on les voit dans les 0/9/«'(//as^er, mais je n'ai pu les retrouver dans les Scytaster qui leur sont si voisins ; ils existent 1 Beitrœge zur Anatomie der Echinodermen [Jenaisch Zeitschrift, t. X, pi. XVII, fig. 8. 2 Bemerkungen uber die Métamorphose der Seeigel (MUller's Archiv, 1848, p. 119). 3 Voir pi. XVI, fig. « et 10. 4 kl, fig. 9 <'tll. SQUELETTE DES STELLÉHIDES. 65 dans les Linckia, mais non dans les Chœtaster; enfin, dans la seule tribu où leur présence soit constante, celle des GoMAsrEtii!\.E, les cou- ronnes peuvent être ou simples coirime celles de la Linckia dans le Goniodiscus, ou extrêmement compliquées comme dans la Culcita, et cependant la forme des spicules et même leur dimensions chan- gent peu. Enfin tantôt il existe des spicules dans le tuJDe et tantôt ils y font complètement défaut. On ne pourra donc tirer que des caractères fort accessoires de cet examen. Aussi me suis-je borné à donner deux exemples de ces cou- ronnes de spicules : un très-simple, l'autre très-compliqué, à un gros- sissement uniforme de cent vingt diamètres'. Il m'a paru sans intérêt de figurer les spicules du tube, non plus que ceux qui se rencontrent parfois, très-clairsemés, dans la paroi des vésicules ambulacraires. SYSTÈMES INTERBRACHIAUX. Dans les Astéries adambulacraires, la division des bras, quelque ac- centuée qu'elle soit, ne va jamais jusqu'à la bouche ; il existe donc un espace interbrachial ou ai7'c interhrachiale. Cet espace est assez fréquemment divisé par une véritable muraille d'ossicules, disposée verticalement entre les faces dorsale et ventrale, et faisant parfois saillie à leur surface ^. Cette muraille s'avance généralement jusqu'à l'odontophore ; mais souvent elle est loin d'être complète, et parfois limitée à l'angle de réunion des deux faces. Dans un grand nombre de cas, elle se réduit à une simple ligne d'ossicules allant de la face dorsale à l'odon- tophore. Enfin elle peut faire complètement défaut. Je désignerai sous le nom général de systèmes into' brachiaux ces séries variables de pièces, qui sont uniformément affectées de la lettre /sur les nom- breuses sections interbrachiales que renferment mes planches, t.e sont en effet des systèmes spéciaux ; l'arrangement des plaques du dos et du ventre ne subit le plus souvent aucune modification à leur niveau, et on ne saurait guère les considérer, en fait, comme un prolongement de l'enveloppe des bras, au moins dans les Astéries adambulacraires. Je ne saurais donc partager l'opinion de M. Gaudry, 1 Voir pi. XVI, fig. JO et 11. 2 Voir pi. XI, fig. i et 2, et pi. XII, fig. 2. ARCH. DE znni.. r,\p. f.t okn. — t. v:!, I-?"S. 5 ' 66 VIGUIER. qui du reste ne fait guère que les mentionner et paraît les avoir peu vus. M. Al. Agassiz, qui les nomme tantôt mterbrachial arcli, tantôt interbrachial partition, les a figurés chez quelques types dans son der- nier mémoire * ; mais les vues perspectives qu'il donne de ces systè- mes, encore revêtus de leurs parties molles, ne permettent pas de les comparer facilement entre eux. Lorsque le système interbrachial forme une muraille complète, la forme du corps ne saurait varier dans des limites bien étendues ; mais lorsqu'il n'existe qu'une ligne verticale d'ossicules, celle-ci peut se replier sur elle-même de façon à permettre des changements d'épais- seur très-considérables, comme dans les Culcita; nous allons voir que des muscles spéciaux sont alors chargés de rapprocher les deux faces du corps, lorsqu'il a été distendu. Les systèmes interbrachiaux fournissent par leur absence ou leur présence, et dans ce cas par leurs diverses formes, de bons caractères de classification ; on verra cependant qu'il y a quelques réserves à faire ; en outre, le fait de leur absence dans des familles très-différen- tes entre elles ne permet pas de compter absolument sur eux. Dans les Astéries ambulacraires, il n'y a pas à proprement pa rler d'aire interbrachiale ; les brassont divisés jusqu'à la bouche, et les piè- ces qui se trouvent exactement entre deux bras, dans l'intérieur du dis- que, peuvent être considérées comme la continuation des parois des bras^ Gela est surtout apparent chez les Heliaster, où les bras sont soudés sur une grande longueur^; toutefois dans les Pycnopodia, oh le sque- lette est si raréfié, la cloison interbrachiale est constituée principa- lement par la peau, et il n'y a dans cette cloison que quelques ossi- cules qui forment une rangée sur la face ventrale,et viennent s'appuyer sur l'odontophore. Après avoir parlé successivement des diverses parties du squelette qui sont susceptibles de fournir des caractères accessoires, je vais exposer maintenant le plan de la bouche, et décrire les différentes pièces qui entrent dans sa composition et qui fournissent les caractè- res principaux pour la détermination des familles. 1 Norlh American Slarfislies.- 2 Voir pi. V, fig. 3. ■' Voir pi. VI, fig. G, 7 ol 8, SQUELETTE DES STELLÏ^IRIDES. 67 BOUCHE. La bouche des Astéries n'a pas été décrite d'une façon un peu éten- due depuis Meckel \ Le type choisi par lui était VAsfropecten auran- tiacus ; aussi a-t-il compliqué sa description de tout ce qui se rap- porte aux pièces marginales et aux soutiens ambulacraires, qu'il regardait sans doute comme fort importants, et dont je ne veux pas m'occuper ici, puisque ce ne sont pas des pièces qui se retrouvent dans tous les types. En remplaçant les termes dont il se servait par ceux de la nomen- clature actuelle, voici sa description : « Près de la bouche les pièces ambulacraires deviennent plus courtes de l'axe vers les bords latéraux, plus longues de haut en bas, et plus étroites de dehors en dedans. Les apophyses dont elles sont garnies en avant et en arrière sont plus imparfaites. Elles se rapprochent davantage les unes des autres. La pièce la plus interne s'épaissit subitement de dehors en dedans et parvient à surpasser au moins trois fois les pièces précédentes dans le sens de cette dimension.» Et plus loin : « Les quatre pièces de soutien situées le plus en dedans semblent remplacées par une pièce considé- rable, unique, située en avant et un peu sur le côté de la première pièce ambulacraire. En effet, tout à fait au-dessous de la base de deux rayons on trouve entre les vertèbres les plus internes une grosse pièce mobile en forme d'un Y, qui peut être considérée sans contredit comme la réuion des quatre pièces de soutien les plus internes. On pourrait, à la vérité, la regarder comme une analogue des pièces marginales inférieures également les plus internes; mais la première opinion paraît la plus juste, parce que les soutiens ambulacraires man- quent tout à fait, et que cette pièce en forme d'Y n'atteint pas la sur- face et ne porte pas d'épine mobile. Les pièces adambulacraires deviennent très-étroites à partir du cinquième article ; elles changent leur direction, jusque-là transversale en une oblique; de sorte qu'elles forment de dehors en dedans, avec l'axe du rayon, un angle très-obli- que. La dernière s'applique dans toute sa longueur contre la pièce du même nom du rayon voisin ^ » La fin de cette description est bonne, comme on peut s'en assurer > Loc. cit. ^ Traduction Hiester et Sanson, t. II, p. 2C. 68 VIGUIER. en regardant le type de Meckel \ On remarquera seulement que l'ap- parence delà dent chez V Astropecten étant très-semblable à celle d'une pièce adambulacraire ordinaire, Meckel n'a pas l'ait attention qu'elle en représente en réalité deux. Avec d'autres types, un Pentaceros par exemple, il ne fût pas sans doute tombé dans cette erreur. Quant à l'odontophore, qu'on reconnaît dans sa pièce en Y, bien que sa forme soit en réalité assez différente -, si l'on admet qu'il soit formé par la coalescence de quatre soutiens, ce qui ne ferait encore pas son volume, comment expliquerait-on sa présence dans les types nombreux où les soutiens n'existent pas? Faut- il donc admettre qu'un organe important et permanent soit produit par la coalescence de pièces qui ne se rencontrent que fort rarement ? Pour la bouche des Astéries ambulacraires on ne trouve de descrip- tion que dans W. Sharpey ', que j'ai déjà cité plus haut, et qui se fait une idée assez peu exacte de la bouche d'un Asterias. « Les pièces calcaires forment inférieurement un anneau autour de la bouche, et une série de segments transversaux, placés en ligne le long du plan- cher de chaque rayon. Le premier de ces segments est relié avec l'an- neau ; ils décroissent en volume en approchant de l'extrémité du bras, et laissent entre eux des ouvertures pour le passage des pieds. Dans Y Asterias rubens, qui a cinq rayons, l'anneau central est formé de dix grosses pièces et de cinq plus petites. Les premières sont disposées en paires opposées au commencement des rayons ; les dernières cor- respondent aux angles entre les rayons. » Il est évident qu'ici Sharpey a pris pour une seule pièce la réunion des deux dents, et rien dans sa description ne peut faire soupçonner la présence de l'odontophore. M. Gaudry s'est peu étendu sur ce sujet; « chaque moitié de seg- ment (de rayon) estformée de tronçons. Ces tronçons sont sensiblement les mêmes depuis la bouche jusqu'à l'extrémité des bras; seulement, contre la bouche, les deux ou trois premiers se soudent pour former une base résistante ; les tronçons suivants ne diffèrent entre eux que par la dimension, qui décroît progressivement de la bouche aux extrémités \ » > Voir ])1. XV, fig. 2. 2 Voir pi. XV, fig. !i 3 Art. Echinodermaln, loc. cit. '* Loc. cit., p. 17. SQUELIiTTE DES STELLÉIUDES. G9 M. A. Agassiz est beaucoup plus explicite : « Dans les Astéries pentagonales, les plaques qui forment ce qu'on nomme les mâchoires, sont de grosses plaques interambulacraires qui s'étendent au loin vers le centre de la bouche, où elles se ren- contrent presque pour former, avec les papilles, ce qu'on appelle les mâchoires et les dents des Astéries ^ « Dans toutes les Astéries pentagonales, le fait que les pièces mâchoires sont simplement les plaques interambulacraires du dernier segment, modifiées, est très-apparent; de même aussi que les plaques interbrachiales qui forment la base de l'arc interbrachial sont seule- ment une partie modifiée des plaques interambulacraires, formée par la soudure des parties latérales internes des plaques interambula- craires opposées qui font partie du segment des mâchoires ^. « Dans aucun autre genre d'Astéries, nous ne trouvons une aussi grande simplicité de structure de l'anneau buccal, que dans VAstro- pecfen et la Luidia. Ordinairement, les plaques ambulacraires et interambulacraires des bras ne diffèrent pas d'une manière essen- tielle, excepte à l'anneau buccal formé, dans la plupart des Astéries, par une modification du dernier segment, assez considérable pour rendre quelque peu difficile de retracer l'homologie de ces parties. Ce dernier segment est très-simple dans VAstropecten, n'étant que légèrement modifié et différent des autres principalement en lon- gueur. L'homologie que j'ai cherché à établir pour les mâchoires peut donc être vue, là, dans sa forme la plus simple ^. » M. Agassiz admet donc, comme Meckel, que la dent de VAstro- pecten, si semblable à une pièce adambulacraire, n'en est qu'une légèrement modifiée, et il généralise de là à tout le groupe. Nous verrons en réalité que, pas plus dans V Astropecten qu'ailleurs, la dent ne représente une pièce unique, mais toujours deux pièces au moins. Quant à la bouche des Asteriad.e, M. Agassiz n'en dit rien de spécial, mais le fait môme qu'il rapproche le Solasfer papposus du P>/cnopodia, prouve qu'il n'en avait pas fait une étude aussi appro- fondie que du Pentacei^os. Dans l'ouvrage de M. Sars sur le Bris'mga, on trouve une homolo- ' North American Star fishes, [). 110. « Ici., p. 109. ■' !d., p 118. FiG. A. — Bouche du P^ntaceros hirritus, vue en dessus, le dos enlevé. Les parties molle sont été enlevées à deux paires de dents, et l'odontopliore à l'une d'entre elles, pour mieux faire voir leurs rapports. 1 . Les dents formées par les deux premières pièces adambulacraires, et limitant avec : 2. La première pièce ambulacraire, due aussi à la coalescence de deux pièces, lo premier orifice ambulacraire, 3, dans lequel s'engage l'apophyse correspon- dante de l'odontophore, 4. 5. Apophyse en aile où s'insèrent les muscles adducteur et abducteur. 6. Pièce ambulacraire normale. 7. Son apophyse supérieure. 8. Muscle transversal supérieur, ourranl le sillon. 9. Muscle longitudinal supérieur. 10. Muscle de la série 8, mais ayant ici un plus grand développement. 11. Muscle abducteur des dents. 12. Muscle adducteur des dents. 13. Ligaments croisés qui le recouvrent, et qui ont été coupés en 12 pour laisser voir ses insertions. 14. Muscle interdentaire. 15. Muscle dorso-vcntral écarté pour laisser voir 16, le canal hydrophore, accolé îi la face orale du système interbrachial, 17. SQUELETTE DES STELLÉRIDES- 71 galion de la bouche de cet animal avec celle du Solaster endeca D'après les planches de M. Sars, malgré ses deux rangées d'ambu- lacres, le Dràinga a la bouche construite sur le plan de celle des AsTERiADiE; l'homologation, possible^avec le Solaster, comme nous allons le voir, aurait donc été plus directe avec un Asterias. Mais on voit, par sa description, que M. Sars n'a pas reconnu l'existence de deux types nets et distincts dans la bouche des Astéries. En réalité, les bouches de tous ces animaux, non-seulement peu- vent être rapportées à un de ces deux types, mais les différences qu'elles présentent ne portent que sur les dimensions relatives des pièces et non sur leur disposition. Il n'y a donc rien de plus constant, malgré des apparences diverses, que la structure de la bouche dans chacune de ces deux divisions; et nous allons voir que ces deux types se laissent parfaitement homologuer entre eux. FiG. B. — Une paire de dents, vue du centre de la bouche (les chiffres ont la même valeur que ci-dessus). 18. Surface par où la première pièce ambulacraire est en rapport avec la pièce correspondante de l'autre côté du sillon. 10'. Surfacejd'insertion du]|muscle 10. Sur les schémas A-G, qui représentent les pièces du squelette, j'ai figuré aussi les muscles, que je décrirai à mesure, et dont on ne trouve pas la disposition indiquée par les auteurs. Commençons par la bouche, un peu plus compliquée, du type à deux rangées d'ambulacres. Le schéma A représente la bouche d'un Pertaceros tiirritus vue par sa face supérieure, ou interne, le dos de l'arimal étant enlevé. Sur une des paires de dents, les parties molles son', enlevées et l'odontophore conservé pour bien montrer sa posi- tion; sur l'autre paire, outre les parties molles, j'ai enlevé aussi l'odontophore, pour mieux laisser voir la forme des dents. Pour 7^2 VIGUIEU. avoir une idée plus parfaite de la forme de l'odontophore, on peut se reporter à la figure li (pi. XII), qui représente celui du Pentaceros muricatus, espèce très-voisine, dans quatre positions différentes. Le FiG. G. — Dents de deux paires voisines, vues du centre de la bouche (les chiffres ont toujours la même valeur). schéma D représente trois dents voisines, dans leur situation nor- male, vues du côté de la bouche ; enfin, pour mieux montrer leur rapports, les schémas Bet G représentent : le premier, deux dents.de FiG. D. — Trois dents voisines dans leurs rapports normaux (mêmes chiffres que ci-dessus). 19. Premier muscle transversal inférieur, fermant le sillon. 20. Première pièce adambulacraire normale. la même paire; le second, deux dents de deux paires voisines sup- posées vues du centre même de la bouche, c'est-à-dire exactement le face. Sur tous ces schémas, les mêmes numéros désignent les mên:es choses, pour rendre la description plus facile. La composition du bras, telle que nous l'avons vue, ne varie pas jusqu'à la bouche; mais là nous trouvons un cercle formé de dix grosses pièces que l'on appelle" les mâchoires, et qui sont d'une a];pa- SQUELKTTK DES STELLÊHIDHS. TA rencc tout à fait spéciale. Leurs homologies sont toutefois assez faciles à établir. Chacune de ces dix pièces est en efTet percée d'un trou (3), par lequel passe souvent un ambulacre, et, par une macé- ration prolongée dans la potasse, se partage en deux, suivant une ligne qui passe à travers ce trou ambulacraire. On a ainsi deux pièces distinctes : l'une la dent (1) et l'autre qu'on peut appeler le support de la dent (2). Cette dernière, fort large et épaisse en haut, est comme bifurquée inférieurement; la branche du côté oral, qui est la plus épaisse, est fort courte, tandis que l'autre, qui est un peu plus grêle, descend au même niveau que les pièces ambulacraires du bras. La partie supérieure, très-épaisse, comme nous l'avons vu, s'unit à son homologue de l'autre côté du sillon, de la même manière que deux pièces ambulacraires d'une même paire. Seulement, les pièces étant plus hautes, cette articulation est un peu plus élevée que la ligne des articulations homologues du même bras. Il est bien évi- dent aussi que le muscle (10), qui n'est en réalité qu'un muscle de la série (8), doit-être beaucoup plus puissant pour mettre en mouve- ment des pièces d'une dimension aussi considérable. La dent, qui forme la paroi inférieure du trou ambulacraire, se compose de deux parties faciles à distinguer : l'une, la dent propre- ment dite, qui s'avance dans l'intérieur de la bouche comme un coin, et dont la forme est très-facile à voir sur les divers schémas et sur les planches; l'autre, qu'on peut nommer la branche montante, et qui se réunit à la branche orale du support de la dent. Cette branche porte à son côté oral une apophyse en forme d'aile (5) qui se projette plus ou moins loin dans rintérieur de la bouche. A cette apophyse, on peut reconnaître deux faces, l'une ambulacraire, tournée vers son homologue de l'autre côté du sillon ambulacraire du même bras, l'autre interambulacraire ou interbrachiale, tournée vers son homo- logue de la même paire de dents. Sur chacune de ces deux faces s'insère un muscle spécial; mais ces insertions n'ont pas lieu au même niveau. C'est à la partie supérieure et ambulacraire de l'apo- physe que s'insère le muscle que je nommerai abducteur (11), puis- qu'il écarte les dents d'une même paire. C'est au contraire à la moitié inférieure de la face interambulacraire que s'attache le muscle (12) qui rapproche l'une de l'autre les dents d'une même paire, et que, pour cette raison, je nommerai muscle adducteur. La puissance de ces deux muscles abducteur et adducteur est sensiblement la même . Ils forment tout autour de la bouche un anneau complet, interrompu 74 VIGUIER. seulement par les apophyses d'insertion, et, en se contractant simul- tanément, ils ferment l'entrée de cette ouverture. 11 faut remarquer que les pièces (1) et (2) sont intimement unies, et d'une façon abso- lument rigide, de sorte que les mouvements ont lieu comme si elles ne constituaient en réalité qu'une seule pièce. Les mouvements dé- terminés par le muscle (10) se passent presque entièrement autour de l'articulation longitudinale qu'il recouvre, et son antagoniste est le muscle (19). Quant aux mouvements que déterminent les muscles abducteurs (H) et adducteurs (12), ils consistent en des mouve- ments de bascule de la totalité des mâchoires avec l'odontophore comme centre. Vodontop/iore (4) est une pièce impaire, située exac- tement sur la ligne qui sépare deux bras contigus, et qui est divisée en deux moitiés symétriques par un plan vertical passant par cette ligne. Cette pièce est toujours unique, et ne manque jamais; on ne saurait la comparer en rien aux pièces du système interbrachial, qui souvent font entièrement défaut, qui, quand elles existent, ne pré- sentent entre elles qu'une similitude dans la disposition d'ensemble, et varient en réalité de forme et de grosseur, non-seulement dans deux animaux de la môme espèce, mais dans deux aires interbra- chiales d'un même animal. L'odontophore est, lui, absolument sem- blable deïorme et de dimensions dans les cinq angles buccaux, comme les mâchoires elles-mêmes. C'est donc une pièce spéciale, qu'il con- vient de distinguer avec soin. Je reviendrai tout à l'heure sur ses homologies. L'odontophore est généralement armé de deux apophyses plus ou moins saillantes, comme on peut le voir sur les diverses figures. Ces apophyses s'engagent dans les trous ambulacraires (3), et les deux dents d'une même paire peuvent ainsi osciller dans des limites plus ou moins étendues, suivant les dimensions relatives du corps et des apophyses de l'odontophore. Elles sont assujetties à cette pièce par des ligaments qui s'attachent, d'une part sur les apophyses de l'odon- tophore, et d'autre part au pourtour des trous correspondants. Les mouvements sont, comme nous l'avons dit, principalement déter- minés par le muscle abducteur (il) et le muscle adducteur (12), qui s'insèrent aux apophyses aliformes; un ligament croisé (13), qui s'at- tache directement au-dessous des insertions de ce dernier muscle, et qui va se perdre à la face supérieure du côté ventral, et sur les côtés du système interbrachial, assujettit l'odontophore et l'empêche de se déplacer pendant les mouvements des mâchoires. Ce ligament SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 75 a été coupé (12) pour laisser voir la totalité du muscle. 11 existe un autre muscle auxiliaire de celui-ci, et qui s'attache aux deux sur- laces en rapport des dents d'une même paire (14). Ce muscle est recouvert d'un ligament assez résistant. Je le nommerai, à cause de sa situation, muscle interdentaire. Les mouvements d'adduction se- raient donc plus forts que ceux d'abduction, s'il n'existait aussi un muscle auxiliaire du muscle abducteur (11). Ce muscle auxiliaire (19) n'est autre qu'un de ceux de la série des transversaux inférieurs, qui a pris un développement en rapport avec le volume des pièces à mouvoir. Pour terminer l'étude de la musculature, il ne nous reste plus qu'à parler des muscles dorso-vent7'aux (15). Ces muscles, qui n'ont été conservés qu'à une paire de dents, sont aussi au nombre de dix. Ce sont des faisceaux assez grêles et à peu près cylindriques, qui s'in- sèrent inférieurement sur les mâchoires, en avant du trou ambula- craire, et se portent verticalement en haut jusqu'à la face inférieure du dos, où ils n'ont pas de point d'attache bien déterminé, et se per- dent dans les fibres entrelacées de la peau. D'après leurs insertions, ces muscles ne peuvent qu'effectuer le rapprochement des deux faces du corps, lorsque celles-ci ont été distendues d'une façon passive par les corps ingérés, et sans doute ce mouvement a pour but de per- mettre à l'animal de se débarrasser des substances inutiles à l'ali- mentation, comme par exemple le test des mollusques dont il fait le plus ordinairement sa proie. Pendant leur contraction, l'arc inter- brachial se replie sur lui-même; toutefois, lorsque le système inter- brachial forme une muraille complète, ces mouvements ne sauraient avoir qu'une étendue assez limitée. Sur la figure A, les muscles dorso-ventraux ont été un peu écartés pour bien laisser voir les rapports du canal hydrophore, qui suit tou- jours la face orale du système interbrachial, quand celui-ci existe, et occupe en tous cas une position correspondante. Il débouche, comme nous l'avons dit, dans l'anneau buccal en passant sur le côté oral du muscle adducteur (12). L'anneau vasculaire repose dans la gouttière circulaire formée tout autour de la bouche par le bord inférieur des apophyses aliformes et la face supérieure des dents ; c'est aussi au bord de cette gouttière que s'attache la membrane fibreuse qui ferme horizontalement cette large ouverture, et au centre de laquelle se trouve l'orifice d'entrée de l'appareil digestif. Si nous examinons maintenant la bouche d'une Astérie à quatre 1(\ VIGUIKK. rangées d'ambulacres, soit VAsterias glaclalk (schéma E), nous allons trouver des modifications assez importantes dans la forme des pièces. Pour faciliter la comparaison avec le type précédent, la vue E cor- respond à la vue A, et les schémas F et G respectivement aux schémas B'etC. Pour toutes ces figures, les mômes numéros désignent les mêmes pièces. PiG. E. — Bouche de VAsterias glacialis, vue en dessus, le dos enlevé (les numéros ont la même signification que dans les schémas précédents). En regardant la paire où les mâchoires sont dénudées et l'odonto- phore enlevé, on voit tout de suite que la grande différence d'aspect des deux types débouches est due à ce que, àa.ns VAsterias, le sup- port de la dent (2) s'est développé considérablement dans le sens longitudinal du bras, et fait saillie à l'intérieur de la bouche, tandis que la dent elle-même (1), qui, dans le Pentaceros, arrivait presque à fermer l'orifice buccal, est très-réduite, complètement tronquée du côté oral, et plus écartée du centre de la bouche que son support lui-môme. Dans dépareilles conditions, il est évident que les mouve- SQUELKTTE DES STELLERIDES. 77 ments des mâchoires sont devenus beaucoup moins importants; aussi voyons-nous l'odontophore (-4), au lieu d'être, comme dans le type précédent, armé de deux apophyses, autour desquelles peuvent osciller les mâchoires, se composer seulement d'une grosse masse FiG. F. — Une paire de dentSj vue exactement du centre de la bouche (mêmes chiffres que ci-dessus). taillée en coin à sa face inférieure et enfoncée entre les deux dents qui reposent par de larges surfaces sur les deux plans obliques de ce coin. Deux larges fossettes, que l'on voit à la face inférieure de tous les odontophores de ce type^ servent à Tinsertion d'un ligament très- FiG. G. — Dents de deux paires voisines, vues du centre de la bouche (toujours mêmes chiffres). fort qui réunit chacune de ces moitiés à la dent correspondante. 11 faut voir, pour la forme de l'odontophore, la planche V, fig. 3, 12 et 14, et pour la position relative des dents et de l'odontophore, la planche V, fig. 6. Il faut toutefois remarquer que, dans cette der- nière figure, l'odontophore est un peu trop enfoncé entre les dents, qui sont normalement moins [écartées. Ce rapport est plus exactement indiqué sur le schéma F, où les parties molles maintenaient mieux l'union des pièces. 1 Voir pi. V ol VI. 78 VIGUIER. Il esl évident, d'après la forme et la position relative des dents et de rodontophore chez VAsteinas, que celui-ci n'a plus guère pour fonctions que de consolider le cercle formé par les mâchoires. Aussi les apophyses aliformes auxquelles s'insèrent, dans le premier type, les muscles spéciaux les plus puissants de la bouche, ont-elles ici complètement disparu. Il n'en est pourtant pas de même des muscles que nous retrouvons (voyez H et 12) s'insérant toujours sur la pièce (1), mais ici simplement sur les bords presque droits de cette pièce. On peut voir aussi le muscle interdentaire (14) extrêmement réduit; enfin, là comme dans l'autre type, le premier muscle trans- versal inférieur, qui s'insère sur la pièce (2) et qui est masqué sur le schéma G par le muscle (II) s'attachant, lui, à la pièce (1), peut être considéré comme l'auxiliaire de ce muscle (II). Quant au muscle dorso-ventral (15) (schéma A), il est désormais sans usage, et on n'en trouve pas de trace dans VAsterias, où les deux faces de l'animal sont maintenues à une distance à peu près invariable par la muraille interbrachiale*. Nous avons donc, comme dans le Pentaceros, vingt muscles dis- posés en cercle autour de la bouche, ou vingt-cinq en comptant les muscles (10), qui sont indirectement adducteurs des dents; mais ici la forme de la bouche varie peu, et tout cet appareil musculaire n'a plus guère d'autres fonctions que de maintenir en rapport les pièces calcaires qui constituent le cercle oral. Toutefois, il est, comme nous venons de le faire voir, parfaitement homologue, comme le sont ces pièces elles-mêmes. Comment faut-il comprendre maintenant la constitution de celles- ci? Si, comme Meckel et M. Agassiz, on ne voit dans les mâchoires que les pièces modifiées du dernier segment, je ne sais trop comment on pourra expliquer la présence de ce trou (3), par lequel on voit, le plus souvent, passer un ambulacre. Cette explication devient au con- traire des plus aisées, si l'on admet avec nous que chaque mâchoire est constituée par quatre pièces soudées deux à deux : deux ambula- craires et deux adambulacraires, les premières formant le support de la dent, et les dernières la dent elle-même. Elles limitent à elles quatre un pore ambulacraire, comme cela se voit tout le long du bras, et, en réalité, rien n'est changé au plan général. Il faut toutefois convenir qu'en même temps qu'elles !5ubissent 1 Voir ?, pi. V, fig-. 3. SQUELETTE DES STELLÉRTDES. 79 cette sorte de coalescence, ces pièces ont éprouvé de grandes modifi- cations dans leur forme, surtout dans le type à deux rangées d'am- bulacres, oi^i l'on voit se développer les apophyses en ailes; et, à ce propos, il faut remarquer que les pièces adambulacraires, qui, dans toute la longueur du bras, ne donnent attache à aucun muscle trans- versal, supportent ici toute la musculature spéciale de la bouche, qui affecte précisément cette direction transversale. C'est une preuve de plus que cet appareil musculaire est un appareil spécial, sans homo- logue dans le reste du corps. Pour revenir aux mâchoires, »ous concluons donc qu'elles sont formées, dans l'immense majorité des cas, par quatre pièces : deux am- bulacraires et deux adambulacraires, soudées deux à deux. Je ne connais jusqu'à présent que le Ctenodlscm ', oii l'on puisse constater la présence de cinq pièces, deux adambulacraires pour la dent, et trois ambulacraires pour le support, comme le démontre la présence de deux pores ambulacraires. Dans tous les cas, celle des pièces am- bulacraires soudées qui est la plus éloignée de la bouche paraît augmentée de volume, et la fossette triangulaire qu'elle porte pour l'insertion du muscle transversal inférieur est plus grande, quelquefois de beaucoup, que les fossettes semblables des autres pièces ambula- craires du bras ; pour celle des plaques ambulacraires soudées qui est la plus près de la bouche, elle paraît fort réduite, et presque dis- parue ; mais on ne saurait la regarder comme constituant l'apophyse en forme d'aile, puisque celle-ci fait partie de la dent, et appartient, par conséquent, à la série adambulacraire. Dans la dent elle-même, la modification est si considérable, que l'on ne saurait pas déterminer ce qui est formé par l'une ou l'autre des pièces adambulacraires qui entrent dans sa constitution. Qu'est-ce maintenant que l'odontophore? D'après Meckel, ce serait le produit de la fusion des quatre soutiens ambulacraires les plus rapprochés de la bouche. D'après M. Agassiz, ce serait, au contraire, « une partie modifiée des plaques interambulacraires, formée par la soudure des parties latérales internes des plaques interambula- craires opposées, qui font partie du segment des mâchoires. » Quant à moi, je ne saurais prendre parti ni pour l'une ni pour l'autre de ces deux hypothèses. Qu'est-ce que c'est que ces patHies latérales internes des plaques interambulacraires dont parle M. Agas- ' Voir pi. XV, i\g. 19. 80 VIGUIER. siz? J'avoue que je serais fort embarrassé de répondre à celte question, en voyant les plaques adambulacraires fort simples tout le long du bras. Ensuite, on remarque que la position de l'odontophore est tou- jours supérieure à celle des séries adambulacraires. L'hypothèse de Meckel répondrait un peu mieux à la position, et, jusqu'à un certain point, à la fonction; mais il faut observer que l'odontophore a ses rapports principaux avec les pièces adambulacraires, et non avec les pièces ambulacraires, comme cela se voit surtout dans le type As- terias. Je me bornerai donc, sans chercher à expliquer par quelque autre hypothèse la constitution de cette pièce particuhère, à signaler son importance toute spéciale dans la classification. Sa forme varie, en effet, ainsi que celle des dents, dans les différentes familles du groupe, et fournit, avec celle-ci, les caractères principaux pour le classe- ment. Comme j'aurai fort souvent à citer V odontopliore dans le cours de ce travail, je lui ai donné ce nom, qui a le double avantage d'indiquer son rôle et de ne rien préjuger sur sa constitution. En résumé, l'ai-mature buccale des Astéries se compose d'un nom- bre de pièces égal au nombre des bras multiplié par cinq ; mais les pièces interbrachiales auxquelles j'ai donné le nom d'odontophor'es ne contribuent pas à former le contour de la bouche, qui est toujours limitée par un nombre de pièces égal au nombre de bras multiplié par quatre. Ces pièces sont de deux sortes, les unes ambulacraires, les autres adambulacraires, disposées toujours par paires alternantes. Suivant que nous regardons l'un ou l'autre de nos deux types, nous voyons tantôt les paires ambulacraires se projeter au dedans de la bouche, tandis que les adambulacraires demeurent éloignées du centre de cette ouverture; tantôt, au contraire, les adambulacraires s'avancer à leur tour presque au centre de la bouche, tandis que les ambulacraires, raccourcies et verticales, en restent plus éloignées. Pour marquer nettement cette différence de type, il m'a paru utile d'employer des expressions rappelant cette disposition différente. Aussi je propose de nommer bouche à tijpe amôulacraire, ou plus sim- plement bouche ambulacraire , la bouche de VAsterlus, et bouche adam- bulacraire celle du Pentaceros. Les Astéries de chacune de ces deux grandes divisions seront nom- mées, pour plus (le simplicité, Asléries ambulacraires el Astéries adain- bulacrfiires. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 81 Nous avons donc maintenant une grande coupe parfaitement établie dans le groupe des Astéries. Jusqu'à présent je me suis servi des termes, usités jusqu'ici, d'As- téries à deux et à quatre rangées d'ambulacres; c'est qu'en effet, dans la très-grande majorité des cas, il y a concordance entre ces deux caractères. Toutefois, les Astéries ambulacraires n'ont pas toujours quatre rangées d'ambulacres, et, de même, les Astéries adambulacraires peuvent en avoir plus de deux. Il suffit d'examiner les belles planches du mémoire de M. Sars sur le Brisinga, et surtout la planche IV, pour s'assurer que, malgré ses deux rangées d'ambulacres, le Brisinga a la bouche constituée sur le plan de celle de VAsterias, et appartient par conséquent au type am- bulacraire. 11 en est de même du genre Pedicellaster et du genre Labidiaster, que M. Lutken* cite comme renversant l'opinion de M. Perrier, que les pédicellaires croisés caractérisent les Astéries à quatre rangées d'ambulacres. Ici, en effet, on ne trouve que deux rangées de ces organes, tandis qu'on constate l'existence des pédicel- laires croisés. Dans sa Révision des Stellérides^, M. Perrier répond, avec juste raison, qu'il n'a pas propose ces deux caractères comme corrélatifs l'un de l'autre, mais comme le plus ordinairement superposables; et, forcé de choisir entre les deux celui qui doit déterminer la grande division du groupe, il se détermine pour les pédicellaires croisés, plutôt que pour le nombre de rangées de pieds ambulacraires. Si nous considérons que le Brisinga ^ possède des pédicellaires croisés, et que sa bouche appartient au type ambulacraire, tandis que ses ambulacres sont sur deux rangs, nous ne pourrons que nous ranger à l'opinion de M. Perrier. Jusqu'ici, en effet, les pédicellaires croisés appar- tiennent exclusivement aux animaux ayant la bouche à type ambu- lacraire. J'ai le regret de n'avoir pu examiner ni Pedicellaster ni Labidiaster, ces espèces n'existant pas au Muséum ; mais le fait même que M. Lût- ken* déclare \& Labidiaster allié à la fois à Y Acanthaster [iy^Q adambu- lacraire) et au Pycnopodia (type ambulacraire) prouve qu'il n'a pas 1 Videnskaôelige M?ddelelser, 1871, p. ^89. 2 P. 13. 3 Loc. cit., pi. IV. * loc, cit. ARCII. DK ZOOI . V.W. r.T OHN, — T. '.'It, IS'S. 82 VIGUIER. examiné la bouche de ces animaux, et je suis persuadé que des re- cherches dans ce sens amèneront la confirmation de cette proposi- tion : les pédicellaires croisés sont caractéristiques du type ambula- craire. La première division du groupe des Stellérides aurait donc pour caractéristique : Bouche à type ambulacraire ; pédicellaires pédoncules droits ou croisés ; et, si l'on veut, accessoirement, tubes ambulacraires ordinairement quadrisériés. Dans le deuxième type, ou type adambulacraire, les ambulacres sont presque toujours sur deux rangs ; toutefois, dans le Pteraster multipes, découvert par Sars, on constate la présence de quatre séries de ces organes. Je n'ai point vu le Pteraster multipes ; mais ce genre Pteraster a une apparence si spéciale, qu'il est absolument invraisemblable qu'il y ait eu erreur de classification, et comme j'ai constaté que le Pte- raster caribxus appartient bien, en réalité, au type adambulacraire, je n'ai pas le moindre doute sur la place que doit occuper le Pteraster multipes. La caractéristique de la deuxième division du groupe des Stellé- rides sera donc désormais : Bouche à type adambulacraire ; pédicellaires sessiles, en pince ou valvulaires ; et accessoirement, tubes ambulacraires ordinairement bisériés. Ainsi, l'étude de la bouche nous a déjà fourni les moyens de sépa- rer la classe des Stellérides en deux grandes divisions. L'examen plus attentif des modifications que subissent dans leur forme les dents et l'odontophore va nous donner maintenant les moyens de distinguer les familles que comprennent ces divisions ; mais, avant d'entrer dans cette étude de détail, peut-être ne sera-t-il pas inutile de comparer cette bouche des Stellérides, que nous connaissons par- faitement désormais, avec celle des Echinodermes qui s'en rappro- chent le plus. En premier lieu, c'est dans les divers types d'Ophiurides : Astro- phyton, Ophioderma, Ophiocoma, que l'on a l'idée de rechercher ce que sont devenues toutes ces pièces si parfaitement déterminées dans les Astéries. Voyons d'abord, en. deux mots, comment on peut comprendre le squelette des Ophiuri.dcs. M. Duvernoy, qui s'est donné beaucoup de peine pour homologuer le squelette des Aslérics avec celui des Cairsins, a négligé les Ophiures, SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 83 et nous sommes privés des lumières que son esprit éminemment philosophique eût jetées sur la question. Pour M. Gaudry, les disques des Ophiures constitueraient un « sys- tème interne » parfaitement distinct du « sytème intermédiaire », qui existerait seul dans les Astéries, tandis que le premier y serait sans analogue. « Soumise, en général, à la loi d'imitation, la nature ne lui est cependant point invinciblement attachée; les bras des Ophiurides et des Euryalides ayant une longueur disproportionnée à leur largeur, et par là môme étant plus fragiles, ils ont été pourvus de pièces spéciales qui peuvent manquer absolument dans les Asté- ries '. » Il n'admet donc pas la théorie de Meckel, qui considérait les ossi- cules discoïdes comme les analogues des pièces ambulacraires inti- mement soudées entre elles. C'est pourtant cette opinion qui est à présent généralement admise. Je serai très-prudent, quant à moi, dans toutes ces homologations. C'est assurément une tendance fort louable que celle de comparer entre eux les animaux voisins, et de généraliser de plus en plus, pour arriver à la connaissance du plan général de la nature. 11 faut éviter, toutefois, de tomber dans cette manie qu'ont certains auteurs de vouloir retrouver à tout prix des organes similaires dans des animaux de types éloignés entre eux ; et je suis persuadé qu'il est absolument nécessaire d'avoir une connaissance approfondie des moindres détails de l'organisation des divers animaux à comparer pour pouvoir tenter utilement un travail de synthèse. Je ne saurais prétendre, au moins pour le moment, à une connais- sance parfaite de tous les types d'Echinodermes ; aussi ne ferai-je guère que rappeler les opinions de mes prédécesseurs, excepté toute- fois pour la bouche, que j'ai étudiée avec soin, et pour laquelle j'in- diquerai principalement les homologies de position des diverses pièces qui la constituent, homologies sur lesquelles on n'a point, à mon avis, suffisamment insisté. Je laisserai à d'autres le soin de décider si on doit considérer ces pièces comme les mêmes, plus ou moins pro- fondément modifiées dans les divers types, ou comme des parties dif- férentes entre elles, bien qu'occupant une position correspondante. Il est, avons-nous dit, assez généralement admis à présent que les dis- ques des Ophiurides correspondent au système ambulacraire des Asté- * Loc. cit., p. 21. 84 . VIGUIER. ries. Toutefois, M. Lyman, qui a fait, dans ces derniers temps, une étude approfondie des Ophiurides, convient, avec M. Gaudry, que l'iiomo- logie des disques est difUcile à indiquer. 11 fait remarquer avec juste raison que, dans les Ophiures, les système hydro-lymphatique, qui est au-dessus des plaques ambulacraires chez les Astéries, est au con- traire au-dessous des disques, et au-dessus seulement des plaques ventrales, qui seraient, à proprement parler, les plaques ambula- craires. Il serait téméraire à moi de décider là où hésite M. Lyman, qui connaît si bien la question ; en tout cas, je ne saurais admettre avec M. Al. Agassiz que les Brisinga servent de transition d'un type à l'autre, au point de « réduire à un mode de développement, compa- rativement sans importance, la lacune jusque-là existante entre les Astéries et les Ophiures ». Je partage, sur ce point spécial, les idées de M. Sars; le Brisinya est bien nettement une Astérie, et n'a pas plus qu'aucun des autres animaux de ce groupe de ressemblance avec les Ophiures, sauf peut-être pour l'aspect extérieur. Sa bouche est tout à fait une bouche de type ambulacraire, et ne ressemble pas plus à la bouche des Ophiures que celle d'un Asterias. Le squelette d'une Ophiure, en dedans du disque, est formé par : 1° les lignes d'ossicules unis comme des vertèbres, et qui se prolon- gent dans les bras ; 2° les plaques génitales ; 3° les boucliers radiaux ; 4" certaines pièces irrégulières arrangées le long du bord du disque ; 5" enfin, les fortes pièces fourchues qui forment les cinq angles de la bouche et supportent les dents K On admet que ces pièces fourchues sont formées par la division d'un disque sur sa ligne médiane, et la déviation de chacune des deux moitiés jusqu'à ce qu'elle rencontre la moitié correspondante du disque voisin à laquelle elle se soude... Chaque angle de la bouche est supporté par un squelette en forme de V, à la pointe duquel est la plaque mâchoire. Comme on l'a déjà dit, chacune des branches de ce V est formée (en totalité ou en partie) des moitiés d'un ou plusieurs disques, grandement modifiées. On a cru généralement, continue M. Lyman, qu'il n'y avait là qu'un disque modifié ; mais il doit y avoir évidemment deux disques modifiés dans chacune de ces branches, puisque nous trouvons deux pores «tentaculaires, tandis que dans 1 Th. Lyman, Uphiuridœ and Astropbylidœ new and old {BuHelin oflhe Muséum of Comparative /oologij, (Cambridge, vol. III, n" 10, p. 234. SQUELETTE DES STELLEUIDES. 85 aucunes Ophiure ou Euryale nous ne trouvons plus d'un tentacule, de chaque côté, à chacune des articulations. Ces pores sont visibles sur les schémas H, I et J, qui représentent chacun un cinquième de la bouche, vue en dessus (le dos enlevé), le FiG. H. — Mâchoire d'Astrophyton, vue en dessus, 0. Plaque osseuse péristomiale de J, IMiiller. premier d'un Astrophyton, le second d'un Ophioder^na et le troisième d'un Ophiocoma. Si l'on admet que les disques des Ophiurides correspondent aux f' FiG. I. — Mâchoire à'Oiphioderma, vue en dessus, 0. Plaques osseuses péristomiales. systèmes ambulacraires des Astéries, il y a là un point de ressem- blance, puisque nous avons vu les mâchoires des Astéries formées par la soudure des deux premiers segments de ces systèmes. Par l'ébuUition dans la potasse, on sépare de ces grosses pièces en V la pointe la plus interne, qui est, à proprement parler, la mâ- choire. Celle-ci ne porte pas de tentacule et est regardée, par Millier, comme une pièce interambulacraire (ou adambulacraire, ce qui la fait correspondre aux dents des Astéries), qui est soudée avec sa voi- 86 VIGUIEU. sine ; et sur l'angle ainsi formé est fixée la plaque mâchoire qui appartient au système cutané et qui, à son tour, supporte les dents. Cette plaque mâchoire, à laquelle Millier donne place dans toutes ses ligures de squelettes \ et qu'il nomme « torus angularis », est parfaitement démontrée, par M. Lyman, appartenir au système cutané. Je ne m'en occuperai donc point ici, et je ne l'ai pas figurée sur les schémas H, I, J. Elle est, du reste, sans analogue dans les Astéries. Si nous regardons toutes les figures que donne M. Lyman, nous FiG. J. — Mâchoire iVOphiocoma, vue eu dessus. voyons que cette pièce serait la seule (nous ne comptons, bien en- tendu, pas les dents, que Millier nomme « palaî angulares ») à occu- per une situation exactement interbrachiale. 11 nous faudrait donc renoncer à rien trouver ici qui corresponde à l'odontophore. Cepen- dant, sur les figures citées plus haut de Millier, et qui, il faut bien le dire, ne sont pas très-satisfaisantes, on voit, à cet endroit, une plaque ou un ensemble de plaques qu'il nomme simplement « plaques os- seuses péristomiales » , et qu'il déclare « à peine comparables » à l'odontophore des Astéries, parce que, dit-il, ce dernier ne saurait être compté comme une pièce interambulacraire. La raison ne me paraît point concluante. Il est certain que si l'on regarde chez VOphiocoma (J) les trois plaques minces comme des écailles o, qui sont nommées, par Millier, «plaques péristomiales », on aura quelque peine à y reconnaître un odontophore. Il en est à peu près de même dans YOphioderma (I), oîi elles ont cependant un développement plus considérable ; mais, si nous prenons un Astrophyton (H), nous trouvons, au lieu de ces trois écailles, une pièce unique, massive, enfoncée comme un coin entre > Ueber den Hau der Echinodermen {Alhandl. der Kdnigl. Ak. der Wissensch. zu Berlin, 1853, pi. VII, fig. 2-3. SQUELETTE DES STELLÉIUDES. 87 les deux mâchoires, ayant non-seulement la forme de certains odon- tophores, mais exactement leur situation interbrachiale. On ne saurait guère nier l'identité de plan entre VOphiocoma, VOp/tioderma elVAstrop/i/j/on, en regardant la série des schémas que nous donnons ici et qui sont dessinés à la chambre claire à d'assez forts grossissements. On ne peut donc pas se refuser à admettre l'homologie de cette pièce de V Astrophyton avec les systèmes o de VOphiode)'ma et de VOphiocoma. Doit-on considérer cette pièce comme un odontophore ? Si l'on compare le schéma H aux paires de dents dénudées des schémas A et E donnés plus haut (p. 70 et 76), il faudra bien convenir qu'elle a d'un odontophore à peu près la forme, à coup sûr la situation inter- brachiale, qu'elle est absolument seule à occuper, et la fonction de consolidation du cercle oral. On pourrait alors admettre que l'odontophore est normalement formé par la coalescence de trois pièces, distinctes chez l'Ophiure et rOphiocome, plus ou moins intimement réunies chez les Astéries adambulacraires, où l'on distingue à cette pièce un corps et deux apophyses, enfin absolument confondues dans les Astéries ambula- craires, où la pièce paraît simple. On pourrait toutefois objecter à l'identiiication de cette pièce o àun odontophore, qu'elle est plus éloignée du centre de la bouche relati- vement aux mâchoires que chez les Astéries. Il n'en est pas moins vrai que c'est là la seule pièce à laquelle on puisse, dans les Ophiu- rides, comparer l'odontophore ; et je suis surpris que M. Lyman n'en parle pas dans son ouvrage. Peut-être ces minces écailles de l'Ophiure et de l'Ophiocome lui ont-elles échappé ; mais, s'il avait examiné une Euryale, son atten- tion eût été forcément attirée sur ce point. Quant à M. Agassiz, qui voit dans le travail de M. Lyman la preuve que les parties consti- tuantes de la bouche sont strictement homologues dans les Astéries et les Ophiures ^, il n'entre pas dans de plus grands détails et ne nous dit rien de l'odontophore. Faut-il maintenant, malgré toute l'incertitude qui règne dans ces homologations chez les types en apparence les plus voisins, chercher à établir des comparaisons avec des animaux encore plus éloignés ? ' Loc. cit., \}. 110. HS VIGUIKR. J'ai eu beau regarder avec le plus grand soin le cercle buccal des Holothuries, je me garderai de proposer la moindre théorie sur sa constitution. Quant aux Oursins, les difficultés ne sont guère moin- dres ; M. Agassiz avoue n'ètfe pas capable d' homologuer la dent des Oursins avec aucune des parties solides des Ophiures ou des Astéries. Je ne serai pas plus affirmatif que lui, et je me bornerai à présenter de brèves remarques pour prouver que la seule pièce que l'on puisse comparer, coqame position, à la dent des Oursins, est précisément l'odontophore des Astéries. Si nous prenons d'abord un Clypéastre, nous trouvons sur le test, exactement entre les ambulacres, des sortes de petites fourches sur lesquelles repose l'appareil dentaire. 11 semble donc que nous ayons là une pièce exactement interambulacraire : ce n'est toutefois qu'une apparence. En effet, en prenant un Oursin régulier, nous ne trouvons plus ces petites fourches, mais des arceaux développés, sous lesquels passent les nerfs et vaisseaux ambulacraires. Au premier abord il semble que ce soient là deux systèmes bien distincts ; mais si nous supposons que chacun des arceaux d'un Echinus soit séparé par le milieu et que chacune de ses moitiés se réunisse à la moitié semblable de l'arceau voisin, nous aurons reproduit exactement l'apparence du Clypéastre. 11 n'y a donc, pas plus chez l'un que chez l'autre, une pièce unique, exactement interambulacraire, mais deux pièces situées de chaque côté de la ligne interambulacraire, et qui peuvent se réu- nir deux à deux, soit sur cette ligne même (Clypéastre), soit sur la ligne ambulacraire (Oursin). FiG. K. — Mâchoire d'un Clypéastre, vue en dessus. m, mâchoire; e, épiphyse; d, dent. Examinons maintenant les mâchoires elles-mêmes ; bien entendu nous laisserons de côté les rotules des Clypéastres, ainsi que les faux et les compas des Oursins, qui sont situés sur la direction des ambu- lacres, et nous ne nous occuperons que des mâchoires elles-mêmes, qui sont situées entre les lignes ambulacraires. SQUELETTE DES STELLÉRIUES. 89 Dans le Clypéastre (K), si l'on fait abstraction des épiphyses e, fort petites, et sur lesquelles s'articulent les rotules, il ne reste plus que deux pièces volumineuses 7n, qui sont à proprement parler les mâ- choires, et qui s'unissent par une suture exactement située sur la ligne interambulacraire. C'est couchée sur cette suture que nous trouvons la dent d, qui est bien évidemment la seule pièce exacte- * FiG. L. — Mâchoire d'un Oursin régulier^ vue en dessus. e, épiphyse ; d, dent. ment interambulacraire. Il en est de même chez VEchlnus. Si nous regardons une mâchoire dans la position correspondante, nous ne voyons que les deux épiphyses e sur lesquelles s'articulent les faux et qui sont réunies par une suture droite sur la ligne médiane ; et en dedans de cette suture, la dentf/. En la regardant par la face externe, ^là^ FiG. M. — La même, vue par la face externe. (Mêmes lettres que ci-dessus.) nous voyons encore les deux épiphyses e, unies sur la ligne médiane, et au-dessous les deux mâchoires (exognathites de M. Milne-Edwards) soudées à ces épiphyses, et réunies, elles aussi, par une suture située exactement dans la ligne interambulacraire. En dedans de. cette su- ture repose la dent d, qui occupe seule, comme dans le Clypéastre, une position exactement interambulacraire. 11 m'a paru bon d'attirer l'attention sur ces faits ; mais on com- 90 VIGUIER, prendra qu'en présence des différences de toute nature qui séparent la dent des Oursins armés de l'odontophore des Astéries, l'homo- logie de position, si importante cependant, ne me permette pas de conclure à l'identité de ces deux pièces. Je n'ai point à traiter ici des homologations de l'ensemble du sque- lette dans les divers types d'Echinodermes, n'ayant pas de renseigne- ments nouveaux à fournir sur une question qui a déjà servi de matière ou de prétexte à des discussions philosophiques des plus compliquées. On trouve dans le mémoire de M. Agassiz un exposé des théories qui ont cours aujourd'hui dans la science ; j'ai fait plus haut quelques réserves à ce sujet. Je ne puis toutefois me dispenser de présenter quelques remarques sur une question très-controversée, celle de la polyzoïcité des Echinodermes. C'est en réalité Duvernoy qui est le premier auteur de ce qu'on nomme généralement aujour- d'hui la théorie d'Hœckel. a II y a longtemps, dit-il dans la note citée plus haut, que l'on a reconnu dans les Étoiles de mer un sque- lette intérieur, qui, s'il ne sert pas d'une manière complète à protéger les parties principales du système nerveux, comme chez les vertébrés, conserve du moins un des usages principaux de ce dernier, celui d'être l'organe passif de leurs mouvements. Dans l'Astérie qui a cinq rayons, il y a proprement cinq colonnes vertébrales. Ces colonnes, dont le nombre varie, dans les différentes espèces et dans les genres de cette famille, avec celui des rayons, sont plus ou moins libres vers leur extrémité caudale, et soudées par leur extrémité buccale. Les Astéries sont donc les serpents des Echinodermes, mais des serpents à plu- sieurs corps et à une seule bouche. » Il résulte de ces considérations que les Echinodermes pédicellés, qui sont de véritables animaux rayonnes, pourraient être envisagés comme composes d'animaux symétriques, sur- tout dans leurs organes de relation et de génération, dont les corps seraient réunis dans toute leur longueur (les Oursins et les Holothu- ries) ou libres dans une étendue plus ou moins grande de leur partie postérieure (les Astéries) \ On voit que la théorie de la polyzoïcité est ici très-nettement in- diquée ; il est vrai que M. Duvernoy n'indique pas que les animaux composant la colonie doivent être rapportés au groupe des Annelés, comme Ta fait depuis Hœckel. ' Comptes rendus de l'Ac. des sciences, V6 février 1837. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 91 On s'est beaucoup appuyé sur l'embryologie pour soutenir ces vues, et Huxley, s'emparant des recherches de Millier, et en tirant des con- séquences que cet auteur n'avait pas prévues, a proposé de réunir les Echinodermes aux Articulés. Les conclusions sont à coup sûr in- génieuses et originales, mais nullement concluantes, comme le dit très-bien M. Al. Agassiz '. Du reste, Huxley n'avait pas fait de recher- ches par lui-même. MentschnikofF^ a fait remarquer que le fait de la naissance des bourgeons qui produisent les bras de l'Astérie ne prouve rien en faveur de la polyzoïcité, et que c'est un phénomène de même ordre que le bourgeonnement des tentacules des Bryozoaires. Si chaque bras d'une Astérie était un animal distinct, l'appareil digestif se pro- duirait en même temps que le bras lui-même, et s'allongerait dans ce bras à mesure de sa formation, au lieu que les bras sont déjà for- més alors que l'appareil digestif n'est encore qu'un simple sac, qui se prolonge plus tard en caecums radiaux. C'est un fait analogue à la pénétration des prolongements de l'appareil digestif dans les pattes des Pycnogonides, ou dans les appendices dorsaux des ISudibimnches. M. Agassiz revient sur cette question dans son dernier mémoire^. « On pourrait aussi bien comparer, dit-il, le tube chymifère simple d'un Acalèphe avec un individu simple, et faire d'un Zygodactyle une communauté d'individus avec une cavité digestive centrale et unique. Le fait même que l'on peut suivre le passage entre un Zygodactyle et un Siphonophore prouve que l'on ne saurait regarder la multiplicité des tubes ambulacraires comme une preuve de structure composée ; et si nous en arrivons à l'articulation des bras, pouvons-nous la consi- dérer comme quelque chose de plus que l'adaptation du système am- bulacraire au dépôt de plaques calcaires, permettant certains mou- vements limités ? » Je ne veux point m'appesantir plus longtemps sur cette question, qui sort du cadre de mes recherclies personnelles; je ne puis toute- fois quitter ce sujet sans produire deux raisons qui ne me paraissent pas avoir encore été invoquées à l'appui de l'opinion que défend M. Agassiz, et que je partage pour mon compte. 1 The History of Balanoglossus and Tornaria,]}. 423. 2 Studien liber der Entwickelung der Medusen und Hiphonophoren (Siébold und Kol- liker's Zeitsch., 1874). s North American Starfishes. 92 VlGUlliK. La première est que, quelle que soit l'Astérie que l'on prenne, il est impossible de trouver une segmentation régulière du squelette général, correspondant à celle des séries ambulacraires et adambula- craires. Ainsi chez les Ophidiaster^ où le squelette, tant dorsal que ventral, forme des séries d'arcs d'une régularité admirable, il n'y a jamais concordance entre le nombre de ces arcs et celui des paires ambula- craires. Chez les Liddia, au contraire, oij les plaques marginales infé- rieures, ainsi que les trois ou quatre rangées latérales du dos, corres- pondent exactement aux pièces ambulacraires, nous voyons toute régularité cesser d'exister vers le milieu du dos. Dans les autres types, les différences sont encore bien plus frappantes, comme on peut s'en convaincre en jetant un simple coup d'oeil sur mes plan- ches. On pourrait objecter, il est vrai, que la segmentation n'a porté ici que sur le côté ventral, comme on le voit au début du dévelop- pement des Articulés ; mais il ne faut pas oublier que si nous avons affaire ici à des Annelés, c'est certainement à des animaux d'un type élevé, et je ne sache pas qu'il existe un seul Articulé d'un type supé- rieur où la segmentation soit incomplète. La deuxième raison est que les caecums radiaux n'ont pas leurs divisions correspondantes aux segments du corps, comme on le voit toujours chez l'Annelé. Peut-être me sera-t-il donné, par des recherches ultérieures, d'ap- porter de nouvelles preuves, pour ou contre, dans ce débat intéres- sant ; pour le moment, il me semble que la théorie d'Heeckel va au- delà des faits. Je bornerai là cette longue digression, et, reprenant l'exposé de mes recherches personnelles, je vais passer maintenant à la descrip- tion des espèces ; mais auparavant je crois utile de donner un tableau général de la nouvelle classification que je propose, et suivant la- quelle sont répartis les genres, dans le présent travail. Les noms marqués d'un (*) sont les genres qu'il ne m'a pas été possible d'examiner, et dont la place ne saurait être considérée comme fixée d'une manière définitive. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 93 CLASSE DES STELLÉRIDES. PREMIÈRE SOUS-CLASSE. — ASTÉRIES AMBULACRAIRES. BOUCHE DU TYPE AMBULA.CRAIRE. — PÉDICELLAIRES PÉDONCULES DROITS OU CROISÉS. AMBULACRES LE PLUS ORDINAIREMENT QUADRISÉRIÉS. I Odontophore simple, ambulacres quadrisériés, . . F. I. ASTERIAD/E. A. Squelette dorsal réticulé, bras ordinairement au nombre de cinq, dix ou douze au plus, disque petit lorsque les bras sont nombreux Asterias. B. Squelette dorsal presque nul, bras au nombre de cinq. 'Anasterias. G. Squelette dorsal formé de pièces allongées trans- versalement, imbriquées et disposées en séries longitudinales Slichaster. D. Squelette formé de plaques imbriquées aussi lon- gues que larges, peau nue "Calvasterias. E. Squelette dorsal presque nul, bras très-nombreux . Pycnopodia. II . Odontophore résultant de la coalescence de deu.x pièces : A. Ambulacres quadrisériés F. II. HELIASTERID.E. Un seul genre fleliaster. B. Ambulacres bisériés F. III. BRISINGIDiE. a. Des pédicellaires droits et des pédicellaires croisés, bras nombreux * Labidiaster . b , Des pédicellaires croisés seulement : 1 • Dix à douze bras *Brisinga. 2. Cinq bras seulement *PediceUaster. DEUXIÈME SOUS-CLASSE. - ASTÉRIES ADAMBULAGRAIRES. BOUCHE DU TYPE ADAMBULACRAIRE. — PÉDICELLAIRES SESSILES, EN PINCE ou VALVULAIRES. — AMBULACRES PRESQUE TOUJOURS BISÉRIÉSi I. Squelette dorsal formé de pièces réticulées, minces, étroites et imbriquées, et laissant entre elles des mailles au moins aussi grandes que les ossicules con- stitutifs du réseau; pas de soutiens ambulacraires. F. IV. EGHINASTERID.E. A. Dents très-petites, tronquées; odontophore simple, systèmes interbrachiaux réduits à quelques jiièces près de l'angle des deux faces du corps, pas de spicules dans les ambulacres, bras ordi- nairement au nombre de cinq T. l''". ECUliyASTEHLy/tC. a. Ossicules portant des mamelons pour l'insertion d'épines isolées Ecliinaster. b. Ossicules sans mamelons distincts pour l'inser- tion des très-petites épines qui les recouvrent dans toute leur étendue Cribrella. B. Dents petites , arrondies ; odontophore étranglé latéralement ; pas de systèmes interbrachiaux, 9* VIGUIER. pas de spicules dans les ambulacres, bras au nombre de cinq T. S". MlTHItUDlJSAi. Un seul genre Mithrodia. C. Dents petites, mais massives et pointues; odon- tophore ayant des apophyses articulaires bien marquées ; systèmes interbrachiaux puissants, rosettes de spicules dans les ambulacres, grands pédicellairesvalvulairessurleborddesbras.T.3''. yALVASTERlN^. Un seul genre , Valvaster. D. Dents très-grosses, arrondies ; odontophore' ayant des apophyses articulaires et une apophyse dor- sale; systèmes interbrachiaux très-minces, trian- gulaires, à sommet portant'sur l'odontophore ; pas de spicules dans les ambulacres; bras nombreux T. 4^. SULASTERia^. a. Ossicules dorsaux portant des piquants rayon- nants; une seule plaque madréporique. . . Solaster. b. Ossicules dorsaux ne portant chacun qu'une seule épine très-longue; plusieurs plaques madréporiques Acanthaster. II. Squelette formé d'ossicules arrondis ou quadrangulaires, disposés en séries longitudinales, au moins sur la face ventrale; des soutiens ambulacraires, . . F. V. LINGKIAD.'E. A. Dents très-petites; odontophore à apophyses peu marquées; systèmes interbrachiaux en muraille souvent incomplète ; soutiens ambulacraires por- tant sur la première rangée ventrale; face ven- trale des bras aplatie, formée au moins par trois rangées longitudinales de plaques, entre les- quelles on ne voit pas de pores tentaculaires : a. Squelette dorsal n'affectant jamais sur les bras une régularité absolue, au moins chez l'animal adulte, et n'étant pas constitué par des ossicules surélevés ; des spicules dans les ambulacres LincJda. b. Squelette dorsal des bras très-régulier, consti- tué par des ossicules surélevés et réunis en dessous par des pièces connectives; pas de spicules dans les ambulacres Chœtaster. B. Dents moyennes; odontophore à apophyses bien marquées; pas de systèmes interbrachiaux ; sou- tiens ambulacraires portant sur la deuxième rangée ventrale ; face ventrale porifère : a. Dents arrondies ; squelette dorsal très-régulier; bras arrondis ; spicules dans les ambulacres. Ophicliaster. b. Dents pointues; squelette dorsal irrégulier; bras aplatis en dessous; pas de spicules dans les ambulacres Scytasler. III. Dents aiguës ; bouche presque fermée ; pas de soutiens ambulacraires; squelette formé, au moins sur la face SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 95 ventrale, d'ossicules disposés de manière à, constituer • une sorte de pavage ; des plaques marginales géné- ralement bien distinctes F. VI. GONIASTERIDiE. A. Odontophore mince, et sans apophyses bien déve- loppées; pas de systèmes interbrachiaux; pas de spicules dans les ambulacres T. J". PEyiAGONASTERllS^ a. Pores tentaculaires sur la face ventrale. . . . Frumia. A placer peut-être à la suite de ce genre. . . 'Metrodira. b. Pas de pores sur la face ventrale : 1» Plaques marginales indistinctes Ferdina. * 2» Plaques marginales très-distinctes : a. Dents assez minces Penlagonasler. 3. Dents très-fortes, grands pédicellaires valvulaires sur les deux faces du corps. Hippasteria. B. Odontophore massif à apophyses très-développées ; des systèmes interbrachiaux, variables de forme, mais constants ; des rosettes de spicules dans les ambulacres T.2e. GOaiASTERiy^.. a. Plaques du squelette ventral portant chacune un grand pédicellaire valvulaire : 1° Squelette dorsal réticulé ou formé de pièces arrondies ; systèmes interbrachiaux fermant toute l'aire interbrachiale, et faisant saillie sur les deux faces du corps Anlhenea. 2° Squelette dorsal réticulé ; systèmes inter- brachiaux en arcs portant sur les odonto- phores, et non apparents à l'extérieur.. ■. . Goniasfer. b. Plaques squelettiques dorsales étoilées. . . . *Goniodiscus. Place encore indéterminée 'Nectria- c. Squelette dorsal réticulé ou formé d'ossicules allongés, plaques ventrales couvertes de gra- nules, avec parfois de petits pédicellaires : 10 Une paire de plaques marginales à l'extré- mité de chaque bras * Asterodiscus . 20 Corps épais, pentagonal, sans bras ; plaques marginales peu distinctes. Culcita. 30 Cinq bras courts et gros; plaques marginales non apparentes *Choriaster. 40 Corps pentagonal, carènes brachiales pres- que nulles, plaques marginales très-distinctes. *Nidorellia. 50 Bras bien distincts, presque toujours ca- rénés ; plaques marginales dorsales peu apparentes Pentaceros. 60 Derme lisse, recouvrant entièrement les os- sicules squelettiques qui sont très-plats. . . Gymnasteria. IV. Dents grosses et arrondies, bouche largement ouverte; odontophore massif à apophyses peu développées ; des systèmes interbrachiaux variables de forme ; pas de soutiens ambulacraires ; pas de spicules dans les ambulacres ; ossicules du squelette imbriqués, ar- rondis ou disjoints F. VII. ASTERINID.'E. 96 VIGUIER. A. Plaques marginales plus petites que les autres, ou tout au plus égales : a. Ossicules non imbriqués, recouverts de pi- quants *Patiria. h. Ossicules imbriqués : l» Corps plus ou moins convexe, à bras le plus généralement courts et robustes Asterina. 2» Corps très-aplati. Palmipes. c. Ossicules disjoints, peau nue ' Disasterina. B. Corps bordé d'une double rangée de plaques mar- ginales, plus grandes que toutes les plaques dorsales et ventrales : a. Ossicules dorsaux étoiles; plaques ventrales ne laissant pas d'espaces entre elles : ]" Réticulation du dos à peu près régulière et hexagonale 'Asteropsis. 20 Réticulation irrégulière, bras très-marqués. ' Dermasterias. b. Ossicules dorsaux en forme de rectangles à côtés échancrés et à angles arrondis; plaques ventrales ne se touchant pas par tout leur contour : 1" Corps pentagonal Porania. 2" Bras bien marqués *Ganeria. V. Revêtement dermique supporté par des piquants rayon- nants autour d'ossicules saillants du squelette. F.VIII. PTERASTERIDiE. Un seul genre 'Pterasier. à la suite duquel il faudra sans doute en placer plusieurs que je ne puis encore faire figurer ici. VI. Dents saillantes à la surface ventrale, bouche largement ouverte ; pas de systèmes interbrachiaux; des soutiens ambulacraires ; point d'anus; plaque ocellaire très- développée; ambulacres coniques, squelette dorsal formé d'ossicules surélevés, sans disposition com- plètement régulière F. IX. ASTROPECTINID.E A. Dents larges, plaques marginales verticales, très- minces, et il arête saillante; face ventrale im- briquée; bras courts; ossicules du dos ne for- mant pas de séries régulières Ctenodiscus. B. Dents minces, eu lames; face vtmtrale constituée seulement parles plaques marginales infé- rieures; bras allongés : 1» Plaques marginales ventrales seulement, ossi- cules du dos formant trois ou quatre séries régulières sur les côtés des bras Luidia. 2» Plaques marginales dorsales et ventrales, ossi- cules du dos ne formant pas de séries régulières. Astropeclen. VII. Dents triangulaires, pointues, ne faisant pas saillie ?i la surface ventrale et fermant presque complètement la bouche; dos systèmes interbrachiaux ; pas de soutiens SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 97 ambulacraires ; un anus; plaque ocellaire petite; ambulacres munis de ventouses; squelette dorsal forme d'ossicules surélevés ?i disposition très-régu- lière ; des plaques marginales dorsales et ventrales, ces dernières constituant toute la face ventrale. F.X. ARCHASTERID/E. Un seul genre Archnster. PREMIÈRE SOUS-CLASSE. ASTÉRIES AMBULACRAIRES. La' discussion générale des classifications antérieures a été faite avec trop de soin par M. Perrier dans l'ouvrage cité plus haut*, pour que je croie utile d'y revenir ici. Je prendrai donc sa classification comme base, et tout en expliquant les raisons qui la justifient, ou qui m'ont amené à la modifier sur divers points, je ne rappellerai les systèmes antérieurs que lorsque cela me paraîtra nécessaire dans le cours de la discussion. J'emprunterai à son ouvrage les synonymies de genres, en les complétant à l'occasion. Quant à celles d'espèces, il m'a paru inutile de les reproduire ici, puisque mon travail n'a pas pour but de dis- tinguer les espèces entre elles, et que les noms que je donne à mes types sont tous, sans exception, les mêmes que ceux qu'ils portent dans le mémoire de cet auteur. Sa première famille, celle des Asteriad.e, qu'il sentait déjà la né- cessité de séparer de toutes les autres, et qui constituait à elle seule sa première division, doit, suivant moi, èlre démembrée tout d'abord des genres Labidiaster et Pedicellaster, qui peut-être se laisseront ran- ger à la suite des Brlslnga dans une familles des Brisingid.e, ou de- vront au contraire former, le type d'une nouvelle famille, qui sera placée avec les Asteriad.e et les Brisingid.e dans la première sous- classe de la classe des Stellérides. Il me paraît, en effet, que la disposition des ambulacres sur deux rangées au lieu de quatre est un caractère assez important pour sé- parer les Labidiaster et les Pediccllaster de la famille des Astekiai).i: . Je ne saurais dire maintenant s'il faut ou non les réunir au Brisinga, mais certainement celui-ci doit être placé auprès des Asteriad.e. 1 Révision des Stellérides. ARCII. DP. ZOOL. KXP. 1£T GK.N. — T. VK - [&7S. 7 ç)8 VIGUIER. Bien que je n'aie pu examiner des animaux de cette espèce, les figures si précises de M. Sars ne me laissent aucun doute à cet égard, et la comparaison de la bouche du Brkinga avec celle de mon pre- mier type me permet d'indiquer la place de cette famille des Brisin- GiD.E, dont la position était encore incertaine. Les affinités de cette famille, étaient en effet restées fort douteuses. Wyville Thompson \ après avoir parlé des Brisinga, dit : Le Solaster popposus (Porbes), (( apparemment leur plus proche parent » , bien que fort éloigné, etc. . . . Cette idée se retrouve chez M. Al. Agassiz, qui a cru devoir séparer le Solaster papposus, en lui restituant le nom de Crossaster (M. et T.) du Solaster endeca, et qui le déclare très-voisin du Pycnopodia et des Brisinga. Ces deux genres Pycnopodia et Crossaster, comparés avec le Brisinga, prouvent pour lui, d'une façon concluante, que ce dernier, loin d'avoir une structure spéciale, leur est intimement relié par cette structure même. « Nous pouvons facilement, dit-il, transformer un Pycnopodia ou un Crossaster en un Brisinga, en réduisant au minimum les espaces interbrachiaux, ce qui nous donnera une Astérie avec un petit disque, dans lequel les plaques ambulacraires touchant ïactinosiome pren- dront un grand développement ; ainsi les bras nombreux paraîtront tout à fait sans connexion. Cette connexion des bras dans les Astéries ne dépend pas tant du développement plus ou moins grand des sys- tèmes ambulacraires et interambulacraires, que de l'accroissement plus ou moins considérable du réseau calcaire qui forme les espaces interbrachiaux, et bien que ce trait affecte grandement la physiono- mie de l'Astérie, il n'influence que légèrement sa structure internet » On retrouve là cette tendance à réunir les espèces à bras nombreux qui faisait déjà dire à L. Agassiz en 1835 ' : « Les espèces du genre Stellonia, dont le nombre de bras varie de cinq à sept, sont la tran- sition aux véritables Solastéries », et qui faisait réunir par M. Liitken, comme je l'ai déjà dit, le genre Labidiaster à la fois à VAcanlhaster, au Pycnopodia et au Pedicellaster. En réalité, chacune des deux sous-classes que nous reconnaissons dans les Astéries possède des espèces à bras nombreux ; mais il faut bien se garder de les réunir. VAcanthaster ne ressemble pas plus au 1 ïhe Depths oftheScas. Loiulon, 1873, p. 118. "^ Norlh American Star/isJies, p. 102. ' Prodomo d'une monographie des Radiair Vidcnskabelige Mcddelelser, 1871. squeletth; des stellérides. m 7 la bouche des Astéries ambulacraires et surtout sur celle desHELiAS- TERID.E, des nombreux renseignements que l'on trouve dans le texte et dans les planches du iils de l'illustre zoologiste norwégien. Nous allons voir que, grâce à ces connaissances, nous allons nous rendre compte très-facilement de la bizarre apparence des Brisincja. GENRE BRISINGA (SARS). Je n'insisterai pas ici sur les arcs calcaires qui forment le squelette dorsal des bras desBn'singa. M. Sars a fort bien montré que, malgré leur singulier aspect, ils appartenaient à la môme catégorie de pièces que les ossicules isolés que l'on trouve dans la peau du disque, et il n'y a rien là de réellement différent de ce que l'on observe dans les autres Astéries. J'arriverai donc de suite au système ambulacraire. La principale modification consiste dans un très-grand développe- ment des pièces de ce système dans le sens longitudinal du bras. La grande épaisseur qu'elles ont acquise permet aux vésicules ambulacrai- res de s'étaler librement à leur face viscérale, et le dédoublement de la ligne des pores ambulacraires, qui était nécessaire chez les autres animaux de ce type pour permettre le libre jeu des ambulacres, n'a plus de raison d'être chez le Brisinga; aussi trouvons-nous les pores disposés seulement sur deux rangées, au lieu de quatre. Les pièces adambulacraires sont cylindriques, allongées dans le sens de la longueur du bras, pour répondre au développement des pièces ambulacraires, et chacune limite avec deux de ces dernières un pore large et arrondi. Cette disposition, sur laquelle insiste M. Sars, n'a en réalité rien de spécial. Nous voyons ordinairement, en effet, une pièce ambulacraire correspondre par son arête inférieure à la ligne de séparation de deux pièces adambulacraires, et être reliée à toutes les deux par les muscles verticaux dont nous avons parlé. Seulement l'in- clinaison très -variable et quelquefois très-forte des pièces adambula- craires masque souvent cette disposition. Les faces des pièces adam- bulacraires du Brisinga sont très-obliques, et l'espace qui sépare deux pièces voisines dans la même série va en augmentant de la base du bras vers son extrémité. Cette disposition permet évidemment l'en- roulement du bras en dessous et sa déviation dans un plan horizon- tal, dans des limites fort étendues, surtout vers l'extrémité du bras. L'enroulement du bras en dessus doit au contraire être à peu près nul, à cause des surfaces d'articulation presque verticales des pièces H8 VIGUIEK. ambulacraires de deux paires voisines, et de leur faible écartement. L'anneau buccal, qui paraît h M. Sars d'une constitution si particu- lière, mais dans lequel il ne voit néanmoins avec raison que la conti- nuation des séries qui forment le squelette des bras, ressemble abso- lument à ce que nous avons vu dans les Hellaster. Un simple coup d'œilsur les planches de M. Sars suffit pour s'assu- rer que la forme des dents et des premières pièces ambulacraires est parfaitement ici celle que l'on trouve constamment dans notre type ambulacraire. Quant à l'odontophore, il a certainement subi une modification semblable à celle qu'il présente dans VHeliaster, bien qu'on ne voie pas nettement sur la figure de M. Sars les limites des pièces soudées, car sa forme n'est pas celle d'un odontophore simple, et ce ne sont plus seulement les dents, comme dans les Asteriad,e, mais aussi la paire adambulacraire suivante, comme dansT/yeLi^^rcR, qui sont assu- jetties à sa face inférieure. Aussi l'anneau buccal forme-t-il un ensem- ble solide, bien qu'il ne comprenne pas moins de quatre-vingt-dix pièces distinctes pour un animal à dix bras. M. Sars en compte, lui, cent trente ; mais ses vingt pièces pariétales ne sont que la partie sail- lante au dedans de la bouche des premières pièces ambulacraires. Quant ânx vingt plaques .marginales de cet auteur, elles ne font pas en réalité partie de l'anneau buccal. Si l'on considère que ces plaques viennent s'appuyer sur les odontophores, on ne pourra pas s'empêcher de les considérer comme correspondantes aux partitions interbrachiales que nous observons chez les Heliaster. Ces murailles interbrachiales sont, comme nous l'avons vu dans ce dernier type, toujours composées d'une double couche d'ossicules qui relient les faces dorsale et ventrale de l'animal. Chez le Brisinga le squelette n'existe en réalité que sur la face ventrale, les pièces interbrachiales n'ont donc plus besoin d'atteindre le dos, qui ne leur offrirait qu'un appui insignifiant, et leurs relations sont presque exclu- sivement avec les séries adambulacraires. En outre, en raison môme de la séparation extrême des bras, les deux feuillets de cette partition interbrachiale, ou plutôt les deux pièces qui les représentent, se séparent immédiatement, bien que s'appuyant cependant sur l'odon- tophore. Il est évident, comme l'a dit M. Sars, que cette remarquable disposition a pour but d'assujettir plus solidement les bras au centre de l'animal, et c'est là du reste une fonction que nous voyons tou- jours remplie par les systèmes interbrachiaux. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 119 La plaque inadréporique est simple chez le lirkinga, et située comme chez les autres Astéries. La plaque ocellaire présente un remarquable développement, sur lequel je n'ai point à insister ici. (juant à ce que M. Sars a figuré de la musculature de la bouche, nous le voyons correspondre exactement à ce que nous avons décrit dans le type Asterias ; il n'en saurait du reste être différemment, vu la constitution de l'anneau buccal. On voit donc, ainsi que nous l'avions dit, que les Brisingid^e vien- nent se ranger auprès des Asteriad.e, tandis que les Heliasterid^, magré leur apparence si différente de celle des Brisinga, établissent réellement une transition entre les deux types, M. Agassiz, qui, plus heureux que le Muséum de Paris, a pu avoir quelques échantillons de Brislnga, leur a consacré un article dans son dernier ouvrage. Il ne donne pas toutefois sur le squelette d'au- tres renseignements que ceux de M. Sars, mais considère ce type comme établissant d'une manière parfaite l'homologie du squelette des Astéries avec celui des Ophiures. Quant à moi, j'imiterai sur ce point la réserve de M. Lyman, qui a si bien étudié les Ophiures, et dont j'ai rappelé plus haut les objections. GENRES LABIDIASTER (lûtken) et PE ÛICELLASTER (sars). Ces animaux, très-rares, n'ontpas encore été suffisamment examinés pour que l'on ait une idée parfaite de la constitution de leur sque- lette, et je n'ai pu malheureusement établir sûrement leurs relations, puisqu'ils ne sont pas représentés au Muséum de Paris. Toutefois, si l'on considère que les LabidiaUer possèdent des pédicellaires droits et croisés qui n'ont été rencontrés jusqu'ici que dans les animaux, le ;Çr/sm(7a compris, qui font évidemment partie de notre première sous- classe, et des pieds ambulacraircs bisériés, on verra qu'il est très- probable qu'ils doivent prendre place dans la famille des BRisiNGiDiE. Leurs bras nombreux, trente ou plus, d'après M. Liitken, et les carac- tères de leur squelette dorsal, en feraient peut-être des intermédiaires entre YHeliaster et le /irisinga, mais évidemment plus près de ce dernier par la disposition bisériée de leurs tentacules ambulacraircs. Quant aux Pclkellaster, leurs cinq bras et l'absence de pédicellaires droits les différencient évidemment des autres types , mais je ne puis donner sur eux d'autres renseignements. 120 VIGUIER. DEUXIÈME SOUS-CLASSE. ASTÉRIES ADAMBULACRAIRES. Notre deuxième sous-classe, qui correspond exactement à la deuxième division de M. Perrier, renferme dès à présent pour nous sept familles, tandis qu'il n'en reconnaissait que six. Cctle différence tient à ce que nous avons été amené à faire du genre Archnster le type d'une famille distincte, qui a pour le moins autant d'affinités avec les Goniasterid.e qu'avec les Astropectinid.e, dont le genre -4;-- cliaster faisait partie jusqu'ici. Il m'a paru nécessaire, également, d'établir de grandes coupes dans ses familles des Echinasterid.e el des Goniasterid^ ; toutefois, comme les animaux qui appartiennent à chacune de ces deux familles ont plus de rapports entre eux que d'une famille à l'autre, je me suis borné, pour le moment, à distinguer des tribus, qu'on pourra, si l'on veut, regarder comme des familles, ainsi que je l'avais fait moi-môme dans une note à l'Académie des sciences ^ J'ai reconnu ainsi quatre tribus bien distinctes dans les Echinasterid^ ; ce sont : les Ecuinas- TERiisjË, les MiraiioDiisM, les Valvasteiuism, et les Solasteiuxaù. Les .GoNiASTERiD^ se diviscnt en deux tribus : les Pejstaguaasterhwv et les Gui\IASTEliII\,E. La première famille correspond ici aux limites que lui reconnais- sait M. Perrier; mais la seconde compte en plus les genres Fromia, Ferdina, et très-probablement Metrodira, qui faisaient partie de ses LiNCKiADJi:, tandis que j'ai reporté dans les AsTERiNm^ les genres Porania, Asteropsis et Dermasterias, qu'il avait laissés dans les Gonias- TERIDjE. Les LinckiadjE sont démembrées des trois genres cités plus haut, et augmentées du genre Chœfasier, qui faisait partie de ses Astro- PECTiNiDiE. Il faudra sans doute établir des coupes dans cette famille; mais je n'ai pas, pour le moment, assez d'éléments d'appréciation pour faire ce travail d'une façon utile, non plus que pour les Aste- RINID^ . Je n'ai pu étudier les Pterasterid.tz , qui me semblent, toutefois, se ranger entre les Asterinid^ et les AsTRorECTiNiD.E (type Ctenodiscus). 1 Conques rendus, 11 mars 1878. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. ii\ Ce type Ctenodiscus, fort distinct des Luldia et des Astropecten avec lesquels je le laisse, devra peut-être en être séparé davantage, bien qu'il ait avec eux beaucoup de caractères communs. J'ai déjà dit que je reporte les Chœtaster aux Linckiad.e, et que je constitue pour les Archaster une famille des Arcuasterid.e. En résumé, la deuxième sous-classe comprend sept familles : EcHiNASTEiuD.E (quatre tribus) ; Linckiad.e ; GoNiASTERiDiE (deux tribus); ASTERINH).!:; PTERASTERin.E ; ASTROPECTINID.E ; ÀRCHASÏERID.E. Dans tout le cours des descriptions, comme de celles qui ont pré- cédé, les mômes lettres indiquent toujours les mômes objets sur toutes les figures; toutefois, à cause de la forme plus compliquée de l'odontophore, il m'a paru bon d'en donner quatre vues pour chacun. Ces vues, toujours les mêmes et affectées des mêmes signes, repré- sentent la pièce vue : du côté de la bouche, quand le chiffre est seul ; par la face inférieure, quand il a le signe ' ; par la face supérieure, avec le signe ", enfin, en vue latérale, la face inférieure tournée à gauche, et la face orale en haut, avec le signe "'. Les comparaisons deviennent ainsi très-faciles. FAMILLE IV. EGHINASTERID^. Les caractères distinctifs de la famille des Echinasterid.e étaient, pour M. Perrier : 1° squelette formé d'un réseau d'ossicules allongés, laissant entre eux des mailles aussi larges que les ossicules constitu- tifs du réseau, qui portent en outre des épines plus ou moins allon- gées ; 2° bras ordinairement assez allongés, de forme conique ou cy- lindrique ; 3° pédicellaires en pince, quand ils existent ; un seul genre avec des pédicellaires valvulaires. Ce dernier genre a été créé en 1873, par M. Perrier, pour VAslerias striata de Lamarck, que Millier et Troschel avaient placé dans leur genre Asteracanthion. Le nom de Valvosfer, qu'il porte aujourd'hui, est dû à la présence, le long de chaque bord des bras, d'une rangée de grands pédicel- laires valvulaires. Ceci n'existe pas plus dans les Asteriad.e que dans les autres ECHINASTERID.E, aussi ai-je jugé nécessaire de m'assurer de la position de ce genre, et j'ai été amené à en faire le type d'une tribu, dans laquelle il reste pour le moment seul, et qui serait cer- tainement la première à séparer des autres pour en faire une fa- 122 VIGUIER. mille distincte, autant que me permet de l'assurer l'étude incom- plète de l'unique échantillon connu. L'Ai^te?'ias echmites de LAm^rck,\qne Millier et Troschel comptaient, en 1840, comme un Eehinaster, reçut, à cette môme époque, le môme nom de Gray, qui plaçait les autres Echinaste)' de Millier et Troschel dans divers genres, Ol/iilia, Bhopia, etc. Le sens donné ù ce nom d'Fchi- nastern''8L pas été accepté, et M. Paul Gervais l'a remplacé, en 1841, par celui d'Acanthaster. Millier et Troschel proposèrent, en 1844, le nom d' Echinites; mais, comme le fait remarquer M. Perrler, il n'y a aucune raison de préférer ce dernier nom à celui plus ancien donné par M. Gervais, et qui a, du reste, été admis par les auteurs. Ce genre Acanthaster se relie intimement au Solaster^ de Forbes, et formera désormais avec lui une tribu qui prendra le nom de SuLASTEiuiSA':, du type le plus anciennement nommé. Le nom de So~ laster date, en effet, de 1838. La forme et les dimensions des dents et de l'odontophore, la dis- position des systèmes interbrachiauXj enfin la forme môme des ossi- cules du dos, distinguent nettement cette tribu des trois autres. Quant à la Mlthrodia clavigei'a, qui était jadis VOphidiofiter ec/n'nu- laius de Millier et Troschel, et qui possède en effet, comme nous le verrons, un certain nombre de caractères qui la rapprochent des Ojjhi- diaster, ses affinités sont bien avec les EcuiyASTEiiii\j^ comme le pen- sait M. Perrier, mais je crois qu'il faut encore accentuer la distinc- tion qu'il faisait en conservant le genre Mithrodia, et créer pour ce genre une tribu des Mithrodism, ({ui sera la plus voisine des Ecin:sAiirEi\iy.E. Cette dernière tribu ne renferme que deux genres : Er/iinaster et CrlbreUa, qui sont extrêmement voisins. Toutefois, la différence de disposition des piquants dorsaux justifie bien la séparation en deux genres des animaux de cette tribu. L'imbrication générale de leur squelette, et surtout la très-grande simplicité de leur odontophorc, les désignent certainement comme les i)lus voisins des Astéries ambulacraires. (Juelle ([ue soit, toutefois, la simplicité de l'odontophore, il appar- tient certainement au deuxième type ; les apophyses articulaires n'existent point ici, mais nous constatons dans les divers genres tous les étals (le dcvel(q)pement de ces apophyses, et leur absence ne peut faire d'un odontophorc du deuxième type un odontophorc du pre- mier. La position est, du reste, difl'érente, et la face inférieure de la SQUELETTE DES STELLÉHIDES. 123 pièce, qui est toujours horizontale dans la première sous-classe, est constamment, dans la seconde, tournée obliquement du côté de la bouche. En outre, les dents, bien qu'assez fortement tronquées, ne sont pas différentes de ce qu'on les voit dans le deuxième type, non plus que la première pièce ambulacraire. Le plan est exactement le même, seulement les dimensions sont très-faibles ; aussi les dents ne sau- raient-elles avoir des mouvements bien importants, et les apophyses de l'odontophore ne sont plus nécessaires ici. On ne trouve pas de spicules dans les ambulacres des Echinastc- RiDyE , sauf chez le Valuasfe)-. TRIBU r^ ECHINASTERINA^. GENRE FCHIN ASTER ( m. et tr. ). 1834. Stellonia (pars), Nardo, Isis, p. 71f). 1835. Stellonia (pars), Agassi/-, Prodrome d'une Monogr. des Rad. [Soc. Ncufch.), p. 191. 1840. Echinaslcr,Mù\\eT et Troschol, Wirgmnnn^s Archiv. 1840. OtMlia et Rhnpia, Gray, Ann. of Nat. HisL, t. VI, p. 281 . 1875. Echinaster, Perrier, Révision, etc. Le Muséum possède onze espèces d'Echinaste?'. C'est la plus com- mune de toutes, V Echinaster sepositus, que l'on trouve en assez grande abondance à Roscofî, qui a servi à cette étude. La figure 1 (pi. VU) représente de grandeur naturelle un individu bien développé, et la figure 2 un bras du même, vu en dessous. Les bras, gros à la base, sont atténués au sommet de façon à être tout à fait coniques, à peine aplatis en dessous au niveau des sillons ambulacraires. Toute la charpente du dos est formée par de petits ossicules imbriqués, dont chacun porte une seule épine, qui repose sur un petit mamelon hémisphérique au centre duquel on peut voir la iussette où s'insère le ligament qui fixe l'épine. Quelques-unes des pièces peuvent être lisses; mais c'est tout à fait l'exception, et ces pièces lisses ne sont pas disposées différemment des autres. Tous ces ossicules limitent des mailles irrégulières, larges vers le centre du dos et le dessus du bras, et diminuant graduellement de dimensions vers les angles interbrachiaux, vers la face ventrale, et surtout vers l'extré- mité des bras. La figure 7 (pi. VII) représente une partie de ce réseau 124 VIGUIER. grossie quatre fois. L'épaisseur des ossicules est très-faible, et toute la charpente du corps d'une très-grande légèreté. On ne voit pas de plaques marginales ; mais, en approchant des séries adambulacraires, les petits ossicules allongés du dos deviennent plus larges, se resser- rent, et finissent par former de véritables rangées d'écaillés, imbriquées de la pointe du bras vers sa base. Entre les écailles on voit des pores isolés. La faible épaisseur de ces plaques ventrales n'offrirait qu'un appui insuffisant à des soutiens ambulacraires ; aussi ai-je été surpris de les voir mentionner chez VEchinaster par M. Gaudry'.J'ai examiné de nouveau attentivement cette question, et je me suis assuré qu'ils n'existent réellement pas, non plus que dans aucun des genres de la famille des Ecuinasterid.e ; M. Gaudry, qui du reste n'a pas donné de figure à ce sujet, a sans doute été induit en erreur par la forme des pièces ambulacraires. Les écailles de la face ventrale portent de petits mamelons spinifères, comme les pièces du dos: quelques-unes môme en portent deux. Elles recouvrent dans une assez grande étendue les plaques adambu- lacraires. Celles-ci sont étroites, allongées, réguUèrement arrondies en dessous (leur forme se voit bien fig. 7, ad) et assez espacées. Les intervalles qui les séparent sont à peu près égaux à l'épaisseur des plaques. En se rappelant les notions générales que nous avons expo- sées plus haut, on verra que cette disposition est d'accord avec la constitution du réseau dorsal et l'absence de plaques marginales, pour donner aux bras une extrême mobilité. VEchinaster peut en effet contourner ses bras de toutes les façons. Les pièces ambulacraires sont hautes et fortes, et leur sommet atteint presque la face dorsale (fig. 4). Ce sont les séries ambulacrai- res et adambulacraires qui maintiennent ici la forme du bras , la réti- culation légère du squelette général étant incapable de remplir cet office. Le système interbrachial se compose chez VEchinaster de quelques pièces assez volumineuses, qui sont placées près de l'angle de jonction des deux faces do l'animal, mais qui n'arrivent pas jusqu'au sommet de cet angle. Comme cette muraille interbrachiale n'approche pas beaucoup vers le centre du dos et ne vient pas s'appuyer sur l'odon- 1 Lqc. cit., p. 29. SQUELETTE DES STKLLÉRIDES. 125 tophore, l'écartement des deux faces de l'animal peut varier dans d'assez grandes proportions. La bouche est fort petite chez VEchinaster, les rayons sont toujours presque fermés et les dents se touchent au point de fermer aussi pres- que complètement la bouche. Je n'ai pas donné de vue latérale des dents de VEchinaster ; en voyant celle de la Cribrella (fig. 14) on en aura une idée très-exacte. Ainsi qu'on peut le remarquer, ces dents font une très-faible saillie à l'intérieur de la bouche et leur épaisseur est faible. Quant à leur forme, la figure 6 qui les représente vues en dessous et grossies cinq fois, fait voir qu'elles sont très-fortement tronquées du côté de la bouche ; mais il n'y a qu'à se reporter aux planches précédentes pour voir combien cette dent est différente de celles des animaux étudiés jusqu'ici. L'odontophore, que la figure 5 montre grossi huit fois, est presque cordiforme, avec l'angle rentrant très-peu marqué. Vu par la face dorsale, il a à peu près la forme d'un triangle isocèle à angles forte- ment arrondis et dont le côté impair serait du côté de la bouche. Cette face dorsale est lisse, arrondie, et comme formée de deux moi- tiés qui se rencontreraient sur la ligne médiane, sous un angle ren- trant très-obtus. La face ventrale est surélevée, et présente deux fossettes qui rappellent un peu ce qu'on trouve sur l'odontophore des ASTERIAD^. Les dimensions de cette pièce sont extrêmement petites, compa- rées à la taille de l'animal. La plaque ocellaire est arrondie, et ne présente rien de particulier. L'anus, à peu près central, est entouré de petits ossicules arrondis ^ La plaque madréporique, petite et à peu près circulaire, est située environ à moitié distance du centre du dos à l'angle interbrachial. Ce n'est plus ici une grosse pièce creuse, mais une simple lame appuyée sur les ossicules voisins. Les sillons sont irréguliers, larges, peu nom- breux et assez écartés. Il n'y a qu'une plaque madréporique chez les individus à cinq bras qui sont en immense majorité dans le genre Echinaster. Toutefois quelques spécimens à' Echinaster eridanella, espèce de la mer des Indes, peuvent avoir six ou sept bras et présentent alors deux plaques. M. Agassiz a consacré une planche de son mémoire à VEchinaster « PI. VII, fig. !, an. 126 ViGUIliR. sentiis, espèce de la mer des Antilles et de la Floride. Autant qu'on en peut juger par les ligures et la description qui les accompagne, cet animal ne ditîere pas, quant à la constitution de son squelette, de celui que nous venons d'étudier. 11 faut remarquer toutefois que les épines du dos ont l'air plus fortes, et paraissent ne se rencontrer qu'aux nœuds du réseau, au lieu d'être disposées sur chacun des ossi- cules qui forment cette réticulation. Le système interbrachial paraît avoir échappé à M. Agassiz, Il n'y a pas de pédicellaires chez les Eckinaster. GENRE CRIBRELLA agassiz (pars). 1833. Cribrella, Agassiz (pars), Prodrome, etc., Soc. Neufchâtel., t. I, p. 191, nom synonyme de Linckia, Nardo. 1840. Henricia, Gray, Ânn. Nal. Flisl., VI, p. 281. 18 il. Cribella, Forbes, Brilish Slaifishes. 1842, Echinasler^ Mûller et Troschel (pars), System der Àsleridei}, p. 22. 1862. Cribella, Dujarciin et Hupé, Echinodcrmes, p. 343. 1875. Cribrella, Perrier, Révision. Ce genre ne contient encore que deux espèces bien définies; mais il est probable qu'on en distinguera plusieurs autres par la suite, car les animaux de provenances très-diverses : côtes de France, Groenland, îles de la Sonde, que l'on a rapportés jusqu'ici à la Cribrella oculata, ne paraissent pas en réaUté appartenir tous à une même espèce. L'échantillon de Cribrella uculata dont j'ai fait l'étude anatomique provenait de Roscoff, où l'on trouve en grande abondance ces petits animaux d'une belle couleur rose vif, qui, avec les Eckinaster sepositus, de plus grande taille et d'un pourpre foncé, font l'ornement des aqua- riums du laboratoire. Il faut toutefois employer la drague pour s'en procurer, car ils ne séjournent pas sur les points qui découvrent à mer basse. Les figures 8 et 9 (pi. YII) montrent le squelette d'une petite Cribrella grossi deux fois. Les bras sont plus cylindriques que dans VEchinasler., et moins atténués à la pointe. La réticulation qui constitue le squelette dorsal se compose aussi d'ossicules imbriqués de la pointe du bras vers le centre; mais ici les ossicules sont proportionnellement plus épais, plus serrés, et laissent entre eux des mailles beaucoup plus étroites. La figure 15 montre un fragment de réseau dorsal grossi huit fois. SQUELETTE DES STELLÉIUDES. 127 Ainsi qu'on le voit, il n'existe plus là de petits mamelons pour l'in- sertion d'épines mobiles et isolées. Les épines très-petites qui couvrent les Cribrella sont insérées sur toute la surface des ossicules du squelette. En approchant des séries adambulacraircs, les ossicules du dos s'élargissent en écailles comme chez VEchlnaster, mais ici, les séries paraissent encore plus nettement indiquées. La première après la série adambulacraire recouvre un peu celle-ci, et a ses écailles à peu près quadraugulaires à angles arrondis ; la deuxième série a ses écail- les à peu près en forme de trèfle * avec la pointe tournée vers le cen- tre de l'animal. Entre ces deux séries, qui sont contiguës tout le long du bras, vient s'en intercaler une autre, au niveau de la onzième ou douzième paire ambulacraire. Les écailles de cette rangée sont qua- drangulaires, comme celles de la première. En dehors de la série à écailles échancrées en forme de trèfle, les rangées d'écaillés deviennent moins nettes, et passent insensiblement à la réticulation dorsale. Gomme on le voit sur la figure l ! , qui représente une coupe de bras grossie quatre fois, le squelette général de la Cribrella est proportion- nellement beaucoup plus résistant que celui de YEchinaster. [Aussi l'animal a-t-il des bras moins flexibles, et devdns-nous nous attendre à trouver le système ambulacraire beaucoup moins important. C'est en effet ce qui a lieu. Les plaques adambulacraircs, quisontici à peu près quadrangulaires et non régulièrement arrondies en dessous, comme dans YEchinaster , sont plus serrées les unes contre les autres, et les pièces ambulacraires, moins hautes, sont bien loin d'attein- dre la face dorsale. La profondeur du sillon ambulacraire est tout au plus la moitié de l'épaisseur du rayon. On voit que par ces divers caractères la Cribrella se différencie assez nettement de YEchinaster; quant à la bouche elle est absolument la même, et si l'on compare la figure 13 qui montre les dents grossies huit fois, avec la figure 6 qui représente celles de YEchinaster, on sera certainement frappé de la similitude, je dirais presque de l'iden- tité. Il en sera de même pour l'odontophore, que la figure ii2 montre à un grossissement également de huit fois et qui, sauf sa taille relati- vement un peu plus considérable, ne se différencie pas de celui de YEchinaster*. 1 PI. VII, fig. 9. » Comparez les figures 12 et suiv.j pi. VII. 128 VIGUIER. La section interbrachiale' nous montre, comme dans VFchinaster, un support près de l'angle, mais ne l'atteignant pas. Une petite rangée d'ossicules suit en outre ici la face ventrale, mais sans affecter de rap- ports bien nets avec l'odontophore. Pour l'anus, la plaque ocellaire, la plaque madréporique, je n'au- rais qu'à répéter ce que j'ai dit pour le genre précédent. On voit donc que si VEchinastei^ et la Cribrella présentent des diffé- rences assez importantes pour les constituer en genres distincts, ces deux genres sont très-voisins Tun de l'autre, et doivent bien rester dans une même tribu des Echinasterin.e^ tandis que l'étude des autres genres de la famille va nous montrer de profondes diffé- rences. La planche XVIII du mémoire de M. Agassiz se rapporte à la C^'ibrella oculata, qu'il nomme Cribrella sangumolenta . Les figures donnent une idée très-exacte de l'animal vivant; mais la figure 4, qui représente le squelette dénudé de la face ventrale, est moins nette. Pour M. Agassiz, le genre Cribrella est celui qui se rapproche le plus du Solaster {endeca, puisque M. Agassiz nomme C rassasier le Solaster papposus). Toutefois ce savant naturaliste reconnaît que les limites entre les faces ventrale et dorsale ne sont point marquées chez la Cribrella comme dans le Solaster, et que le système interbra- chial est disposé tout différemment. Ce sont déjà là des caractères importants, et la comparaison des dents et de l'odontophore en eût fourni bien d'autres, comme nous le verrons plus loin. Je suis égale- ment persuadé que M. Agassiz s'est un peu exagéré l'importance de la partition interbrachiale, queje n'ai jamais vue s'étendre jusqu'à la bouche, comme il le dit, mais au contraire être limitée dans l'angle» ainsi que cela se voit chez VEchinaster, où le naturaliste américain ne l'a point remarquée. Cette disposition m'a paru constante chez les nombreux animaux des deux types que j'ai eus à ma disposition. On ne trouve pas de pédicellaires chez les Cribrella. TRIBU 2«. MITHRODINyE. Cette tribu ne renferme jusqu'ici que le genre Mithrodia. « Fig. 10. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 12'J GENRE MITHRODIA (gray.) 1810. Milhrodia, Gray, An7i. et Mag. of Nat. Eistonj, t. VI, p. 288. 18-44. Hercsaslcr, Michelin, Revue de Zoologie, p. 173. 187o. Milhrodia, Perrier, Révision, etc. On ne connaît jusqu'ici qu'une espèce de ce genre, la Mithrodla clavigera, qui habite l'océan Pacifique, dans une aire qui paraît assez étendue. Les spécimens de cette curieuse espèce ne sont point nombreux au Muséum, et comme je n'ai pu étudier qu'un échantillon assez fortement endommagé, je ne donne pas ici une série de figures aussi complète que pour les autres types. Toutefois, si l'état du sujet ne permettait pas de le dessiner à la chambre claire, j'ai pu m'assurer parfaitement des détails de son organisation. La figure 16 (pi. YII) montre une portion du réseau dorsal d'un bras de grandeur naturelle. Ce bras, cylindrique comme dànsVOphi- diaster, avait une longueur de 15 centimètres. Le disque est fort petit, comme on peut le voir par la figure 18. La face dorsale de ce disque était en trop mauvais état pour être figurée ; du reste, sa réti- culation irrégulière ne différait pas de celle qu'on voit sur la figure 1 6. Elle est composée de forts bâtonnets calcaires, cylindriques et ar- rondis à leurs extrémités , qui chevauchent les uns sur les autres sans imbrication bien nette, et limitent des mailles fort irrégulières. Parfois, cependant, cette réticulation peut prendre une apparence assez régulièrement hexagonale, que M. Perrier ^ compare à celle du Pentaceros reticulalus. J'ai dessiné, légèrement grossie (S/^), une por- tion de l'individu décrit par M. Perrier, sur la figure 17; si l'on com- pare ce dessin avec la figure 4 (pi. XI), on verra qu'il y a encore assez loin de la régularité de ce réseau à celle du Pentaceros. Il est évident, toutefois, qu'il y a une grande différence entre les figures 16 et 17, et l'on doit sans doute admettre que les individus jeunes présentent une régularité que vient masquer plus tard la production de nou- veaux ossicules. Sur la face ventrale l'imbrication paraît plus nette, surtout dans l'angle des bras ^. Les ossicules qui viennent recouvrir les plaques des séries adambulacraires sont assez fréquemment bifurques. » Révision des Stellérides, p. 915, 2 Fig. 18. ARCII. BE ZOOL. RXP. ET oiî<. — T. VU. 1878. 130 VIGUIEK. Les plaques adambulacraircs préscnlenl à peu près la forme qu'on leur voit dans la Cribvella, elles plaques ambulacraires ont à peu près la môme importance relative que dans ce dernier genre. Ainsi que cela se comprend aisément, vu leur développement con- sidérable par rapport au disque, les bras de la Mithrodia sont très- fragiles à la base ; du reste, à cause de la nature solide de leur réticu- lation, ils doivent être peu flexibles, et on les trouve presque toujours à peu près rectilignes cliejc tous les échantillons conservés. Bien qu'il n'existe pas de système interbrachial, les faibles dimen- sions du disque ne permettent point une grande variabilité dans l'écartement de ses deux faces. Jusqu'ici, nous n'avons rien vu qui ressemblât beaucoup aux EcHiNASTERiN.^, mais la constitution de la bouche va nous montrer les relations de ce type. Les dents que la figure ^21 représente grossies trois fois, diffèrent sensiblement, par leur forme arrondie, de la forme tronquée que l'on constate chez VEchinaster et la Cribrella, mais l'odontophore, que la figure 20 montre grossi quatre fois, est certainement le plus voisin des EcHLYASTEBiN.'E . Daus aucun autre type nous ne trouvons cette pièce aussi simple; cependant, ici, outre une augmentation relative assez sensible daïis ses dimensions, cet odontophore a déjà subi une modification importante dans sa forme. Une sorte d'étranglement, un peu plus près de l'extrémité orale de la pièce, semble le premier indice de la formation des apophyses. Remarquons qu'ici encore, vu les faibles dimensions de la bouche et des dents, la présence de ces apo- physes n'est pas bien nécessaire. La face dorsale de la pièce est légè- rement arrondie, déprimée sur la ligne médiane. Vu ainsi de dos, l'odontophore a la forme d'un rectangle à angles arrondis, dont les deux grands côtés seraient légèrement échancrés. La face ventrale (20') présente une crête à peu près régulière sur la ligne médiane, ce qui donne à la face orale (20) une forme irrégu- lièrement pentagonale. La vue latérale (20"') montre bien les dépressions des deux côtés. La plaque madréporique, irrégulièrement circulaire, est un peu plus jgrande que celle des Echinasterin.^, et ses sillons sont plus fins. Si nous laissons de côté l'opinion absolument sans fondement de Gray, qui plaçait la Mithrodia dans les Asteriad.e, et si nous pas- sons rapidement en revue l'ensemble des caractères de ce genre, SQUELETTE DES STELLÉIUDES. i:^l nous verrons que, par son aspect général, la forme et la disposition de ses bras cl l'absence de système inlei'brachial, il se rapproche du genre Op/udiaster. Un autre point de ressemblance est, comme l'a fait remarquer M. Perrier, la faculté que possède chacun des bras de reproduire, lorsqu'il est rompu, un individu entier, faculté qu'on trouve prouvée par de nombreux exemples chez les Ophidlaster, et qui n'a pas été constatée jusqu'ici chez les autres Eciunasterid-îî. L'échantillon d'après lequel a été faite la figure 17, et qui figure encore dans la collection, présente cette forme en comète, due à la régénération d'un animal par un seul bras. Bien que ces caractères ne soient pas sans valeur, ils ne sont point toutefois prépondérants, et M. Lutken, combattant avec raison la proposition de M. von Martens de réunir aux Linckia les Ophidiaster et les 5cy/rts^er, indiquait très-nettement, en 1871, que les Mithrodia devaient former un type ù. part. M. Perrier a insisté, en 1875, sur cette différence entre la Mitltrodia et V Ophidiaster, et a réuni le premier genre aux Echinasterid^, mais sans admettre avec von Mar- tens que ce fût là un véritable Echinaster. Si l'on considère non pas tant les différences, déjà assez sensibles, entre la constitution du squelette général dans les deux types, mais la forme des dents et surtout de l'odontophore qui, chez les Echi- NASTERiN.'E^ présente une forme si particulière, tandis que chez la 717/- throdia il commence à se rapprocher de ce qu'il est dans la généra- lité des cas, on comprendra, je l'espère, pourquoi j'ai cru devoir constituer en tribu distincte un tjq^e qui n'a pas d'alliés bien pro- ches, mais que l'on doit considérer, toutefois, comme plus près des EcHiNASTERiN.E que des Ophidiasler, comme le prouve l'absence des soutiens ambulacraires, si développés dans ce dernier type. On ne trouve pas de pédicellaires chez la Mithrodia. TRIBU 3^ VALVASTERINJE. Cette tribu ne comprend qu'un seul genre, qui n'est représenté au Muséum que par une seule espèce. Un seul exemplaire desséché, pro- venant de l'île de France, a été donné par M. xMathieu en 1812, et demeure jusqu'à présent le seul représentant connu de cette espèce. Lamarck lui donna le nom à.'Asterias striata, M. Perrier signala en 1869 l'existence de grands pédicellaires valvulaires ; mais il crut re- 132 VIGUIEU. connaître aussi la présence de pédicellaires droits et croisés et conti- nua d'appeler cet animal Asteracanthion stfiatus. Un examen plus attentif le convainquit que les pédicellaires droits n'étaient en réalité que des pédicellaires en pince, et les pédicellaires croisés de simples granulations du derme; il examina alors de nouveau les ambulacres, et constata qu'ils n'étaient disposés que sur deux rangées. 11 fallait dès lors retirer cet animal du genre Asterias et créer pour lui un genre distinct, auquel M . Perrier donna, dànssa. Révision des Stellérides, le nom de Valvaster, pour rappeler son caractère le plus saillant. Il plaça ce nouveau genre dans la famille des EcniNASTERiD.E, à cause de la constitution du squelette dorsal. L'examen qu'il avait pu faire de ce type singulier n'avait pu être bien approfondi, car il impor- tait surtout de conserver un échantillon unique jusqu'ici. C'est la même considération qui m'a arrêté ; néanmoins, Taspect du Valvaster est tellement remarquable, que je voulus voir si je ne trouverais point à mon tour de nouveaux caractères distinctifs. Si l'on examine avec soin les ambulacres desséchés qui se trouvent encore à l'extrémité des bras, on voit dans leur ventouse, môme à l'œil nu, un petit cercle blanchâtre qui n'est autre chose qu'une couronne de spicules calcaires, comme il est facile de s'en assurer au microscope. C'est là un caractère qui distingue immédiatement le Valvaster, non-seulement de toutes les Astéries de la première sous- classe, mais aussi de tous les animaux qui composent avec lui la fa- mille des ECHINASTERID.E. L'échantillon ayant ses bras fendus près de la bouche, il m'a été facile de m'assurer de la présence d'un système interbrachial, portant directement sur l'odontophore, et autrement puissant que celui des SOLASTERINJE. J'ai dénudé alors avec précaution une paire de dents, que j'ai re- présentées grossies trois fois ^ ; ces dents, pointues et tuberculeuses diffèrent absolument de celles des Ecuinasterin.e, qui sont tronquées, de celles des M ithrodiîv-e, qui sontarrondies, enfln de celles des Solas- TERiN^E, qui sont également arrondies, mais très-volumineuses. En écartant ces dents, j'ai vu que l'odontophore ^ possède deux petites apophyses bien nettes ; sa face ventrale est un peu renflée, sa face dorsale est lisse et plane. t PI. IX, fig. lo. » PI. IX, flg. Ui. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 133 Le soin de réchantillon ne m'a pas permis d'aller au-delà, et je ne puis donner de renseignements exacts sur le squelette général, qui paraît réticulé comme celui des autres Ecuinasterid.e, non plus que sur les soutiens ambulacraires, qui font aussi trèsfprobablement défaut. Toutefois, outre les différences principales tirées de l'odontophore, des dents, des rosettes spiculaires, nous trouvons encore d'autres caractères distinctifs. Ainsi la forme générale du corps n'est point du tout celle des EcHiNASTERiNyE, où le disque est petit et les bras arrondis. Ici les bras sont larges, présentent une face dorsale dont la section serait une arcade surbaissée, et ont une face ventrale plane et raccor- dée par des angles vifs à la face dorsale. Le disque est large, les lignes interbracbiales sont marquées par une dépression qui correspond au système interbrachial. Enfin les piquants forment sur les bras jusqu'à dix rangées longitudinales pa- rallèles qui indiquent une régularité que l'on ne rencontre pas ordi- ment dans la disposition du squelette des E chinasterin.e.\j,-a plaque madréporique a la forme d'un écu d'armoiries, dont la base serait tournée vers le centre de l'étoile. Elle paraît être la face supérieure d'une pièce creuse, comme chez VAsterias, dont toute la surface est garnie de sillons très-fins, irrégulièrement divergents. L'anus est très-visible. Si l'on joint à tous ces caractères la présence de ces énormes pédi- cellaires valvulaires, qui forment une rangée tout le long du bord supérieur des bras, on verra que nous avons affaire à un type qui reste pour le moment absolument isolé. J'en ai donc fait le type d'une tribu que la réticulation du squelette place seule à la suite de celles que nous avons étudiées jusqu'ici, dans les Echinasterid^, mais qui sera sans doute la première à en séparer, si l'on veut accen- tuer les divisions que j'indique. TRIBU 4=. SOLASTERIN^. Cette tribu, la quatrième de celles que je reconnais dans la famille des EcniNASTERiD^, diffère très-nettement des trois premières : 4° par la forme des ossicules du squelette dorsal, 2° par le nombre des bras, toujours assez considérable, 3° par la forme des systèmes inter- brachiaux, -4° par le grand développement des dents, 5° enfin par la forme de l'odontophore, qui non-seulement possède des apophyses 134 viguii;h. articulaires, mais présente aussi sur sa face dorsale un prolongement plus ou moins développé, sur lequel -vient s'appuyer le système in- terbrachial. Des caractères que je considère comme accessoires, tires de la plaque ocellaire qui est allongée et étroite, et de la plaque ou des plaques madréporiques, différencient aussi cette tribu, que la réticu- lation irrégulière du dos et l'absence de soutiens ambulacraires me font conserver provisoirement parmi les EcuiNASTEmDiE. On ne trouve pas de spicules dans les ambulacrcs. Cette tribu se compose jusqu'ici des genres Solaster eiAcanthaster. Le premier ne présente pas de pédicellaires, tandis que VAcanthas- te?' a des pédicellaires en pince, bien développés. GENRE SOLASTER (forbes). 1833. Solaster, Forbes, Asleriadœ of Irish Sea. Mon. of Wcrn. Soc, t. VIII, p. 121. 1834. Slellonia (pars), Nardo, Isis, p. 715. '183S. Slellonia (pars), Agassiz, Prodrome, etc., Soc. se. de Neufchàld, t. I, p. 191. 18i0. Crossaster, Millier et Trosclie!, Wiegmann's Archiv,()e année, p. 321, 1840. Solasler, Gray [Endcca et Polyaslcr). Ann. of Nat. Historij, t. YI, p. 183. 1842. Solasler, Millier et Troscliel, System der Asleridcn,]^. 26. 1875. Solasler, Perrier, Révision, etc., p. 9i. 1877. Solaster et Crossaster, A. Agassiz, Norlh .imerican Slarfishes, p. 98 et 112. Ce genre n'est représenté que par deux espèces au Muséum : le Solaster pappoms et le Solaster endeca. Toutes deux habitent principalement les mers du Nord ; on trouve toutefois assez fré- quemment la première sur les côtes de la Manche, mais elle est as- sez rare à Roscoff, où je n'ai pu en recueillir à l'aide de la drague qu'un échantillon très-jeune. Celui d'après lequel ont été faits mes dessins venait de Saint-Malo. Cet animal peut habiter à de grandes profondeurs, et y garder même sa coloration ordinaire. M. Wyville Thompson ^ en a dragué à six cent quarante brasses de profondeur, qui possédaient leur couleur rouge orangé vif. > The Deplhs of the Sea, Loudon, 1873, p. 118. SQUEI.ETTE DES STELLÉRIDES. 135 Forbes, qui a crcc lo genre, lui donnait pour caractéristique : (( corps cLoilc, h rayons nombreux, couvert d'épines fasciculées ; sil- lons bordés de trois rangs d'épines; ambulacres bisériés. » Cette des- cription est un peu vague, aussi est-il resté une certaine incertitude jusqu'à ce jour, et voyons-nous M. A. Agassiz placer les deux espèces de ce genre dans deux genres différents., Lo Sulaster papposus, auquel il restitue le nom C?'ossostei\ ne lui paraît avoir en commun avec le Solaster endeca que le grand nombre de bras, et il le compare mPijc- nopodia et au Brisùiya, dont il le croit très-voisin. Il est vrai que M. Sars, de son côté, a comparé, dans le mémoire cité plus haut, ce même Brhinga avec le Solaster endeca dont il le trouve tout à fait rapproché. Très-embarrassé pour concilier l'opinion de ces deux savants natu- rahstes, j'ai repris l'étude de ces deux espèces, et je suis arrivé à con- clure que ce sont bien les deux espèces d'un même genre, totalement distinct des Pi/owpodia et Brisinga, autant du moins qu'un Pentaceros l'est d'un Asterias. Ce n'est pas un des moindres services qu'aura ren- dus l'étude comparative des nouveaux caractères de classification, que de nous permettre de décider cette question. Commençons par décrire le Solaster papposus. Les figures 1 et 2 ^ représentent, grossies deux fois, les faces supé- rieure et inférieure d'un échantillon à dix bras. Le squelette du dos est formé comme on le voit par des pièces fort petites, imbriquées, qui forment des mailles irrégulières dont la forme paraît dériver de l'hexagone. Aux points de rencontre des légers trabécules formés par ces petites pièces imbriquées, on en voit de plus grosses, surélevées, retrécies en sabliers au milieu, et dont le dessus est, chez le vivant, couverts de piquants très-fins. En réalité, c'est absolument là la forme que l'on a nommée paxille,el dont on a voulu faire la caracté- ristique des ASTROPECTINID.E. Pour être absolument logique, il eût donc fallu réunir les Solaster à cette famille. Il est vrai que, chez eux, les paxilles sont loin de constituer exclusivement le squelette. On ne les rencontre qu'aux nœuds des mailles du réseau, et au centre de ces mailles, où on les voit rarement isolées, le plus souvent accompa- gnées de deux petites plaques, ou même d'un plus grand nombre qui les relient alors à l'ensemble du réseau ^ 1 p:. VIII. 2 PI. VIII, fl^. 1. 136 VIGUIER. Les mailles de la réticulation sont larges sur le disque elle milieu de la face dorsale des bras, elles diminuent beaucoup en approchant des bords et de la pointe. Celle-ci est, conime nous l'avons déjà dit, occu- pée par une plaque ocellaire allongée. Quant aux bords des bras, ils sont garnis d'un rang de paxilles d'une forme particulière. La base de ces pièces est allongée dans le sens de la longueur des bras, et les pièces d'une même rangée sont régulièrement imbriquées de la pointe du bras vers le centre. La partie supérieure de ces paxilles est au contraire aplatie dans le sens transversal, formant ainsi un angle droit avec la portion basilaire. Dans les angles interbrachiaux, cette ligne d'ossicules fait partie delà face inférieure, et les sommets aplatis des paxilles se disposent suivant des lignes rayonnantes en éventail'. La face ventrale, extrêmement réduite, ne paraît guère que dans les aires interbrachiales. Elle se compose là de légers trabécules calcaires composés, comme ceux du dos, d'une série de pièces imbriquées; mais ici les pièces sont plus allongées et les trabécules, au lieu de s'anastomoser en réseau, sont presque rectilignes et divergent en éventail de l'angle interbrachial ^. Le long du bras, on ne voit guère qu'à sa base quelques pièces analogues s'interposer entre la rangée des paxilles aplaties et la série adambulacraire, et, dans la plus grande partie de son étendue, ces deux séries sont directement en rapport. Les pièces adambulacraires sont larges, arrondies en dessous ; mais assez peu épaisses dans le sens longitudinal du bras, et séparées par des intervalles presque aussi considérables que leur épaisseur. Les pièces ambulacraires, volumineuses, atteignent presque la face dorsale, et l'angle qu'elles forment est toujours assez ouvert s, de sorte que la face ventrale du bras est principalement constituée "par les séries ambulacraires et adambulacraires. La première pièce ambulacraire est très-forte, et l'apophyse ali- forme très-dévelo])pée^. Les deux dents d'une même paire sont lé- gèrement écartées l'une de l'autre, au milieu. Elles ont toujours leurs faces supérieures réunies formant une surface convexe à peu près circulaire, ou, si l'on veut, une calotte sphcrique, marquée d'un sillon parallèle à son bord, à peu près à égale distance de ce bord et 1 PI. VIII, fig. 2. 2 Fig. 2. 3 Fib'. 4. * Fi g. 6. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 137 du centre. Le bord est comme gaufré; quant à la partie en dedans du sillon, elle présente deux mamelons légers sur chaque dent. Il n'est point inutile de faire remarquer, au sujet de ce qu'on peut nommer l'ornementation de la dent, que les saillies ou dépressions que peut présenter sa surface sont en général assez constantes, étant liées à la disposition des piquants buccaux. Il peut toutefois y avoir des variations assez importantes, et il ne faudrait pas compter sur ces caractères d'une manière absolue. L'odontophore, que la figure 5 montre grossi trois fois, est, comme on le voit, très-volumineux et diffère complètement, par sa forme, do ceux des Echinasterin.is et des Mithiiodin.e ; l'apophyse dorsale le distingue de celui des Valvastebly.-e. Les apophyses articulaires net- tement dessinées donnent à la pièce une forme en T ; quant aux sur- faces articulaires, elles ne sont pas très-nettement limitées et se con- fondent un peu avec la face ventrale. La face dorsale présente sur la ligne médiane un prolongement tout à fait spécial, déprimé à son milieu et dont les bords forment comme une espèce de bourrelet K C'est là que vient s'appuyer comme on peut le voir sur la figure 3, le système interbrachial. Celui-ci est composé d"écaillcs calcaires fort minces, disposées en un triangle renversé dont un côté s'insère sur le dos de l'animal et dont le sommet est formé par l'odontophore o. L'anus an (fîg. 1) est entouré de trabécules calcaires plus rappro- chés et laissant entre eux de très-petites mailles. La plaque madréporique m repose sur une espèce de cadre assez massit; et d'où rayonnent dans divers sens les lignes d'ossicules. Cette plaque, toujours simple dans le Solasier, quel que soit le nombre des bras, est assez épaisse, convexe, et rayée de sillons assez fins qui convergent vers le centre. D'après les dispositions générales de ce squelette, il est évident que le Solaster papposiis est un animal extrêmement flexible. L'écartement de ses pièces adambulacraires, la grande dimension des pièces ambu- lacraires, l'extrême légèreté du squelette dorsal, et enfin la flexibi- lité des systèmes interbrachiaux, lui rendent possibles des mouve- ments très-étendus. Tout ceci peut se répéter à peu de chose près du Solaster endeca ; la seule différence est que les plaques adambulacraires d'une même J Voir fit 138 VIGUIHH. série sont un peu moins écartées les unes des autres que chez le Solaster papposus. Toutefois l'aspect général diffère un peu : cela est dû principale- ment à ce que les mailles du réseau dorsal sont beaucoup plus fmes, surtout sur les bras, où les trabôcules qui les forment affectent une disposition rayonnante assez régulière. Si j'admets parfaitement que ce soit là un caractère d'espèce, je ne saurais y voir un caractère de genre ou môme de famille. La ligne des grandes paxilles marginales que nous avons vues chez le Solaster pnpposns se retrouve chez le Snlasler endeca; elles sont beaucoup plus courtes, il est vrai, mais affectent les mêmes dispositions que dans la première espèce : c'est- à-dire qu'elles sont en rapport le long du bras avec les séries adam- bulacraires, et rayonnantes en éventail dans les angles interbrachiaux. Il est à remarquer toutefois qu'ici cette ligne de paxilles est plus sur la face ventrale que chez le Solaster papposus. Quant au squelette ventral proprement dit, qui ne se voit aussi que dans les aires in- terbrachiales, il présente exactement la même disposition que dans le type déjà étudié; seulement, ici, ces aires interbrachiales sont un peu plus larges, et les séries adambulacraires de deux rayons voisins ne s'adossent guère que tout près de la bouche. Les systèmes interbrachiaux sont exactement les mômes dans les deux espèces. Les dents du Solaster endeca, plus volumineuses encore que celles du Solaster papposus, sont arrondies comme elles, et l'odon- tophore, que la figure 7 représente grossi trois fois, est exactement du même type que celui de la figure 5 ; il suffit de regarder les posi- tions correspondantes des deux pièces pour s'en assurer aussitôt. La seule différence est que l'odontophore du Solaster endeca est plus robuste, ses surfaces articulaires plus nettement limitées; enfin, la fossette de la face dorsale plus large, en rapport avec le développe- ment un peu plus considérable du système interbrachial. On voit que ces deux espèces sont très-voisines et ne sauraient ôtre séparées. Quant à les comparer aux Pycnopodla et Brlsinga, il semble qu'un simple coup d'œil sur leur bouche eût dû prévenir une assimi- lation aussi risquée. Le squelette du Solaster papposus donnant une bonne idée de la constitution générale de celui de l'autre espèce, il m'a semblé inutile de représenter le Solaster endeca. On peut du reste renvoyer, pour des figures de cet animal, à la planche XVII du mémoire de M. Agas- siz. C'est une des planches de cet ouvrage où le squelette des deux SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 139 faces du corps est le plus facile à voir. La planche XII, consacrée au Solaster papposus, est moins satisfaisante. On n'y voit cependant pas d'erreur, sauf que sur la iigure 3, les systèmes interbrachiaux de- vraient être apparents. Mais je ne puis comprendre, d'après les plan- ches de M. Agassiz, ni même d'après ses descriptions, pourquoi il veut séparer ces deux espèces. Il nous dit, en effet ^ : « L'arrangement et la structure générale des plaques ambulacraires et adambulacraires sont identiques dans le Solaster endeca et ànns \e Crossaster Le plancher actinal (la face ventrale), entre les bras, est composé de petites plaques un peu allon- gées, arrangées en lignes divergentes plus ou moins régulièrement, tout à fait semblables h ce qu'on voit dans le Crossaster les parti- tions interbrachiales ne sauraient pas plus dans ce genre que dans le Crossaster, être destinées à supporter la face dorsale... » Je dois faire remarquer ici que la principale fonction des systèmes interbrachiaux n'est point celle; que leur attribue le savant naturaliste américain, mais, au contraire, d'empêcher l'écartement trop considérable des deux faces de l'animal. < « La. différence fondamentale entre les genres Crossaster et Solaster, dit encore M. Agassiz, est dans la structure de la face dorsale. » Après ces diverses citations, on sera sans doute étonné de lire^ : «D'après l'examen des parties solides, il est évident que le Solaster papposus et le Solaster endeca ne doivent pas être renfermés dans le môme genre, n'ayant en réalité rien de commun sauf le grand nombre de bras. » On me pardonnera ces nombreuses citations. A mon début dans la carrière scientifique, et en opposition avec les idées d'un savant en possession d'une réputation aussi légitime que celle de M. Alexandre Agassiz, je ne pouvais moins faire que de citer, à l'appui de mes recherches, le texte môme de l'illustre professeur dont je combats les conclusions. Quant à M. Gaudry, qui n'a parlé du Solaster qu'à propos des paxilles du dos, il a soutenu l'idée que les piquants qui les revêtent font corps avec la pièce. Ainsi que M. Agassiz, je suis persuadé que ces piquants sont simplement implantés sur les paxilles, et je les ai toujours vus s'en séparer naturellement, par une macération dans la potasse caustique. Tous les Solaster ont des bras nombreux et en nombre variable ; 1 Loc. cil., p. 112. 2 Loc. cit., p. 98. 140 VIGUIER. toutefois, le Solaster furcîferdes mers Scandinaves pourrait n'en avoir que cinq. Les figures que donne M. Wyville Thompson^ ne permet- tent du reste de reconnaître que cette seule différence entre le Solas- ter fujxifer et le Solaster papposus. GENRE ACANTHASTER (p. gervais). 1835. SlcUonia (pars) Agassiz, Prodrome, etc., p. 25. 1840. Echinastcr, Gray, Ann. Nal. Hist., t. VI, p. 241. 1841. Acanlhasler, Paul Gervais, Dict. des sciences naturelles, Supplément, t. I, p. 474. 1842. Echinasler (pars) xMûller et Troschel, System dor Asteriden, p. 2.^. 1844. Echinitcs, Mùller et Troschel, IFiegmann's Archiv, p. ISO. 18G2. Acanlhaster, Dujardin et Hupé, Echinodermes, suites ù Buiïon, p. 350. 18G6. Echinasler sous yeure Heliasler, von Martens, Os(a';ia lischc' Echino- dcrmcn, Archiv fur Nalurgcs., 3'^'^ année, •l''° partie, p. GO 1873. Acanlhaster, Perrier, Révision des Stellérides, p. 95. M. Perrier avait reconnu en 1873 deux espèces à'Acanthaster exis- tantes au Muséum; V Acanthaster echinites elYAcant/iaster EllisH. C'est de la première que je vais parler. L'échantillon dont j'ai pu faire l'étude était très-détérioré; néan- moins, tout le centre et plusieurs bras étaient encore entiers ; mais il a fallu beaucoup de soins, à cause de l'extrême fragilité de Pani- mal desséché, pour en faire des préparations qui pussent être dessi- nées à la chambre claire. Cet échantillon mesurait 93 millimètres de diamètre, avait qua- torze bras, comme on peut s'en assurer en regardant la bouche -, et cinq plaques madréporiques, comme le montre la figure 8. Ces deux dessins sont faits à un grossissement de 3/2 ainsi que la section interbrachiale (10) et la vue latérale de la dent (13). On peut distinguer dans le squelette dorsal deux parties très-dif- férentes d'aspect : la première surle disque et la base du bras, l'autre dans toute la longueur du bras. Ce réseau dorsal est composé comme chez le Solaster par des lignes d'ossicules imbriqués qui limitent des mailles de formes et de dimen- sions variables. Ici, toutefois, les ossicules sont plus gros, les mailles « The Deplhs of the Sea, p. HO et 45G. 2 {>\. \[\\, (i;;- 9. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 141 un peu moins irrégulières; enfin, aux points de croisement des lignes d'ossicules, la pièce surélevée qui correspond à celle du Solastern'est pas rétrécie en paxille, mais creusée au sommet d'une fossette assez profonde. Dans cette fossette s'insère un ligament très-résistant qui fixe une épine de dimensions variables et quelquefois très-fortes. La pièce basilaire, qui fait réellement partie du squelette, paraît d'abord ne faire qu'un avec l'épine et constituer un seul piquant régulière- ment aminci de la base à la pointe ; mais on y découvre facilement une articulation placée à une hauteur assez variable. Sur le centre du disque ^ on voit une de ces grosses pièces armées, de laquelle rayonnent les lignes d'ossicules ; c'est à côté d'elle que s'ouvre l'anus. Les autres pièces situées tout autour, au centre du disque, sont de dimensions variables mais assez fortes. Sur le bord du disque, en dehors du cercle formé par les plaques madréporiques, ainsi que sur la base des bras, la réticulation devient plus légère et les pièces spinifères beaucoup plus petites ; puis il se fait un brusque changement, et sur tout le reste des bras les mailles deviennent plus grandes, les pièces connectives plus fortes ; enfin, les pièces spini- fères atteignent leur maximum de développement. On ne voit pas, comme dans le Solaster, de pièces isolées ou groupées au centre des mailles ; en outre celles-ci, bien qu'irrégulières, affectent le plus généralement une forme quadrangulaire. La face ventrale, bien que très-différente de celle du Solaster, est en réalité construite sur le même plan. On distingue très-bien sur le bord ^ une rangée marginale de plaques imbriquées qui correspon- dent, comme position, à la rangée de paxilles imbriquées à leur base et aplaties à leur sommet du Solaster papposus. En dedans de cette série marginale, toute Taire interbrachiale est occupée par des plaques imbriquées de l'angle interbrachial vers la bouche. Chacune de ces plaques porte, ainsi que les plaques margi- nales, un petit mamelon hémisphérique sur lequel s'insère un piquant, et au centre duquel on voit la fossette pour l'insertion du ligament qui fixe ce piquant. Dans la plus grande longueur du bras, il n'y a qu'une série de plaques ventrales interposées entre la rangée margi- nale et la série adambulacraire ; vers la base du bras, on en voit deux. Enfin, jamais les séries adambulacraires de deux rayons voi- 1 Fig. 8. » Fig. 9. U2 VIGUIEK. sins no s'accolent l'une à l'autre comme chez le So/asfc)'; les pre- mières pièces après la dent en sont séparées par une plaque ven- trale impaire, qui vient recouvrir l'extrémité externe des dents. Celles-ci, très-volumineuses comme chez le Solaster, ne sont pas arrondies comme dans ce type, mais allongées, et portent chacune cinq petits mamelons dont quatre sont irrégulièrement espacés sur le bord de la dent, et un au milieu *. Ces mamelons servent à l'inser- tion des papilles buccales. La première pièce ambulacraire est très-grosse, comme chez le Solaster, et présente aussi une apophyse en aile très-développôe ^ Les autres pièces ambulacraires sont hautes et fortes, et atteignent la face dorsale du rayons Quant aux pièces adambulacraires, acL disposées tout le long du bras, elles sont à peu près quadrangulaires, un peu moins éloignées de leurs voisines de série que chez le Solaster, et chacune d'elles présente sur le bord, du côté du sillon, un petit alvéole où se loge un pédicellaire en pince ^. Au contraire de ce que nous voyons dans le Solaster, le sillon est chez V Acanthaster presque toujours fermé, ce qui s'explique par le plus grand développement de la face ventrale. Le système interbrachiaP, composé de pièces très-minces, est en réalité, de môme que chez le Solaster, un triangle à sommet infé- rieur ; mais ici, par une raréfaction encore plus grande de la substance calcaire, on trouve trois petites rangées qui vont s'appuyer isolément sur la face inférieure du réseau dorsal, puis se réunissent en une seule qui vient se terminer aussi sur une apophyse dorsale de l'odon- tophore, o. Celui-ci, que la figure 12 représente grossi trois fois, est exacte- ment du même type que ceux du Solaster ; ses formes sont seulement un peu plus grêles; il est proportionnellement plus allongé, ainsi du reste que les dents auxquelles il sert de point d'appui. Enfin, l'apo-, physe dorsale, si remarquable chez les Solasteiun.e, est ici plus dé- veloppée que dans les Solaster et se dévie un peu dans la direction de la bouche. Les plaques madréporiques sont, de même que les bras, en nombre très-variable dans les divers échantillons. t Pig. 9. 2 Fig. 13. 3 Fig. 11. * Pig. 9. s Fig. ]0,i. SQUELETTE DES STELLÉUIDES. U.^ Le nombre des bras varie de onze à vingt, celui des plaques madré- poriques de cinq à seize, sans avoir aucune relation avec le premier. Sur notre sujet on comptait quatorze bras et cinq plaques madrépo- riques ^ disposées en cercle autour du centre de l'animal, à peu près à moitié distance de ce centre au sommet des angles interbra- chiaux qui leur correspondaient. Sur ces cinq plaques, quatre étaient à peu près circulaires, une ovale, à grand diamètre tourné dans le sens d'un rayon. Toutes étaient épaisses, très-convexes, couvertes de sillons très-flns, et ressemblaient beaucoup à la plaque d'un Solaster. Chacune d'elles correspondait exactement à une cloison interbra- chiale. Une était isolée, séparée des autres par un intervalle inter- brachial, puis en venaient deux dans les deux angles voisins ; de nou- veau deux espaces interbrachiaux sans plaque; enfin, encore une paire séparée par un intervalle interbrachial. Cinq espaces interbra- chiaux à côté les uns des autres en étaient donc complètement dé- pourvus. A chacune de ces plaques correspondait un canal hydro- phore qui affectait exactement les rapports ordinaires. On a essayé de distinguer des espèces dans le genre Acanthaster, en se basant sur le nombre des bras et des plaques. Pour M. Liitken, il y aurait eu dans la httérature du sujet des indications de trois espèces au moins de ce genre. V Acanthaster echinites (Ellis) des Indes Orien- tales (Batavia^ Ternate, Sumatra, Amboine, les Philippines), V Acan- thaster Ellisii (Gray) de l'Amérique occidentale (l'Amérique méridio- nale, la basse Californie) et V Acanthaster solaris (Gray) du détroit de. Magellan. 11 avouait toutefois que la comparaison plus exacte de ces espèces était encore à faire (en 1871). M. Perrier, qui s'est occupé de la question en 4875, dans sa. Révision des Stellérides, reste à ce sujet dans un doute que je ne puis qu'approuver. La détermination des espèces n'entre pas dans le cadre de ce travail et je n'ai pas à m'en occuper ici ; je crois néanmoins devoir insister aussi pour prémunir les classificateurs contre des divisions qui ne s'appuiraient que sur des caractères aussi variables que le nombre des bras et des plaques. y Acanthaster Ellisii, que M. Perrier distingue de {'Acanthaster echinites, n'en différerait que par ses piquants nus et des pédicellaires plus courts. L'examen attentif des Solaster et des Acanthaster nous montre com- bien on peut établir de relations intimes par l'étude complète du » rig. 8, m. \U VIGUIER. squelette, entre deux animaux qui ne paraissaient d'abord avoir de commun que le nombre des bras et la réticulation irrcgulière de leur dos. Il nous fait voir en outre comment une pièce cylindrique cou- verte de Unes épines, une paxillc en un mot, est strictement homo- logue à une pièce spinifère portant une seule grosse épine, et nous montre une fois de plus qu'il ne faut point attacher une importance exagérée, dans la classification, à cette forme spéciale. En se rappelant la disposition des systèmes interbrachiaux dans les Solaster et les Acantliaster, et la forme typique de leur odonto- phore ; en les comparant ensuite à ce que nous avons vu dans les autres Eciunasterid.e, je ne doute pas qu'on ne tombe d'accord avec moi sur la nécessité de séparer ces deux genres, et d'en faire une tribu qui prendra le nom de Solasteeinje. FAMILLE V. LINCKIAD^. Les divers auteurs qui se sont occupés des Astéries ont été très- di visés d'opinion sur l'étendue de cette famille, sur la délimitation des différents genres qui entrent dans sa constitution, et sur les noms mêmes à donner à ces divers genres. M. Perrier a discuté les opi- nions de ses devanciers, dans son mémoire paru en 4875; mais, comme je modifie encore assez profondément cette famille, je dois rappeler d'abord comment elle a été comprise avant moi. Les L1NCKIAD.E correspondent en partie aux Linckia de Nardo, aux Opliidiaster et Linckia d'Agassiz, aux Ophidiaster et Scytaster de Millier etTroschel; enfin aux C/«oe/as^er des mêmes savants. Ces derniers auteurs ne distinguaient leurs deux genres Ophidiaster et Scytaster que d'après la disposition des pores, réunis en groupes chez le pre- mier, isolés au contraire chez le second, auxquels ils donnaient d'abord le nom de Linckia-. Toutefois leur Scytaster variolatus et leur Scytaster zodiacalis ont les pores réunis en groupes ; et beaucoup d' Ophidiaster, ayant dans leur jeunesse des pores isolés, devraient alors être rangés parmi les Scytaster. C'est ainsi que nous voyons Duchas- saing et Michelin appeler Scytaster Stella V Ophidiaster ornithopus de Valenciennes, qui est une véritable Linckia, la Linckia Guildingii de Gray. On voit combien la distinction entre ces genres était arbitraire ; aussi ne faut-il pas s'étonner que Gray ait divisé à nouveau ce groupe SQUELETTE DES STELLÉRIDES. U5 d'Astéries. Seulement, suivant sa coutume, il a été un peu loin et ne trouve pas moins de neuf genres différents dans les deux genres pri- mitifs de Millier et Troschel. Ce sont les : Dactylosastei\ Linckla, Ta- maria, Cistma, Na)'doa, Ophldlaster^ Narcissla, Gomophia et Fromia. Quelques-uns de ces genres étaient déjà connus; d'autres n'ont pas paru suffisamment établis, et les idées de l'auteur anglais n'ont pas été adoptées généralement; elles ont môme provoqué une réaction singulière, et nous voyons von Martens proposer de reunir de nou- veau dans un seul genre les Ophidiaster et les Scytaster de Millier et Troschel. M. Liitken s'éleva avec raison contre cette proposition, et fit remar- quer qu'il suffit de regarder un Ophidiaster ophidianus, un Ophidias- ter miliaris et un Scytaster variolatus, pour constater qu'on a devant soi trois types distincts. En jetant les yeux sur les figures que je donne ^ on verra combien était fondée l'opinion du savant danois. Il proposa de réserver le nom iV Ophidiaster pour le type auquel appartient Y Ophidiaster ophidianus, d'appeler Linckia tous les animaux du type de V Ophidiaster miliaris; enfin, de laisser le nom de Scytaster à toutes les espèces voisines du Scytaster variolatus. A ces trois groupes principaux s'ajoutent les Leiaster de Peters et les Lepidaster de Verrill, qui peut-être ne doi- vent faire qu'un seul genre, et les Mithrodia ou Heresaster, qui ren- trent dans les Echinasterid^. Il faut remarquer toutefois que, pour faire ces distinctions, M. Liitken ne se servait que d'un caractère assez variable, la disposition différente des piquants du sillon ambu- lacraire. M. Perrier, qui a partagé les idées de M. Liitken, s'est appuyé en partie sur la disposition du squelette pour confirmer les distinctions établies par ce savant. Suivant lui, dans Y Ophidiaster type, la face ventrale est presque nulle, les aires porifères s'avancent presque sans discontinuer jusqu'à la deuxième rangée de papilles ambulacraires, dont elles ne sont séparées que par une mince bande granuleuse cor- respondant à une rangée longitudinale unique, continue jusqu'à l'extrémité des bras, de petites plaques squelettiques. On doit consi- dérer comme Linckia tout animal chez qui il existe une face ventrale assez large, dépourvue de pores et formée à la base des bras d'au moins quatre rangées de plaques contiguës, dont les extérieures plus » PI. IX, fig. 1, 2, S et 9; pi. X, Cig. 1 et 2. AUCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉ.\. — T. VII. 1878, 10 U6 VIGUIER. grandes peuvent figurer des plaques marginales, comme chez les Linckia muUifora et GuikUncju. Le genre Scytaster ne laissait pas de l'embarrasser un peu plus, d'autant que l'armature des plaques adam- bulacraires se rapproche beaucoup, pour quelques espèces du moins, de ce que l'on voit chez plusieurs Linckia. 11 a reconnu toutefois que chez le Scytaster, pas plus que chez VOpIncUaster,'û n'existe à propre- ment parler de face ventrale, ou du moins que celle-ci présente des pores, isolés ou réunis en groupes, de sorte que la série des plaques adambulacraires n'est séparée de la première rangée de pores que par nue ou tout au plus deux rangées de plaques ^ L'étude approfondie du squelette, dans ces divers types, n'a fait que confirmer les opinions de M. Perrier et justifier sur ce point sa clas- sification, à laquelle je me range complètement. Il est un autre type encore où l'anatomie du squelette vient prouver la justesse de ses vues : c'est le Scytaster milleporellus . Pour lui, la forme aplatie de cet animal, sa double rangée de grandes plaques marginales, ses ossicules squelettiques arrondis, ses pores tentaculaires isolés, étaient des ca- ractères qui l'éloignaient des véritables Linckiad^ pour le rapprocher des Pentagonaster. Il lui conservait donc le nom de Fromla, proposé par Gray, et se demandait s'il n'y aurait pas avantage à transporter ce genre dans les GoNiASTERiDiE. Mes recherches m'ont prouvé, en effet, que la Fromia doit être sé- parée des LiNCKiAD^ et reportée à côté des Pentagonaster, dans la tribu des Pentagonasterin^ que l'absence de soutiens ambulacraires et la présence de plaques marginales, ordinairement bien distinctes, diffé- rencient des LiNCKiAD^, tandis que l'absence de systèmes interbra- chiaux et de spicules dans les ambulacres la sépare des Goniasterin.e, qui composent avec elle notre VP famille. Le genre Ferd'ma suit le genre Fromia. Quant au genre Metrodlra, je le reporte à la suite des deux précédents, bien qu'il ne m'ait pas été possible de m'assurer de sa place exacte. M. Perrier a constaté que les Dactylosaster et Tamaria de Gray ne sont que des Ophidiasler ; les Gomophia, Narcissia et Nardoa, des Scytaster. Il n'a pu obtenir au British Muséum aucun renseigne- ment sur lès Cistina, qui se rapprochent sans doute des Ophidiaster. En résumé, IcsLinckiad^ se composaient, pour M, Perrier, des genres Ophidiaster, Agassiz (pars), Linckia, Nardo (pars), Scytaster, Millier et Troschel (pars), Ferdina, Gray; auxquels devaient s'ajouter les Leias- ' Révision des Stelldrides, p. 119. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 147 ter^ Peters, et Lepidnster, Verrill, qui n'existaient pas au Jardin des Plantes. 11 y conservait toutefois encore les genres Fromia et Metro- dira, de Gray, qui formaient pour lui la transition entre les Linckiad^ et les GoNiASTERiDj;. Notre famille des Linckiad.e est composée des mêmes genres que la sienne, sauf les derniers que nous en retranchons défmitivement ainsi que le genre Ferdina, et les Clixtaster de Mûller et Troschel, que nous y transportons des Astropectinid.î:. Les Chxlasler n'avaient guère de titres à faire partie des Astropec- tinid.ï:, et si l'on compare les figures que je donne', on verra de suite la grande ressemblance que présentent entre elles les faces ventrales d'un ChaUnster et d'une Linckia. On lira plus loin les détails de l'or- ganisation ; mais je dois dire, dès maintenant, que ce n'est que faute de mieux que je place les Chxtaster dans les Linckiad^ ; ce sera, si on veut, une place provisoire. Quand nous aurons étudié complètement le squelette d'un Opkidiaster, d'un Scytaster et d'une Linckia, nous verrons combien ce dernier type est distinct des deux premiers, et combien il est difficile d'établir de bonnes divisions dans cette famille des LiNCKIAD.E. Peut-être qu'une étude complète des animaux qui la constituent amènera de nouveaux groupements ; mais, comme il ne m'a pas été permis pour le moment de faire ce travail, je conserverai provisoire- ment cette famille, pour ne pas compliquer sans nécessité absolue la littérature scientifique. Elle comprendra, dans le sens que nous lui donnons, les quatre genres : Linckia, Nardo ; — Chxtaster, MuUer et Troschel ; — Opki- diaster, A§nssiz; — Sci/taster, Liitken. — Il faudra sans doute y joindre les Leiasfer de Peters, et les Lepidaster de Verrill; mais je n'ai aucun renseignement à donner sur ces animaux, qui ne sont pas représentés au Muséum de Paris. Genre LINCKIA ( Nardo ) emend. 1834. LincJàa, Nardo, Isis. 1864. Linckia, Lutken, Videnskabelige Meddelelser,T[). 164(16 sens du nom est modifié). 1875. Linckia, Perrier, Révision des Stellérides, p. 135 (dans le même sens que Liitken). » PI. X, fig. 2 pt 9. iiS VIGUIER. J'ai pu étudier deux espèces de L'inclda sur les neuf qui sont repré- sentées au Jardin des Plantes. Je commencerai par la description de la Linckia miliaris, espèce que l'on trouve dans une aire très-étendue: Zanzibar, Seychelles, Batavia, Moluques, Philippines, Nouvelle-Calé- donie, Australie orientale, et à laquelle se rapporte le plus grand nombre des dessins que je publie. Je parlerai ensuite de la Linckia diplax^ qui, elle aussi, se trouve dans des points fort éloignés : Bour- bon, Madagascar, Nouvelle-Calédonie, Californie. Les figures 1 et 2 * sont de grandeur naturelle, et représentent les deux faces d'une petite Linckia miliaris. Le squelette du dos est composé en entier de petites plaques irré- gulièrement quadrangulaires, épaisses, légèrement convexes en des- sus. Les dimensions de ces plaques varient peu du centre du disque à l'extrémité des bras. Sur les deux côtés de chaque bras, on peut suivre deux lignes de ces plaques disposées assez régulièrement en forme de séries marginales, dont la supérieure, s'avance un peu dans les angles interbrachiaux, en empiétant sur la face dorsale du disque^. Toutes les autres pièces du squelette dorsal sont disposées sans ordre apparent, et laissent entre elles, de loin en loin, des aires porifères irrégulières de formes et de dimensions. On peut remarquer que ces aires porifères n'occupent presque jamais la ligne médiane, où les plaques sont très-serrées les unes contre les autres, ainsi qu'à l'extré- mité du bras. Sur le disque, on voit toujours une petite ouverture presque centrale, qui est l'anus ^ Sur la face ventrale, la disposition est tout autre et beaucoup plus régulière. Sur presque toute l'étendue du bras, on voit trois lignes de plaques quadrangulaires formant trois séries longitudinales et recti- lignes, parallèles à la série adambulacraire. Les plaques correspon- dantes de ces trois séries sont disposées sur des lignes exactement perpendiculaires à la direction du sillon*. Il n'y a pas d'aire porifère sur toute cette face ventrale. Vers l'extrémité du bras, on voit suc- cessivement disparaître ces rangées parallèles, mais la série margi- nale ne vient en contact des pièces adambulacraires que vers la plaque occllaire. Vers la base du bras, on voit au contraire une quatrième 1 Pi. X. 2 Fig. 1. ^ KiK- 1, ati. * Fig. ii. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 149 série, parallèle aux premières, se placer à leur côté externe ; d'autres encore s'y ajoutent dans l'angle interbrachial. Au point de rencontre des séries ventrales de deux bras voisins, l'arrangement devient un peu irrégulier, sauf pour la série la plus in- terne, ainsi qu'on peut le voir sur la figure 2. Le nombre des plaques dans ces séries est sans rapport avec^le nombre des plaques adambu- lacraires, contrairement à ce qu'on avait supposé. On voit au con- traire, sur toute la longueur du bras, deux séries transversales de plaques ventrales aboutir à une seule plaque de la série marginale in- férieure ; cette disposition paraît constante, et nous la retrouverons chez le Ch^taster. Les sillons ambulacraires sont presque toujours entièrement fermés sur les Linckia de nos collections, comme du reste chez tous les animaux de leur famille ; les plaques adambula- craires sont petites, enfoncées dans le sillon, très-serrées les unes contre les autres. Les pièces ambulacraires sont courtes et reliées, par de petits soutiens ambulacraires, non pas à la deuxième série de plaques ventrales, comme dans les genres Ophidiaster et Scytaster, mais à la première ^ Les systèmes interbrachiaux sont formés, dans cette espèce, par de petits ossicules plats, dressés verticalement, et qui divisent l'aire interbrachiale en formant une muraille incomplète qui n'atteint pas le sommet de l'angle arrondi formé par les deux faces-. Cette dis- position, qui paraît constante dans cette espèce,, ne l'est pas dans tout le genre Linckia, comme nous le verrons tout à l'heure. La bouche est remarquable par la petitesse des dents, qui sont lé- gèrement tronquées, et rappellent presque, à première vue, celles des EcuixASTERiN.h ; maisTodoutophore, que la figure 5 montre grossi cinq fois, diffère complètement de celui que nous avons vu dans cette tribu. Ses apophyses sont très-courtes, mais les surfaces articu- laires qu'elles portent sont parfaitement marquées (5'). La face ven- trale est légèrement carénée, la face dorsale presque plane, l'épaisseur de la pièce est très-faible et son volume très-réduit, ce qui se com- prend, du reste, vu la petitesse des dents, qui doit rendre leurs mou- vements à peu près nuls. , La plaque ocellaire^ est petite, arrondie, et ne présente rien de particulier. ^ Fig. 4, s. 2 Fig. 3. * Fig, \,oc. ■ ' ibO VIGUIER. La plaque madréporique m, petite, à peu près circulaire, et mar- qué de sillons irréguliers peu nombreux, est située très-excentri- queinent, sur le bord interne de la série marginale. La description qu'on vient de lire s'applique à un échantillon jeune de Linckia miliaris; cet échantillon présente même la forme trapue que Gray avait distinguée sous le nom de Linckia crassa; il est néces- saire d'ajouter quelques remarques sur la disposition des aires pori- fères chez les individus plus développés. Ces aires sont alors généra- lement de beaucoup plus grandes que les plaques voisines, de forme ovalaire, et nettement circonscrites. On observe toujours, comme sur notre sujet, sur la ligne mé- diane du bras, une plage continue, plus ou moins large, formée par des plaques très-serrées les unes contre les autres, et souvent plus petites que les plaques des régions voisines; cette plage, irrégulière- ment limitée sur les côtés, ne présente jamais d'aires porifères. Les aires situées immédiatement en dedans de la série marginale sont, en général, plus petites que les autres, et forment une ligne assez ré- gulière, à peu près parallèle à cette série. Cette disposition est assez difficile à retrouver dans les séries suivantes, dont on peut distinguer trois, de plus en plus irrégulières en approchant de la ligne médiane. Quand les aires porifères deviennent plus petites et envahissent à peu près complètement la plage médiane, il devient très-difficile de distinguer cette espèce de la Linckia yiicobarica, autrement que par la différence de disposition des piquants ambulacraires et de la gra- nulation ventrale. La Linckia miliat'is possède presque constamment cinq bras ; tou- tefois, un des échantillons du Muséum n'en présente que quatre. Chez la Linckia diplax, le nombre des bras est plus variable, bien qu'ordinairement aussi de cinq. Sur quarante-deux échantillons exis- tants au Muséum, deux avaient quatre bras, treize en avaient six, deux en possédaient sept, et tout le reste en comptait cinq. C'est d'un échantillon à six bras que j'ai fait l'étude. Je n'en ai, du reste, figuré ici que l'odontophore, les différences qu'il présente avec le type décrit plus haut étant très-faciles à comprendre par une simple description. Les bras sont plus grêles et plus allongés dans la Linckia diplax ; les aires porifères, extrêmement irrégulières, ne sont pas plus grandes que les ossicules qui forment le squelette dorsal, et sont disposées sans aucun ordre sur tout le milieu de la face dorsale du bras. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 151 qu'elles envahissent complètement. Au lieu de deux séries marginales distinctes, comme chez la Linckia miliaris, on en compte ici trois ou quatre très -distinctes, parallèles, et laissant entre elles des séries régulières d'aires porifères. La face ventrale est formée par quatre rangées contiguës de pla- ques quadrangulaires, disposées comme nous l'avons vu chez la Z tnckia m iliaris . Les systèmes interbrachiaux sont variables dans cette espèce. Dans un des angles de notre' échantillon on voyait à peu près la même disposition que sur la figure 3 (pi. X) ; dans deux autres, on voyait à peine quelques petites plaques isolées ; enfin, dans les trois autres, il n'existait pas de système interbrachial. Il ne faut donc pas attacher à ce caractère une trop grande importance dans le genre Linckia. La bouche de la Linckia diplax ressemble absolument à celle de la. Linckia miliaris; ie n'en ai figuré que l'odontophore^ grossi cinq fois, et dont on remarque la grande ressemblance, on pourrait presque dire l'identité, avec celui de la figure 5. Le caractère le plus important àeVà Linckia rf^/^/aa? est certainement la présence de deux plaques madréporiques, aussi bien sur les indi- vidus qui n'ont que quatre ou cinq bras, que sur ceux qui en possè- dent six ou sept. Il existe même un individu à quatre bras qui pré- sente trois plaques, dont une est composée de trois fragments bien distincts. Les deux plaques, à chacune desquelles correspond un canal hy- drophore qui affecte les rapports ordinaires, sont presque toujours situées dans deux angles voisins. Dans les formes en comète, si fré- quentes chez cette espèce, on les trouve généralement de chaque côté du grand bras. II semble que la faculté de rédintégration soit en général plus déve- loppée chez les animaux qui possèdent plusieurs plaques madrépo- riques. L'explication rationnelle de ce fait est encore à trouver ; quoi qu'il en soit, cette rédintégration est rarement bien régulière, et les espèces à plusieurs plaques ont en général un nombre de bras très- variable. M. Agassiz a figuré dans son mémoire la Linckia Guildingii de Gray, quipossède, comme la Linckia diplax, nn nombre variable de bras et deux plaques madréporiques. L'échantillon de M. Agassiz avait six ' Fig. 7. 132 VIGUIER. bras. La figure qui représente la face ventrale dénudée est très-bonne; pour celles de la face dorsale, elles laissent à désirer et il est impos- sible d'y découvrir les plaques madréporiques. Une de celles-ci est bien figurée, à un assez fort grossissement. D'après le texte de M. Agassiz il existerait dans cette espèce un système interbrachiai rudimentaire. Nous avons vu que la disposition de ce système est va- riable chez les Linckia. Le reste de la description n'offre rien de par- ticulier. Toutes les Linckia présentent une couronne de spicules à la ven- touse de leurs ambulacres. Cette couronne |est représentée (fig. 8, pi. XV!) à un grossissement de vingt fois. La figure 10 montre un fragment de cette même couronne à un grossissement de 120 diamè- tres ; b est le côté externe, c le côté central de la couronne. On voit que celle-ci est composée d'une seule ligne de spicules plats et aréoles. Il n'existe pas de spicules dans le tube de l'ambulacre ni dans les vésicules ambulacraires. On ne trouve pas de pédicellaires chez les Linckia. GENRE CHjETASTER (mULLER ET TROSCHEL). 1840. Chœlasler, Mûller et Troschel, Ueber die Galtiingen der Asteriden, Wiegmann 's Ârchiv fur Naturgcschichte, 6® année, l"^"" vol., p. 321. 1840. Nepanthia, Gray, Annals and Magazine of Natural Uistory, t. VI, p. 287. 187o. Chœtasler, Perrier, kévision des Stellérides, p. 329. Sauf un seul échantillon de Chxtaster nodosus^ de la Guadeloupe, dont M. Perrier a donné la description dans son ouvrage en créant cette espèce, tous les Chœtaster du Muséum sont des Chxtastei' lon- gipes, et proviennent de la Méditerranée. Les figures 8-13 de la plan- che X sont consacrées à ce type. Les figures 8 et 9^ qui sont de grandeur naturelle, permettent de se faire une idée exacte des deux faces de l'animal. La face dorsale est entièrement composée d'ossicules surélevés, en forme de prismes hexagonaux à angles arrondis, qui seraient dressés sur une de leurs bases. Gesossicules sont disposés en séries longitu- dinales, et chacun d'eux est relié aux deux ossicules contigus, qui appartiennent à chacune des séries placées de chaque côté de la sienne, par quatre petites pièces calcaires très-fines disposées en croix SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 133 à sa face inférieure, et qui viennent presque se rencontrer au centre de cette face. Il n'y a pas de petites pièces de ce genre entre deux ossicules voisins d'une même série longitudinale , Les deux figures que M. Gaudry a données à ce sujet dans son travail sont inexactes ; du reste, dans sa coupe transversale du bras, il n'a pas figuré les sou- tiens ambulacraires. Comme la planche X est très-chargée, et que cette disposition des pièces connectives est très-facile à comprendre, il m'a paru inutile d'en donner une figure ; on les voit en coupe dans les sections ^ Les lignes- de ces paxilles dorsales, puisqu'on peut en réalité leur donner ce nom, se poursuivent très-régulièrement dans toute la lon- gueur du bras ; et les piquants qui les recouvrent ne sont point assez serrés pour masquer cette disposition. La ligne médiane est un peu distincte des autres, et atteint seule la plaque ocellaire. Sur le disque, les paxilles deviennent plus petites, irrégulières, se pressent sans ordre apparent, et les piquants qu'elles portent les cachent absolu- ment sur le sujet intact. De chaque côté ,du bras se voit une double rangée de plaques mar- ginales ; les rangées supérieures limitentjraire occupée par les paxilles ; elles sont composées de petites plaques minces, serrées les unes contre les autres, quadrangulaires,et à peu près verticales tout le long du bras. Vers l'extrémité du bras au contraire, ces plaques margi- nales s'allongent transversalement en empiétant sur la face dorsale, et finissent par venir rejoindre la rangée médiane de paxilles, avec laquelle elles atteignent seules la plaque ocellaire ^ Les séries marginales ventrales sont au contraire composées tout le long du bras de plaques fort petites, et toujours à peu près régu- lièrement quadrangulaires. Le rapport du nombre des plaques dans les deux séries marginales d'un même côté n'est point absolument constant. En dedans des plaques marginales inférieures, la face ventrale est formée de séries rectilignes de très-petites plaques quadrangulaires, étroitement serrées les unes contre les autres. Le nombre des séries longitudinales, de trois ou quatre à la base du bras, diminue progres- sivement vers son extrémité. Les plaques des séries voisines sont, comme chez les Linckia, disposées sur des lignes perpendiculaires à 1 PI. X, fig. 10 et 11. 2 Fig. 8. iU VIGUIER. la direction du sillon ambulacraire, et, comme chez les Linckia éga- lement, on voit deux de ces rangées transversales correspondre à chaque plaque marginale, dans presque toute la longueur du bras. Vers l'angle interbrachial, l'arrangement des plaques ventrales est moins régulier, et des pièces plus grosses, et allongées dans le sens de la bissectrice de l'angle, occupent la direction de cette lignée Les systèmes interbrachiaux sont composés de très-petites pièces minces, disposées de champ, de façon à former une sorte de muraille qui ferme l'angle formé par les deux faces ^ et s'avance à moitié dis- tance du bord du disque à la bouche. Les pièces adambulacraires sont très-petites, serrées les unes contre les autres, et leur nombre paraît presque partout correspondre à celui des plaques des séries ventrales. Néanmoins, ce rapport n'est pas absolument constant. Les pièces ambulacraires sont plus courtes proportionnellement que chez les Linckia, et reliées par des soutiens très-grêles à la pre- mière, et parfois, mais très-rarement, à la deuxième série de plaques ventrales ^ La coupe de bras, grossie trois fois, que représente la figure M , a porté sur un bras déformé ; ordinairement le dessus du bras est régu- lièrement arrondi. La bouche d'un Chxtaster se reconnaîtrait difficilement de celle d'une Linckia^ du moins à première vue. Dans les deux genres les dents sont un peu tronquées et très-petites, et la bouche réduite à une ouverture fort étroite. L'odontophore, grossi cinq fois sur la figure 12, présente de grandes ressemblances avec un odontophore de Linckia ; les apophyses et les surfaces articulaires sont disposées à peu près exactement de même dans les deux genres. La seule différence sensible est que, chez le Chxtaster, la pièce n'est pas comprimée latéralement à son extrémité externe, comme on le voit chez les Linckia. Il n'existe pas de pédicellaires dans ce genre, et l'on n'y rencontre pas, comme dans le précédent, des couronnes de spicules dans les ven- touses des ambulacres. La plaque ocellaire [oc, fîg. 8) est assez grosse, comparativement > Fig. 0. 2 Fig. 10, i. ^ Fig. 11, s. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 155 aux dimensions de l'animal ; mais ne présente cependant pas le grand développement que nous lui verrons dans les Astropectinid.e. La plaque madréporique m est petite, ordinairement cachée sous les piquants des paxilles du disque, et située très-près du centre ; elle est marquée de sillons fins et rayonnants. Le genre Chœtastera fait jusqu'ici partie des AsTROPECTiNiDiE parla seule raison qu'il avait le dos constitué par des paxilles. Indépendamment de sa forme, si différente de ce qu'on voit chez les AsTROPEGTiNiD^, la préseuce de ventouses bien développées à l'extré- mité de ses ambulacres devait déjà le faire différencier de cette famille ; l'existence de systèmes interbrachiaux qui n'existent jamais dans les Astropectinidjc, l'extrême réduction des dents qui sont trian- gulaires, légèrement tronquées et presque planes en dessus, au lieu d'être hautes, convexes, grandes et écartées, enfin la forme de son odontophore, juslifient sa séparation de la famille dont il a fait partie jusqu'à présent et son rapprochement des Linckia. Un autre caractère qui le rapproche de ce dernier type est la con- stitution de la face ventrale, qui est remarquablement semblable dans les deux genres, et diffère au contraire totalement de ce que l'on voit chez V Astropecten ou la Luidia. Il ne faut pas toutefois considérer le Chxtaster commQ étroitement allié aux Linckia ; la constitution si particulière de son dos le sépare de tous les types que j'ai pu étudier jusqu'ici ; enfin les plaques mar- ginales sont assez différentes de ce qu'on les voit chez les Linckia. Les autres différences sont moins importantes ; la disposition des sys- tèmes interbrachiaux, qui du reste ne diffère pas beaucoup, ne si- gnifie pas grand' chose dans une famille oii ces systèmes sont aussi variables; quant à l'absence de spicules dans les ambulacres, nous verrons le Scytaster la présenter aussi, malgré ses affinités avec XOphidiaster qui en possède. On ne doit donc pas non plus y attacher une trop grande importance. GENRE OPHIDIASTER (agassiz) emend. d834. Ophldiasler, Agassiz, Prodrome d'une Mon. des Rad.^ Mém. Soc. se. Neufchàtel. 1834. Linckia (pars) Nardo, Isis. 1840. Daclijlosasler, Tamaria, Cistina, Ophidiasler, Gray, Ann. of Nat. Hist., t. VI, p. 283. — J86o, Synopsis of the Asleriadœ of British Muséum, p. 13. 156 VIGUIER. 1842. Ophidiasler (pars), MùUer et Troschel, Sijstem der Asleridcn, p. 28. iS6o. Linckia (pars), von Martens, Oslasiatische Echinodermen, Archiv fur Naturge.^. Juhr XXXI, Bd. ], p. 351. 186-4. Ophidiasler Lûtkeii, Vidcnskabelige Meddeldser,^. 163, et 1871, Vid. HJcdd.,i>. 265. 1875. Ophidiasler, Perrier, Révision des Stellérides, ^i. i20. Il existe environ une douzaine d'espèces à'Ophïdïaster au muséum de Paris. J'ai pu examiner Y Ophidiaster ophidianus, de la Méditer- ranée, et V Ophidiaster pyramidatus . C'est à ce dernier que se rappor- tent la description et les dessins que je publie. L'individu que j'ai étudié provenait d'Acapulco, et avait été donné par le Muséum de Zoologie comparative de Cambridge (Massachusetts). Il mesurait 198 millimètres de l'extrémité d'un bras à l'extrémité du bras alterne. Comme la disposition du squelette est remarquablement uniforme tout le long du bras, il m'a paru inutile d'en dessiner un en entier. Les figures \ qui sont légèrement grossies, suffiront, avec la descrip- tion, pour donner une bonne idée de la constitution de cet animal. Les bras sont irrégulièrement arrondis en dessus, un peu aplatis en dessous^ et s'atténuent très-peu de la base au sommet, qui est gros et arrondi. Sept rangées principales de plaques imbriquées sont dis- posées dans toute la longueur du bras, se recouvrant de la pointe du bras vers la base. Leur forme se voit très-bien sur la figure 1. Ces séries ne se touchent pas latéralement, mais sont reliées les unes aux autres, par des pièces connectives étroites, mais assez épaisses, situées en dessous d'elles, et qui réunissent les plaques correspondantes de deux séries voisines, à l'endroit où ces plaques sont les plus larges*. Le squelette dorsal est donc composé d'une série d'arcs, composés chacun de sept grandes plaques et de six pièces connectives. Les pla- ques recouvrent, ainsi que je l'ai dit, celle de l'arc voisin du côté du disque, mais les pièces connectives, à cause de leur étroitesse, n'ont de rapports qu'avec les plaques de l'arc qu'elles constituent, et il en résulte qu'on trouve, tout le long du bras, six rangées d'ouvertures, limitées chacune par six pièces, soit deux pièces connectives et quatre plaques. La série médiane d'un bras se termine au niveau du disque par une » PI. IX, fig. 1 et 2. * Fig. 1 et 4. SQUELETTE DES STELLÉRIDES. 157 plaque élargie, très-irrégulièrement quadrangulaire. Ces cinq plaques forment le sommet d'un pentagone régulier, et sont reli